Quand Hassan II confiait aux Américains : « L’Espagne est plus forte »

- 06h00 - Maroc - Ecrit par : Betty de G.

Quelques mois avant la Marche verte, Hassan II expliquait en privé aux responsables américains pourquoi il ne voulait pas affronter militairement l’Espagne. Un document classé « Top Secret » révèle également que le souverain était prêt à offrir aux États-Unis des bases au Maroc.

La confidence remonte au 11 juillet 1975. Ce jour-là, à Marrakech, Hassan II reçoit William Clements, alors secrétaire adjoint américain à la Défense. Selon le compte rendu officiel de cette rencontre, la discussion porte notamment sur les besoins militaires marocains, l’Algérie et l’avenir du Sahara alors administré par Madrid.

Le roi assure que ni le Maroc ni l’Espagne ne souhaitent la guerre. Si Madrid quittait le Sahara, Rabat ne laisserait toutefois pas s’installer un vide et combattrait tout mouvement indépendantiste, mais pas l’armée espagnole. Hassan II explique alors, en souriant selon la transcription américaine, que l’Espagne est militairement plus forte et que les deux pays sont condamnés à vivre en voisins.

Sur Bladi.net : Hassan II aurait menacé d’une guerre pour Sebta et Melilla, Aznar lui promettait la défaite

Cette position privée, exprimée moins de quatre mois avant la Marche verte, contraste avec les récits ultérieurs d’un Hassan II prêt à engager directement le Maroc dans une guerre contre l’Espagne. Le souverain prévoyait néanmoins de possibles incidents frontaliers, qu’il présentait comme des opérations politiques destinées à agir sur l’opinion publique.

La conversation révèle également son mécontentement envers Washington. Faute de pièces détachées et de munitions suffisantes, les officiers marocains avaient, disait-il, l’impression qu’il avait choisi le mauvais fournisseur d’armes. Hassan II réclamait donc des livraisons accélérées et des chars dotés des équipements les plus récents. Il demanda même que l’origine de certains blindés prélevés directement sur les stocks de l’armée américaine reste secrète pour les FAR.

Une offre de bases adressée au Pentagone

Cette rencontre confirmait une proposition encore plus sensible, transmise six mois auparavant par Ahmed Dlimi. Le 27 janvier 1975, le responsable marocain du renseignement avait rencontré plusieurs hauts dirigeants du Pentagone à Washington. D’après le mémorandum secret de cette réunion, Hassan II l’avait autorisé à proposer aux États-Unis de futures bases pour leur armée de l’air et leur marine au Maroc.

La réponse américaine fut favorable. William Clements jugea l’offre particulièrement utile, car les négociations de Washington sur ses bases en Espagne pouvaient rencontrer des difficultés. Dlimi évoqua parallèlement la vétusté du matériel marocain, l’influence soviétique en Algérie et la crainte que cette dernière cherche un accès direct à l’Atlantique.

Sur Bladi.net : Bases américaines : pourquoi un transfert de l’Espagne vers le Maroc reste très improbable

Le Maroc demandait alors que l’ensemble de ses équipements américains soit livré en trente-six mois. Il souhaitait notamment obtenir des chars M60 plutôt que des M48 reconstruits, ainsi qu’une réponse rapide concernant les missiles antichars TOW. Le document ne permet cependant pas d’affirmer que les bases auraient été proposées en échange de ces armes : les deux dossiers étaient discutés simultanément, sans contrepartie formalisée.

Le 11 juillet, Hassan II renouvela personnellement cette ouverture. Une fois le conflit du Moyen-Orient réglé, expliqua-t-il, plus rien n’empêcherait le Maroc d’offrir aux États-Unis des bases susceptibles de compenser d’éventuelles difficultés américaines avec le Portugal ou l’Espagne.