Des échanges records, mais une dette qui s’envole : le paradoxe Maroc-Espagne
Malgré une coopération bilatérale étroite, les liens économiques entre Madrid et Rabat révèlent un déséquilibre marquant. En seulement six ans, les créances de l’État marocain envers son voisin ibérique ont explosé, contrastant avec la tendance mondiale.
Les chiffres sont sans appel. Alors que le gouvernement de Pedro Sánchez maintient des relations particulièrement chaleureuses avec le Maroc, le volet financier montre une autre réalité. Selon des données du ministère espagnol de l’Économie révélées par le média The Objective, la dette marocaine a bondi de 178,57 % depuis 2019. Concrètement, ce passif est passé de 263,96 millions d’euros à 471,27 millions d’euros en 2025.
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Cette flambée place désormais le Maroc au troisième rang des nations les plus endettées à l’égard de l’Espagne, juste derrière la Grèce et Cuba. Une dynamique à contre-courant de la tendance générale, puisque les créances mondiales détenues par Madrid ont globalement diminué de près d’un tiers sur cette même période. À titre de comparaison, Athènes a réussi à réduire ses obligations financières de moitié, tandis que des pays comme la Chine ou la Turquie ont également allégé leur ardoise.
Pourtant, cette dette grandissante s’inscrit dans un contexte d’hyper-dynamisme commercial. Devenu le principal partenaire de la péninsule sur le continent africain autour de l’année 2020, le pays maghrébin multiplie les affaires. L’année dernière, les échanges bilatéraux ont même franchi un cap historique en atteignant la somme record d’environ 22,6 milliards d’euros, tirés par une interdépendance croissante et le financement des exportations.
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Ce lien économique étroit montre la mutation profonde des rapports entre les deux États. Loin du passé asymétrique marqué par le protectorat et l’administration du Sahara occidental jusqu’en 1975, les deux voisins ont bâti de véritables « chaînes de valeur partagées ». Les secteurs de l’automobile, de l’agroalimentaire et du textile cimentent aujourd’hui une intégration moderne et indispensable de part et d’autre de la Méditerranée.