Mariages mixtes : Les tracas avant de se dire « oui »

- 12h59 - Maroc - Ecrit par : L.A

Nadia la Marocaine et Christian le Français veulent se dire « oui ». Les mariages mixtes, il y en a de plus en plus. Et sous tous les cieux. La France passe pour être la « championne européenne » du « mixage matrimonial ». En 1999, 30.000 mariages mixtes- entre français et étrangers- y étaient célébrés. Soit un mariage sur dix.

Les proportions seraient encore plus grandes aujourd’hui. Sans compter les unions entre fils ou fille d’immigrés des deuxième et troisième générations et Français dits « de souche », puisque l’état civil ne mentionne que la nationalité des époux au moment du mariage, les origines ethniques ou religieuses n’apparaissant pas dans les statistiques. Près d’un tiers des étrangers naturalisés français (soit 22 000) ont acquis la nationalité française par le mariage. En l’espace de vingt ans, la proportion des mariages mixtes a doublé. Mondialisation oblige, les populations se mélangent aussi et le Maroc s’inscrit dans la tendance. Les mariages entre Marocains et étrangers seraient donc plus nombreux. Aucune statistique n’existe cependant, les actes de mariages n’étant pas centralisés.

Pour « accélérer » les formalités, Nadia et Christian se rendent au Consulat français de Casablanca. Ils y apprennent, à leur grand malheur, que le consulat n’a pas le droit de célébrer un mariage entre un de ses ressortissants et un ressortissant marocain. Ils devront donc d’abord passer devant les adouls, c’est-à-dire célébrer le mariage selon les formes locales. Pour ce faire, Christian devra d’abord « devenir musulman » avant de remplir toutes les autres formalités de mariage.

La moudawana n’a pas touché à cet aspect du mariage. A très forte connotation religieuse, voire exclusivement religieux, le mariage entre un étranger et une Marocaine (donc musulmane) n’a subi aucune modification. Le sacro-saint principe d’égalité entre sexes, base du nouveau texte, a été occulté dans ce cas de figure. « C’est non pas l’union qui a intéressé le législateur mais la filiation », explique un juriste. Un enfant de musulman naît musulman et hérite automatiquement de son père. A l’ambassade de France à Rabat,on est on ne peut plus clair.

« Le consulat français peut procéder ultérieurement à la transcription du mariage célébré selon les formes locales, mais il ne peut jamais procéder lui-même au mariage lorsque l’un des époux est ressortissant de l’Etat de résidence ». Un Marocain ou une Marocaine souhaitant se marier avec un Français ne peuvent donc le faire au consulat avant d’avoir préalablement contracté un acte adoulaire. « Cette règle est à la fois liée au droit français notamment l’article 170 du code civil qui détermine la capacité des consuls et au droit marocain ».

Le code de la famille marocain promulgué en février 2004 ne prévoit de modification qu’en ce qui concerne les mariages contractés à l’étranger. Ce changement figurait comme une des grandes avancées du texte et la réponse à l’une des plus importantes revendications de la communauté marocaine établie à l’étranger. Le code de la famille prévoit en effet toute une partie consacrée à cette population. Les mariages civils contractés à l’étranger peuvent être transcrits au consulat marocain et donc être « reconnus » par les autorités marocaines. Cette disposition est importante. Mais attention ! Le consulat n’est pas une mairie. « Le consulat n’est pas une mairie, notamment parce qu’il n’est pas sur le territoire français mais sur le territoire marocain », explique-t-on à l’ambassade. C’est la raison pour laquelle les Français ne peuvent y contracter des unions avec des ressortissants marocains. « Les articles 14 et suivants du code de la famille marocain concernent exclusivement la validité des mariages contractés par les MRE dans leur pays de résidence, et non pas le mariage des Marocains résidant au Maroc devant un consul étranger ». Avant de faire accepter à l’autre ses différences religieuses, culturelles ou culinaires, il faudra d’abord lui faire accepter toutes les tracasseries juridiques et administratives. Ce qui n’est déjà pas une mince affaire.

L’Economiste - Amale Daoud

  • Maroc : Plus 11% de mariages en 2006

    Le taux de mariage et de demandes de validation de mariage a enregistré une augmentation de 11,64 pc en 2006 par rapport à 2005.

  • La réforme du Code de la nationalité enfin adoptée !

    Le projet de loi portant réforme du Code de la nationalité a été adopté, jeudi, par le Conseil de gouvernement. Le texte vise la promotion de la situation juridique de la femme et de l'enfant et la consécration de l'égalité entre l'homme et la femme en permettant à la Marocaine d'octroyer sa nationalité à ses enfants de père étranger.

  • Plus de 33.000 mariages de mineures en 2007

    4 ans après la révision de la moudawana et malgré le mariage légal à 18 ans, 33.000 mariages de mineures marocaines ont eu lieu en 2007. Selon la Ligue démocratique des droits des femmes (LDDF), près de 87% des mariages de mineures soumis au juge ont été approuvés.

  • Parlement : Le code de la nationalité adopté en commission

    L'adoption du projet de loi sur la nationalité est bien partie. Le texte a été approuvé à l'unanimité, hier, en commission de la Justice de la Chambre des représentants. Aucun amendement majeur n'a été introduit à la version validée par le Conseil des ministres.

  • Marrakech : La galère des mariages mixtes

    Chaque année, le consulat de France à Marrakech enregistre près de 3.000 nouveaux immatriculés. A ces chiffres s'ajoutent naturellement les autres ressortissants pas « fichés » par les services consulaires.

  • Les mariages ont augmenté de 9% en 2007

    Quelque 297.660 actes de mariages ont été conclus au Maroc en 2007 contre 272.989 en 2006, soit une augmentation de 9,04 pc. Quelque 18.751 jugements de validation des mariages ont été également rendus l'année dernière par les tribunaux contre 16.832 en 2006, soit une augmentation de 11,40 pc.

  • Les lois Sarkozy, un tue l'amour ?

    Un jeune français nous raconte son parcours du combattant pour s'unir à une marocaine. Le durcissement des lois françaises relatives à l'immigration et à l'intégration vient alourdir les démarches liées au mariage avec un étranger. Zoubair, jeune français d'origine berbère, est tombé fou amoureux d'une belle marocaine, Sahra. Le jour où il s'est décidé à faire sa demande coïncide avec le début d'une vraie galère administrative.

  • Des détenus salafistes redécouvrent l'amour

    Des prisonniers salafistes ont entamé des grèves de la faim pour amener le ministère de la Justice à leur permettre de se marier. Incarcérés à Casablanca, ils affirment craindre pour leur "stabilité" si la situation perdure.

  • Mariages mixtes : Le phénomène se développe

    Le mariage mixte de moins en moins tabou dans notre société ? Les statistiques tendent à le confirmer, encouragées par un contexte légal qui ne cesse d'évoluer comme la Moudawana ou le code de la nationalité

  • Les MRE et le Code de la famille : Une Moudawana plus réaliste

    Mixte ou pas, le mariage d'un Marocain expatrié est tout sauf une simple formalité. Capacité, acte adoulaire, transcription du mariage (sur les registres consulaires du pays d'accueil quand le mariage a été célébré à l'étranger)…