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Hicham El Guerrouj : « Je reste fidèle aux valeurs du sport »

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27 août 2007 - 00h10 - Sport

Habituellement plutôt réservé vis-à-vis de la presse, le jeune papa, bien dans ses baskets, a accepté de revenir, pour vous, sur dix années d’une carrière exceptionnelle. Il nous parle également de ses projets. Nombreux ! Sans fard, mais avec beaucoup de pudeur.

Vous avez débuté très tôt, à l’âge de 14 ans, pour enchaîner ensuite les compétitions dès 20 ans...D’où vous vient ce don pour la course de fond ?

J’ai débuté, c’est vrai, en 1988, lors des compétitions sportives organisées par l’école et je suis même sorti deuxième de ma toute première course ! Je me revois, plus jeune, courir contre mes voisins de quartiers après le ftour... Je gagnais à chaque fois ! Plus tard, en 1991, j’ai intégré le centre national de Rabat et j’ai commencé à rêver et à croire en mes capacités d’endurance. Vers 21 ans, j’ai voulu développer ce don et m’investir complètement. Je ne sortais plus le soir : je me suis imposé une vraie discipline... Chaque jour, chaque entraînement, était devenu un défi.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur ces années ?

Je n’ai que de beaux souvenirs ! (sourire). Je n’aime pas en parler, mais quand on décide d’arrêter, la mémoire commence à travailler. Les souvenirs reviennent. J’ai fait une carrière exceptionnelle, je crois, dix ans de sport de haut niveau, de 1994 à 2004. J’ai vécu des moments très difficiles dans ma carrière sportive et grâce à la volonté et au travail, j’ai pu les surmonter :

Aujourd’hui, qu’est-ce que je peux dire ? Que je suis fier de mon parcours et fier surtout vis-à-vis de mes enfants... Car tout cela n’est pas arrivé par hasard, il a fallu beaucoup s’accrocher. J’ai toujours la chair de poule quand je repense à ces moments. J’en parle avec mon cœur et beaucoup de chaleur !

Nous allons raviver encore ces émotions, mais quel est votre meilleur souvenir de carrière, Hicham ?

Sans hésitation, la naissance de ma fille, juste avant les J.O. de 2004 ! ça a aussi été l’année la plus difficile pour moi car j’ai eu des soucis respiratoires.

A deux mois des Olympiades, j’étais encore très perturbé : la naissance de ma fille, mon problème d’asthme qui ne s’arrangeait vraiment pas. Je n’arrivais plus à trouver mes repères et dix jours après la naissance, je perds une course. J’arrive huitième. Là où les gens attendaient vraiment le retour de Hicham, je finis huitième... Grâce au soutien de mes proches, de l’équipe et de Sa Majesté Mohammed VI, qui a chargé quelques médecins de me suivre, j’ai pu retrouver un très bon niveau. A quinze jours des J.O, j’étais revenu au top !

Athènes reste-t-elle votre plus grande joie de sportif ?

Oui, je crois que c’est Athènes ! Il ne faut pas oublier qu’en 1996, je perds. A Sydney, quatre ans plus tard, je perds... Et j’arrive donc à Athènes avec un espoir pas encore « clair » car j’ai déjà perdu à deux reprises. La veille de la course, je suis stressé. Ces 24 heures que j’ai vécues avant ont été les plus longues de toute ma vie ! J’entre dans le stade avec un seul rêve, gagner le 1500 mètres ! Je me suis dit : « Hicham, cette finale, tu dois la gagner, de n’importe quelle manière que ce soit ! ». Et j’ai gagné. C’est pour moi, la médaille qui a le plus de mérite, car il y a toute une histoire derrière... C’est un rêve pour tous les jeunes sportifs marocains !

D’après vous, Hicham, comment se hisse-t-on aux premières places des podiums les plus prestigieux, plusieurs années de suite ?

D’abord, il y a la volonté et le fait de travailler avec toujours le même enthousiasme. Bien entendu, il y a la famille et l’entourage de l’athlète qui compte plus que tout. J’ai de la chance, car j’ai gardé le même environnement tout au long de ma carrière. J’ai une mère extraordinaire, avec une force mentale assez... « berbère » ! (rires). Mon père aussi a fait beaucoup pour moi, il a toujours voyagé à mes côtés... C’est un homme discret, jamais devant les caméras. Avant d’entrer dans un stade, j’avais un petit rituel : le toucher pour qu’il me transmette son énergie. C’est mon porte-bonheur ! J’en profite pour remercier tous ceux qui m’ont aidé, et j’ai une pensée particulièrement émue pour mon tout premier entraîneur.

Vous avez évoqué des moments durs tout à l’heure. Il vous est arrivé de chuter à un tour de l’arrivée.... Que ressent-on dans ces moments pénibles ?

Chuter à Atlanta, au début de ma carrière, c’était vraiment terrible. Grâce à cette chute, j’ai résisté pendant quatre ans et j’ai gagné pas mal de courses.

C’est un très grand travail physique et mental. Pendant les périodes difficiles, beaucoup m’ont soutenu. Après la défaite à Sydney, mon entourage m’a permis de remonter la pente. Avec le recul, je retiens une chose : je voulais arrêter en paix avec moi-même, et pour cela, il fallait accrocher la médaille olympique ! Je me disais toujours : « Si je ne gagne pas à Athènes, les gens parleront toujours de moi comme de Hicham le champion, mais aussi comme le maudit des J.O ». Je voulais sortir comme un athlète qui a marqué l’esprit olympique !

En parlant de « générique » de fin, le 22 mai 2006, vous annoncez que vous arrêtez votre carrière après avoir été sacré meilleur sportif mondial par le journal « L’Equipe ». Que peut-on vous souhaitez pour 2007 ?

Une bonne santé ! Je pense que c’est la seule chose qui compte vraiment. En tant que sportif, pour moi, c’est fini. Je ne reviens Jamais sur ma parole et j’ai rempli mon contrat... Pour 2007, je suis en train de réfléchir à mon avenir, je prends mon temps, je consulte mes proches. Mon rêve, c’est de reprendre les études ! C’est mon nouveau challenge. Courir après le savoir est une chose noble, je pense... Mais je ne vous en dirais pas plus pour le moment !

A quoi occupez-vous vos journées de jeune retraité, justement, sur les plans personnel et caritatif, par exemple ?

Je fais du sport tous les jours, j’amène ma fille à l’école le matin, j’étudie et je suis en contact avec le Comité International Olympique qui me permet de participer au développement du sport, à la prise de décisions et à rester en contact avec les membres. Ça me permet également d’être à l’écoute des athlètes, nationaux et internationaux. Je suis aussi en contact avec tous mes amis-adversaires qui ont couru avec moi lors de ma carrière...

Aujourd’hui, j’ai un petit « bébé » qui s’appelle « la course de Tanger » et qui aura lieu le 6 mai prochain. Le but est de donner une chance à tous les jeunes sportifs talentueux. De même, je suis également ambassadeur de Spécial Olympics Maroc et nous organisons d’ailleurs, la veille du 6 mai, une course pour les personnes qui ont des difficultés motrices. Je suis très heureux de porter cette noble tâche. J’ai accepté, car la princesse Lalla Amina fait un travail extraordinaire, tout d’abord, et aussi parce que je suis touché de très près par cette maladie dans mon entourage familial.

On vous voit partout Hicham ! Quel est votre rapport avec la publicité ?

Je choisis uniquement les entreprises qui partagent mes valeurs : le travail et le respect, car il faut notamment toujours honorer son image d’athlète. Je suis également ambassadeur d’une grande académie de sport et je travaille toujours avec Nike. Cela dit, j’ai été approché par d’autres marques, mais malheureusement je n’ai pas pu accepter car ça ne passe pas...

Nous n’avons pas le même feeling ! Je suis conscient que si on fait ça juste pour l’argent, on risque de se perdre.

On entend dire actuellement que vous avez des projets dans l’immobilier...

J’aménage en effet un nouveau quartier sur 40 hectares, dans ma ville natale, Berkane qui produit, d’ailleurs, les meilleures clémentines du Maroc ! (rires). Je précise que mon énergie, ma concentration et ma sensibilité vont toujours vers le sport. J’ai une équipe qui travaille pour moi à Berkane et n’interviens que dans la stratégie. Je pense qu’il est crucial de ne pas tout mélanger pour respecter, à la lettre, les valeurs du sport que j’ai fait miennes !

Art de vivre - Céline Perrotey

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