Une journaliste espagnole raconte ce que Madrid n’avait pas compris du Maroc

- 16h00 - Maroc - Ecrit par : Betty de G.

Photographiée lors de manifestations, surveillée dans ses déplacements : la journaliste espagnole Sonia Moreno raconte les difficultés rencontrées pendant ses dix années de correspondance au Maroc. Dans un entretien publié ce dimanche 11 octobre, elle décrit un quotidien où les autorités, selon elle, gardent les reporters étrangers à l’œil.

« On vous laisse travailler, mais vous allez à une manifestation et vous avez derrière vous une personne qui vous photographie. » Sonia Moreno n’a pas oublié ses années de correspondante au Maroc. Interrogée par The Objective, la journaliste espagnole affirme avoir été surveillée dès son arrivée dans le royaume.

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« Ils ont un dossier sur vous dès le premier instant. Ils savent avec qui et comment vous vous déplacez. Vous êtes sous contrôle total », assure-t-elle. Selon son témoignage, cette surveillance concerne l’ensemble des journalistes étrangers, particulièrement lorsqu’ils couvrent des manifestations.

Son installation au Maroc remonte à 2010. Arrivée le 30 septembre, elle obtient son titre de résidence dès le 14 octobre, grâce notamment à ses connaissances marocaines qui l’aident dans ses démarches. La carte de presse constitue une autre difficulté. Elle commence à en faire la demande dans un contexte particulièrement tendu autour du Sahara.

Elle travaille d’abord pour le quotidien Público, puis rejoint la radio Cadena SER après la disparition de l’édition papier du journal.

Trois sujets particulièrement sensibles au Maroc

La correspondante identifie trois « lignes rouges » : « Le Sahara, le roi et l’islam. » Elle estime que les sujets concernant la monarchie et la religion sont devenus moins sensibles avec les années. Le Sahara demeure, en revanche, un dossier particulièrement délicat à traiter, tant sur le plan journalistique que politique.

L’expérience lui apprend néanmoins à mieux travailler dans cet environnement. Avec le temps, explique-t-elle, la connaissance des langues locales et la constitution d’un réseau de sources facilitent les enquêtes et les contacts.

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Sonia Moreno a consacré un livre à cette expérience, intitulé « Marruecos, el vecino incómodo » (Maroc, le voisin inconfortable). Elle y examine notamment les relations entre Rabat et Madrid. Dans cet entretien, elle revient aussi sur sa découverte d’un pays dont elle souligne les contrastes entre les grandes villes en développement et les territoires ruraux défavorisés.

La journaliste estime surtout que l’Espagne a sous-estimé son voisin marocain, notamment sa capacité à préparer sur plusieurs années des décisions économiques et diplomatiques.