Maroc : Aïd sobre, réveillon arrosé

- 02h42 - Maroc - Ecrit par : L.A

Des Marocains stockent de l’alcool et le marché de noir s’organise. La vente d’alcool sera interdite au Maroc deux jours avant le réveillon du nouvel an et l’Aïd el Kébir qui, cette année, tombent tous les deux le 31 décembre. Cette mesure est instaurée chaque veille de fête. Des Marocains ont donc préparé leur stock pour ne pas être à court d’alcool dimanche à minuit. Les revendeurs se sont aussi approvisionnés, pour faire de juteux bénéfices…

Le 31 décembre, les Marocains fêteront le passage à l’année 2007 et la « fête du mouton » (Aïd el Kébir). Comme chaque veille de fête, la vente d’alcool sera interdite dans les supermarchés et autres épiceries. Pour ce qui est des hôtels, ils ne peuvent en principe vendre de l’alcool qu’aux étrangers munis d’une pièce d’identité. L’interdiction de vente d’alcool ne posera pas de problème pour l’Aïd el Kébir. « Ce n’est pas une habitude pour les gens de boire de l’alcool pour cette fête. On boit entre amis, mais pas en famille », confie un responsable du supermarché Marjane de Casablanca.

Stocker avant l’interdiction

La mesure prohibitive du royaume chérifien ne devrait pas entraver non plus la célébration du réveillon du nouvel an, que certains célèbreront après le repas sobre et populaire de l’Aïd. Les Marocains, les expatriés et quelques touristes font leurs stocks. Pour le plus grand bonheur des magasins, qui réaliseraient à cette période le plus gros de leur chiffre d’affaires.

« Il y a toujours des pics juste avant l’interdiction de la vente d’alcool, explique le responsable de Marjane Casablanca. Je n’ai pas les chiffres, mais il y a une nette progression de la fréquentation depuis le début de la semaine. Toutes les catégories sociales et tous les âges achètent. Les jeunes prennent de la bière, de la vodka, des apéritifs. Les moins jeunes prennent plutôt du whisky, des alcools bruns… Quant aux personnes assez mûres, elles préfèrent un Bordeaux ou un Médoc. »

Contrebande d’alcool

Parmi les acheteurs, il y a aussi les revendeurs. Ils arrivent dans les supermarchés et achètent d’énormes quantités d’alcool, qu’ils fournissent à ceux qui n’ont pu s’approvisionner. Ils opèrent la nuit en évitant les forces de sécurité, au risque d’avoir une amende et/ou une peine de prison. « Ils sont présents dans tout Casablanca et pratiquent des prix défiant toute concurrence. Ils peuvent faire payer 70 dirhams (dh) pour une bouteille de vin ordinaire que nous vendons 20 dh », commente notre source de Marjane Casablanca.

A Tétouan (Nord), la direction de Marjane a d’ailleurs fixé une quantité maximale d’alcool achetable par une personne. « On ne peut pas prendre plus de cinq cartons, comptant chacun 12 bouteilles », indique Kamel Foutali, responsable du rayon des liquides à Marjane Tétouan. Soixante bouteilles ce n’est pas mal, mais pas assez pour les revendeurs.

Selon Kamel Foutali, ils achètent une fois à ces conditions puis se rendent dans d’autres magasins qui ne leur fixeront pas de limites. Ou alors, si la sécurité leur fait savoir qu’ils sont indésirables, ils paient deux ou trois personnes pour acheter ce qu’il leur faut. A la frontière avec l’enclave espagnole de Sebta, les bonnes marques sont aussi bradées. « Nous vendons une bouteille de whisky J&B à 209 dh et les contrebandiers le font à 80 dh car leurs produits ne sont pas taxés. Ces produits sont spécialement destinés à Tétouan », poursuit le responsable de Marjane Tétouan.

« Les jeunes s’éclipseront pour boire avec des amis »

Les jeunes désargentés profiteront peut-être de la générosité propre à la fête du mouton pour trinquer à minuit. « Comme c’est l’Aïd, les parents sont généreux et vont donner de l’argent en pensant que leurs enfants iront au cinéma. Or, ils s’éclipseront pour acheter des bières et aller boire avec des amis ou iront à des réceptions dont le prix d’entrée est abordable. A Marrakech et à Agadir, où il y a beaucoup de touristes, des boîtes de nuit vont certainement organiser des soirées où il y aura de l’alcool », commente un Marocain.

Toutefois, d’aucuns estiment que les paillettes du réveillon brilleront moins que les braises du méchoui de l’Aïd. Car si cette fête est plutôt célébrée une journée, contre deux ou trois autrefois, elle reste très populaire et des Marocains de l’étranger feront le déplacement pour voir leurs proches.

Afrik.com - Habibou Bangré

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