Le Maroc à Montréal

- 01h30 - Monde - Ecrit par :

De l’encens parfume la scène. Les maîtres musiciens gnaoua font leur entrée dans leurs habits colorés. Ils amorcent un rituel où la musique, la danse, les couleurs et les parfums se complètent pour permettre au maître du rituel (le maâlem) d’inviter les saints et les entités surnaturelles à prendre possession des adeptes.

Comme le vaudou haïtien ou la macumba brésilienne, la culture gnaoua se veut curative et plus efficace qu’une séance chez le psychologue, selon les habitués. « Les gens dansent jusqu’à l’évanouissement, explique Nazih Bouchareb, passionné de culture gnaoua. Lorsqu’ils se relèvent ils sont comme des nouveau-nés », ajoute le fondateur du groupe Salaam, seule formation au Québec à s’inspirer de ces pratiques ancestrales.
Mieux vaut dire que Salaam « s’inspire » des traditions gnaoua. Les musiciens ne pratiquent pas le rituel en question. Ils ont adopté les danses, la musique et les costumes, mais le pouvoir thérapeutique a été mis de côté. Née en 1998, la formation propose des rythmes traditionnels africains savoureusement harmonisés à des sonorités plus contemporaines comme le jazz, le blues et le funk. Les compositions sont chantées en langue arabe et dans un dialecte malien presque disparu. « Avec Salaam, nous avons la formule traditionnelle, plus acoustique, où nous sommes assis par terre et une autre version avec les cuivres, le piano, la batterie et les choristes », lance Nazih Bouchareb, fier de partager son enthousiasme pour ses origines marocaines. Bref, une musique gnaoua à la sauce montréalaise.
À l’image de la métropole métissée, les membres du groupe sont juifs, musulmans, Trinidadiens, Ivoiriens, Marocains et Québécois. Une musique du monde au vrai sens du terme. « Nous sommes parfois plus de douze personnes à monter sur scène », explique Nazih. Étonnamment, un seul vrai Gnaoui (le masculin singulier de gnaoua) compose le groupe. Cette culture très bohémienne se transmet en effet de père en fils, pas autrement.
Lorsque le spectacle débute, personne ne peut rester indifférent aux musiciens qui battent la cadence sur leurs tbels, des tambours joués avec deux bâtons courbés. Nazih joue d’une guitare appelée le sentir qu’il a le mérite d’avoir fabriqué lui-même, comme bon nombre d’instruments utilisés par le groupe. Le public imite aussitôt les danses des artistes sur scène, non pas pour guérir, mais tout simplement pour le plaisir.

Le Maroc à Montréal

Même si la communauté marocaine du Québec compte près de 80 000 personnes, majoritairement concentrées à Montréal, leur musique demeure inconnue. Des artistes comme le groupe Salaam ouvrent donc des portes sur le Maroc. La formation a d’ailleurs été jugée « meilleur groupe musical » lors de la Soirée des flambeaux 2001, un événement qui récompense la musique africaine de la métropole. Les Montréalais devront attendre encore un peu avant de pouvoir assister à un festival de culture gnaoua.
L’idée s’est concrétisée dans son bastion marocain. Depuis sept ans, la ville d’Essaouira accueille le Festival Gnaoua et musiques du monde. À la fin du mois de juin, la frénésie gagne ce village de pêcheurs alors que sentirs, tbels et karkabas envahissent l’espace sonore pour quatre jours. Le littoral prend des allures d’immense terrain de camping où près de 400 000 mélomanes s’entassent pour savourer l’évènement le plus couru du continent africain. « Personne ne se plaint de cet hébergement improvisé, l’heure est à la fête », soutient Hassan Hakmoun, musicien gnaoua immigré aux États-Unis. Protégé de Peter Gabriel et de plusieurs autres légendes de la musique, le musicien marocain est le représentant de la culture gnaoua le plus connu en Amérique du Nord. Ses fans montréalais l’ont d’ailleurs accueilli à bras ouverts lors de sa prestation à la toute dernière édition du Festival de Jazz. Quand on lui parle du festival d’Essaouira, auquel il a participé plusieurs fois, le musicien s’abandonne à la rêverie. « L’ambiance y est tout simplement indescriptible. »
Dans une étrange harmonie, des femmes en bikini en croisent d’autres voilées. Outre les scènes principales, les musiciens s’installent dans les cafés et dans plusieurs autres commerces pour jouer jusqu’à l’aube. Les journalistes de partout dans le monde se plaisent d’ailleurs à comparer l’événement au fameux Woodstock. D’après Hassan Hakmoun, le festival d’Essaouira n’a pas son pareil. Il raconte avoir été victime de racisme lors d’un autre festival, situation qui n’aurait pas pu arriver à Essaouira, selon lui. « La musique gnaoua inspire la paix, la non-violence et le respect. »
Si la création du festival a grandement amélioré la santé économique de la ville d’Essaouira, il en va de même pour la santé de cette culture. Autrefois, les Gnaoua devaient mendier pour subsister en jouant dans les rues du Maroc pour quelques rares dirhams, la monnaie nationale. Des groupes musicaux s’approprient maintenant les rythmes gnaoua dans plusieurs régions de la planète : en Allemagne, aux États-Unis, au Danemark et bien sûr à Montréal.
Pour avoir une idée du son que proposent Nazih Bouchareb et ses amis du groupe Salaam, il est possible de les entendre sur leur site Internet. Après plus de cinq ans d’existence, le groupe parle de lancer un premier album. « J’ai ouvert le dossier », déclare Nazih pour signifier qu’il a bel et bien l’idée en tête. Mais c’est sur scène que le public peut les apprécier à leur juste valeur. Leur musique sans les danses, les costumes et les vibrations du moment, ce n‘est pas vraiment gnaoua.

Exergue1 : Même si la communauté marocaine du Québec compte près de 80 000 personnes, majoritairement concentrées à Montréal, leur musique demeure inconnue. Des artistes comme le groupe Salaam ouvrent donc des portes sur le Maroc.
Exergue 2 : Depuis sept ans, la ville marocaine d’Essaouira accueille plus de 400 000 amateurs de musique gnaoua à la fin du mois de juin. Pendant quatre jours, cette cité de bord de mer devient la mecque planétaire de la musique maghrébine.
Bas de vignette 1 : Nazih Bouchareb joue d’une guitare appelée le sentir qu’il a le mérite d’avoir fabriqué lui-même, comme bon nombre d’instruments utilisés par le groupe Salaam.
Bas de vignette 2 : Des groupes musicaux s’approprient maintenant les rythmes gnaoua dans plusieurs régions de la planète : en Allemagne, aux États-Unis, au Danemark et bien sûr à Montréal.

Julie Corbeil - Montréal Campus

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