Le calvaire des voyageurs de retour au bled

- 17h44 - Maroc - Ecrit par :

Düsseldorf, il était 8h30 ce jour de juillet. A côté du bahnhof (la gare ferroviaire), les derniers adieux animent la place. L’agence de voyages Allich accueille ses clients, presque tous des MRE retournant au bled. Les voyageurs effectuent la pesée de leurs bagages. Un autocar à deux niveaux les attend. L’Haj, un employé de l’agence, rassure : « Inchallah, le voyage sera direct jusqu’à Casablanca ». Les voyageurs commencent à charger eux-mêmes leurs sacs, valises et cartons dans la soute à bagages du premier niveau. Cela est fait un peu n’importe comment.

Les passagers feront le voyage au deuxième niveau. Un premier regard sur l’état délabré des sièges peu confortables annonce déjà la couleur : le voyage sera pénible. Après quelques heures de route, la première surprise ! Malgré les promesses de l’Haj, les voyageurs sont invités à changer d’autocar à Bruxelles. Dégoûtés par l’inconfort des sièges, des passagers sont contents de ce changement.
Les places n’étant pas numérotées, les passagers en provenance de Düsseldorf doivent se contenter des sièges vacants. Se sentant lésés, certains perdent leur sang-froid. La soute est pleine à craquer. Après les dernières formalités, l’autocar reprend la route en début d’après-midi. A bord, deux personnes mettent de l’ordre. Mohamed, un grand à l’accent rifain, fixe les gens d’un regard menaçant. Il les traite avec mépris. Saïd, plus jeune et plus diplomate, se montre plus aimable. Deux chauffeurs espagnols se relaient.
Lassés, les passagers ne font aucun cas du ton provocateur de Mohamed. A n’importe quelle demande des voyageurs, Mohamed se met en colère en priant Dieu que ce voyage se déroule dans de bonnes conditions. Profitant de la bonté et la naïveté de certains passagers, Saïd leur demande de l’argent pour les frais médicaux de sa mère malade. Certains constatent la tentative d’arnaque pure et dure. D’autres, dans un élan de solidarité, mettent la main à la poche pour aider cet employé de l’entreprise de transport. Mais attention ! Saïd n’accepte que des euros… No comment !
Les panneaux annoncent l’Espagne. C’est le deuxième jour de voyage. A bord, la même ambiance règne : d’un côté les propos provocateurs de Mohamed et de l’autre, les demandes d’argent persistantes de Saïd.

Les passagers somnolaient tout le temps. Vers midi, le car conduit par l’un des chauffeurs espagnols s’arrête devant un restaurant. Saïd annonce aux voyageurs qu’il s’agit d’un arrêt de quelques minutes, le temps de récupérer un passager. « Le prochain arrêt est prévu à côté d’un restaurant marocain qui sert de la nourriture hallal », dit-il pour les calmer. Les deux chauffeurs espagnols ne sont plus là. La chaleur est torride. Près de deux heures d’attente sous un soleil brûlant avant que les chauffeurs ne reviennent et c’est le départ.
A l’approche d’Algésiras, et après la première cagnotte ramassée la veille, Saïd récidive. Il organise une seconde collecte. Cette fois, c’est pour la douane. « Je veux vous éviter de perdre du temps et ne pas avoir d’ennuis. Il faut donc cotiser. L’argent collecté sera versé à des douaniers que nous connaissons bien. Pour ceux qui l’ignorent, je leur assure que c’est monnaie courante. Je vous préviens, ceux qui ne donneront rien, seront aux premières loges pour la fouille », explique Saïd qui change subitement de ton. Il devient même menaçant. L’autocar arrive à Algesiras. Il est minuit.
L’activité au port est toujours animée et le dernier bateau est déjà parti. Il faut attendre le matin. « Tout le monde descend. Que personne ne reste dans l’auto se plient aux ordres. Un couple se rebelle tellement il en a marre. Mais c’est peine perdue. Tout le monde passe la nuit à la belle étoile. Allongés à même le sol, certains essayent de trouver le sommeil malgré le sentiment d’insécurité ressenti, sans parler des piqûres de moustiques. Des habitués utilisent leur sac de couchage. Heureusement, l’air est doux. Le staff dort bien sûr dans l’autocar. A l’aube du troisième jour, la traversée se fait en une heure à bord d’un « ferry ». Certains en profitent pour faire un brin de toilette. Arrivée à Sebta à 5h du matin. A la frontière marocaine, l’argent collecté par Saïd n’aura servi à rien. Les douaniers demandent de descendre les bagages. Sous le regard attentif des voyageurs, un agent procède à fouille de quelques sacs sans grande conviction. Cela prend beaucoup moins de temps que leur remise en place.
Seul moment de détente, lors de ce premier contact avec le sol marocain, un vendeur ambulant de thé à la menthe et de « msemmen » : la collation coûte un euro.
Après le passage de la Douane, l’autocar poursuit son chemin. Les voyageurs ignorent tout du trajet. Toute question sur l’itinéraire trouve réponse agressive. « Voyez avec l’Haj, c’est à lui de vous expliquer », répond Mohamed.
Passé Tétouan, l’autocar s’arrête dans un village où le staff se restaure gratuitement dans sa gargote habituelle. Arrivée à Tanger vers 13h. Le chauffeur refuse d’aller jusqu’à la gare routière malgré la colère des passagers. Certains menacent de faire appel à la police. Le chauffeur n’en fait qu’à sa tête. Ses acolytes ordonnent à tout le monde de descendre. Attirés par l’arrivée d’un autocar de « l’Kharij », porteurs, mendiants et taxis se précipitent sur le véhicule. En quelques secondes, la soute à bagages est encerclée.
Comme à la criée, Saïd et Mohamed sortent les bagages pêle-mêle et appellent les voyageurs pour identifier leurs sacs et valises, les mettre en lieu sûr ou se les faire porter à l’intérieur de la gare. La foule devient tellement nombreuse qu’on ne distingue plus les passagers des intrus. Les bagages entassés devant l’autocar font penser à une vente aux enchères. Le spectacle est désolant.
La criée terminée, tout le monde se dirige à l’intérieur de la gare.
L’autocar dans lequel on doit finir le voyage part dans une heure. Fatigués, affamés et surtout dégoûtés, les voyageurs veillent sur leurs bagages. Un moment d’inadvertance peut coûter cher.
Après près de deux heures, l’autocar sort de la gare. Les gens étouffent de chaleur à l’intérieur. Les voyageurs n’ont même plus la force de protester. Seul objectif : arriver chez eux et dormir. La prochaine visite au bled est renvoyée aux calendes grecques.
L’autocar fait escale à Assilah, Larache, Kénitra et Salé. De Rabat à Casa, le chauffeur a même jugé utile de « chasser » des places à gauche et à droite, question de se faire un peu d’argent. On arrive à la gare Ouled Ziane de Casablanca à 21h. Epuisés, les voyageurs on vécu un véritable cauchemar… qu’ils ne sont pas près d’oublier.

Mohamed AKISRA pour léconomiste

  • La justice consigne la remorque surchargée d'un autocar marocain à Poitiers

    Selon l'Afp La remorque d'un autocar marocain parti de Belgique à destination du Maroc a été consignée par la justice française après un contrôle de police ayant établi qu'elle circulait en surcharge, sans freins et sans être assurée, a-t-on appris lundi auprès du parquet de Poitiers.

  • Accident de Poitiers : l'autocar était-il trop chargé ?

    « Les causes de l'accident doivent être recherchées à la fois dans la conduite du chauffeur, dans l'état du véhicule et dans les conditions météorologiques », a expliqué le procureur de la République de Poitiers.

  • Arrestation de 2 chauffeurs d'un autocar transportant quelque 40 MRE

    Deux chauffeurs qui se relayaient tout en roulant au volant d'un autocar espagnol, transportant une quarantaine de ressortissants marocains, ont été arrêtés dimanche soir sur l'autoroute A10 près de Tours.

  • Air Horizon : Le Maroc à 3 h de Beauvais

    L'avion Air Horizon de la compagnie Safar Tours quitte la piste de l'aéroport de Beauvais-Tillé. Destination : Rabat, capitale du Maroc. Temps de vol, trois heures.

  • Le réalisateur Mohamed Ismaïl en tournage à Lyon

    Le réalisateur Mohamed Ismaïl entame dans quelques jours le tournage d'une nouvelle chronique sociale. Toujours sur le même thème de l'émigration, le regard du réalisateur se situe, cette fois, de l'autre côté de la frontière pour raconter l'histoire d'un homme qui décide de rentrer au pays après quarante ans de vie ailleurs. Tour à tour, nous sommes ballottés entre crise d'identité, méconnaissance des réalités, clash des générations et duplicité des regards ici et ailleurs.

  • Les Marocains de Sénégal se plaignent de l'horaire de Royal Air Maroc

    A la veille des grandes vacances d'été, la problématique des horaires de vols de la Royal Air Maroc (RAM) à destination et au départ de Dakar se pose de nouveau pour les nombreux membres de la communauté marocaine établie au Sénégal qui s'apprêtent à regagner le pays.

  • Les Marocains du monde entament le chemin du retour

    Sur un terrain vague situé entre le centre d'accueil de Malabata et la nouvelle gare ferroviaire de Tanger, a été aménagé un parking de fortune destiné à abriter les MRE en partance pour leur pays de résidence.

  • Accident de car marocain : un chauffeur en garde à vue

    Un chauffeur a été placé en garde à vue et une enquête judiciaire, doublée d'une enquête administrative, ouverte mercredi à Poitiers (centre-ouest) au lendemain de l'accident de l'autocar marocain, survenu mardi soir, sur une route nationale, au sud de la ville, qui a fait douze morts selon un nouveau bilan.

  • Port de Tanger : Des améliorations mais...

    Comme chaque année, l'arrivée des MRE annonce celle de l'été au port de Tanger. Tout s'agite et la frénésie atteint l'ensemble des opérateurs. Les plus occupés sont sans conteste les services de l'ordre. Face à la croissance d'année en année du flux de MRE, ils sont quelquefois débordés, même s'ils n'aiment pas l'admettre.

  • Opération Transit 2004 : les autorités prévoient un record de passage

    A quelques jours du lancement officiel de l'opération Transit 2004, les premiers pronostics augurent d'une croissance notable du nombre des RME qui y prendront part.