Huit kamikazes issus de la misère du quartier de Sidi Moumen

- 09h27 - Maroc - Ecrit par :

Sidi Moumen, fief intégriste de la périphérie nord de Casablanca d’où sont originaires au moins huit des kamikazes auteurs des attentats qui ont fait 41 morts le 16 mai, offre l’image d’un vaste ensemble de bidonvilles entrecoupés de champs d’ordures.

Selon le ministre marocain de la Justice, Mohamed Bouzoubâa, c’est de cet environnement hérissé de petites mosquées et de cheminées industrielles, que sont issus au moins huit des 14 hommes qui ont commis simultanément cinq attentats suicide dans le centre de la capitale économique marocaine. Douze d’entre eux sont morts et deux ont été arrêtés, selon les dernières informations des autorités.

La majorité des habitants de Sidi Moumen sont venus des campagnes à partir des années 1970 pour chercher du travail dans les quartiers industriels voisins du grand port marocain. Ils s’entassent depuis sous des cabanes de tôle rouillée.

"Ici, il n’y a que la pauvreté, impossible de s’en sortir", dit la soeur d’un jeune homme de 23 ans arrêté samedi dans le cadre de l’enquête sur les attentats. La jeune femme demande que son identité soit protégée par crainte de représailles de la police. "Ils nous ont interdit de parler", dit-elle en montrant un commissariat voisin.

Ses parents, ses huit frères et sept soeurs vivent dans quatre cabanes croulantes, dans une chaleur insoutenable, sans intimité, sans eau courante, sans ramassage d’ordures, sans électricité, comme la majorité des habitants de Sidi Moumen. Celui qui a été arrêté était le seul à travailler, comme comptable.

"Il était sans histoires, il ne fréquentait pas d’islamistes, nous ne savons pas pour quelle raison il a été arrêté ni où il est détenu", affirme la jeune bachelière. "Mais depuis les attentats, la police arrête tous les hommes du quartier qui portent la barbe".

Les hommes barbus sont nombreux aux alentours, comme les femmes portant le voile.

Le chômage a durement frappé ce quartier dans une ville où son taux atteint officiellement 20%. Le long des rues, sur les places couvertes d’ordures dont se nourrissent ânes et chèvres, de jeunes hommes, le regard vide, discutent ou semblent attendre un miracle qui les ferait sortir de la misère et de l’ennui.

Beaucoup vivent de petits trafics selon leurs propres témoignages. Le quartier, particulièrement le bidonville de Squilla, est réputé dangereux.

Certains habitants indiquent à mots couverts que les organisations islamistes sont les seules ici à occuper le terrain social et politique. "Elles nous aident à survivre, à nourrir nos familles, à avoir des soins, des couvertures", souligne Rachid, un jeune père sans emploi. "On se dit que ces gens ne peuvent pas être mauvais".

Quartier de déracinés abandonnés par l’Etat et les partis non islamistes, Sidi Moumen est apparu au cours des dernières années comme un fief du Parti Justice et Développement (PJD, islamiste), troisième force politique au Maroc depuis les législatives de septembre 2002.

Mais des mouvements fondamentalistes musulmans recrutent également activement dans ce quartier déshérité, tels Salafia Jihadia, qualifié de "réseau criminel" par les autorités, ou Assirat Al Moustaqim (le Droit Chemin) tristement célèbre pour avoir lapidé à mort un habitant de Sidi Moumen considéré comme "dépravé".

Fouad Kerdoudi a été retrouvé mort le 23 février 2002 dans le quartier. Miloudi Zakaria, 35 ans, le chef d’Assirat Al Moustaqim et 13 membres du groupe ont été condamnés pour avoir ordonné sa lapidation ou y avoir participé.

Selon des spécialistes du terrorisme, ce type de petit groupe pourrait être à l’origine des attentats de Casablanca, qui auraient été planifiés, comme le triple attentat suicide du 13 mai à Ryad, au sein d’un "réseau de jihad international" — celui-là même que certains désignent déjà sous le nom d’al-Qaïda.

Le ministre marocain de l’Intérieur Mustapha Sahel a confirmé lundi soir une "connexion avec le terrorisme international".

Les habitants de Sidi Moumen ne parviennent pourtant pas à croire que des kamikazes puissent venir de leur quartier. "Se tuer de cette façon, pour tuer d’autres personnes, ce n’est pas dans notre culture", assure l’un d’eux.

AFP

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