Le Maroc raconté par Une Marocaine de l’étranger

- 22h01 - Maroc - Ecrit par :

Le Maroc vu de l’extérieur est un pays féerique digne d’un conte des Mille et Une nuits, un pays entouré de mystères et ancré dans des traditions ancestrales. L’image que l’Occidental se fait du pays est celle d’une petite berbère habillée de noir, les joues maquillées de rouge, un Touareg traversant le désert à dos de chameau ou encore ces femmes multicolores lançant sur votre chemin des pétales de roses.

Des images folkloriques pour touristes. Il y a aussi l’envers du décor de toute société. Il est beaucoup plus facile pour l’étranger de remarquer ce que les résidants ne voient pas ou ne voient plus. Durant mon séjour, j’ai fait un certain nombre de constats. En trois semaines et demie, j’ai eu l’occasion de visiter les quartiers de nombreuses villes : Casablanca, Settat, Mohammédia, Salé. J’ai fréquenté les habitants issus de différentes couches sociales, de l’élite au petit paysan, et d’observer des mentalités qui diffèrent parfois au sein d’une même famille.
Mon constat comporte des aspects négatifs et positifs.
Une des premières choses qui m’ont choquée, et sûrement l’un des aspects les plus négatifs, est la saleté des villes. Surtout celle de Casablanca, de Hay Mohammadi à Derb Sultan en passant par la Commune de Ben M’sik quel ne fut pas mon étonnement ! Des poubelles jonchant les grands boulevards, des restes de nourriture, des couches-culottes usagées devant les allées de maisons. Une après-midi alors que je me rendais chez une amie, j’ai vu une habitante en pyjama venir déverser sa poubelle en plein jour sur un grand boulevard sans la moindre gêne. J’interroge, je me renseigne et l’on me répond que c’est tout à fait normal et que cela fait partie des traditions du pays. Quelles traditions ?! Accepter de vivre dans la saleté, les déchets et la pollution ? Cela constitue un acte non citoyen, de non-respect vis-à-vis de l’autre et de soi-même. La notion de citoyenneté, de bien commun semble inexistante. Comment peut-on accepter de vivre dans ces conditions ? Chacun lance la pierre à son voisin, les habitants accusent les autorités de ne pas vouloir remédier à cet état des choses, de l’autre c’est le peuple qui serait inéducable. Les gens se comportent de manière individualiste, le civisme s’arrête au seuil de la porte de la ménagère. Pourquoi se soucier de l’espace commun dans lequel on vit pourvu que “c’est propre chez soi” ?
Un des autres aspects négatifs concerne le respect du code de la route et surtout celui du piéton. Je ne m’autoriserais pas à dire que les Marocains ne savent pas conduire, je m’attirerais les foudres de ma famille et celles de mes amis. Non, je dirais simplement que la plupart des automobilistes conduisent à l’instinct et considèrent peut-être que le code de la route est secondaire, accessoire, pourvu que cela roule. Que dire de la ruralisation des villes, des charrettes qui se bousculent aux côtés des voitures au détour d’un carrefour ? J’ai eu maintes et une fois l’occasion de me promener à pied dans les centres-villes. Traverser une chaussée relève du parcours du combattant ! L’automobiliste en général ne prendra pas la précaution de s’arrêter au passage clouté destiné aux piétons qui traversent un peu partout à l’aveuglette sous les coups de klaxons incessants. J’ai réglé ce problème grâce au conseil d’un ami : “ Traverse de manière nonchalante sans regarder ni à droite ni à gauche”. Ce fut très difficile les premiers jours par crainte d’être écrasée, mais cela a fonctionné par la suite.
Les réponses données par les chauffeurs de taxi que j’ai questionnés furent toujours les mêmes : “ Les piétons ne respectent pas le droit”, ce fameux "kanoun". Il est sur toutes les bouches mais qui le respecte réellement ? Il y a une réelle aspiration du citoyen marocain à une éducation à la loi, il idéalise la société occidentale. Il voudrait aussi que ses droits soient respectés, mais que fait-il de ses devoirs ?
Ne parlons pas de la ceinture de sécurité qui est sujette à discorde. Mettre la ceinture est une véritable contrainte, plusieurs explications sont avancées : elle n’est pas nécessaire, elle serre trop, elle donne chaud… Alors qu’elle sauve bien des vies !
Le dernier aspect négatif, et je m’arrêterais là, est la notion du temps. Lorsque je donne une heure de rendez-vous fixe à une cousine ou un ami, je dois m’attendre à ce que cette personne arrive avec plusieurs minutes de retard, voire quelques heures. Dernièrement, j’ai invité mes cousins à venir manger à la maison, le rendez-vous était fixé pour 20 heures. J’ai attendu deux bonnes heures, enragée. Lorsqu’ils sont arrivés, ils étaient étonnés de ma réaction. Selon eux, il n’y avait aucun problème : 20 ou 22 heures, quelle différence y avait-il, la soirée ne faisait que débuter. Le temps semble s’arrêter, la nonchalance est de mise au pays.
Pourtant, je reste attachée à ce pays malgré ses défauts, je n’en connais pas un de parfait. Je l’admire car tout en étant moderne à certains niveaux, il sait garder sa spécificité. Malgré la mondialisation, les images venues d’Occident, son mode de vie recopié, retouché, il sait encore respecter ses traditions que je ne retrouve plus dans les sociétés occidentales. J’aime ses fêtes, j’aime son folklore qui fait son charme, j’aime pouvoir discuter avec la campagnarde qui me raconte ses malheurs en temps de sécheresse comme j’aime discuter avec le cadre politique du prochain achat qu’il compte effectuer à l’étranger. Je reste ébahie par la faculté des Marocains à passer d’un mode de vie à un autre sans être schizophrène. J’observe mes amies qui sont totalement occidentalisées et qui, par ailleurs, respectent l’essentiel des traditions qu’elles perpétueront plus tard à travers leurs enfants. Pour toutes ces raisons, oui, j’aime ce pays, qui malgré ses défauts hormis la saleté, n’en reste pas moins attachant. Toujours est-il, pittoresque et tradition ne signifient pas ordures et saleté.

Fatima BADAOUI (MRE)

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