Maroc : le chômage baisse sur le papier, pas dans la rue
Le taux de chômage marocain est passé de 13 % à 10,8 % avec l’entrée en vigueur d’une nouvelle enquête du HCP. Cette baisse spectaculaire ne signifie toutefois pas que des centaines de milliers de personnes ont retrouvé un emploi. Elle résulte surtout d’une nouvelle manière de compter les chômeurs.
Le Haut-Commissariat au Plan a remplacé, au premier trimestre 2026, son ancienne Enquête nationale sur l’emploi par une nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre, alignée sur les normes de l’Organisation internationale du travail, indique la Banque Mondiale dans son dernier rapport.
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Avec l’ancienne méthode, le Maroc affichait un taux de chômage de 13 % en 2025. La nouvelle enquête le ramène à 10,8 %. La Banque mondiale prévient cependant que la comparaison doit être interprétée avec prudence : une partie de la baisse provient du reclassement statistique de personnes qui souhaitent travailler, mais qui ne recherchent plus activement un emploi.
Pour être désormais considérée comme chômeuse, une personne doit remplir simultanément trois conditions. Elle ne doit avoir exercé aucun travail rémunéré pendant la semaine étudiée, doit avoir activement recherché un emploi au cours des quatre semaines précédentes et doit pouvoir commencer à travailler dans un délai de deux semaines.
Les personnes qui veulent travailler mais ne remplissent pas tous ces critères sortent du chômage au sens strict. Elles sont classées dans une nouvelle catégorie appelée « main-d’œuvre potentielle ». Les travailleurs découragés, qui ont renoncé à chercher après des recherches infructueuses, sont particulièrement concernés.
La définition de l’emploi a également été resserrée. Seules les activités réalisées en échange d’un salaire ou d’un bénéfice sont maintenant comptabilisées. Les aides familiales non rémunérées et certaines personnes produisant principalement pour leur propre subsistance sont désormais classées séparément.
La baisse cache 884 000 travailleurs découragés
Cette nouvelle présentation fait baisser le taux de chômage officiel, mais elle révèle en parallèle une sous-utilisation du travail beaucoup plus importante. Au premier trimestre 2026, le Maroc comptait 884 000 personnes souhaitant travailler mais ayant cessé de rechercher activement un emploi. La majorité d’entre elles vivaient en milieu urbain.
En les réintégrant dans une mesure plus large, le taux ne s’établit plus à 10,8 %, mais à 17,1 %. En ajoutant également les personnes qui travaillent moins qu’elles ne le souhaitent, la sous-utilisation globale de la main-d’œuvre atteint 22,5 %.
La situation apparaît encore plus difficile pour les jeunes et les femmes. La mesure incluant les chômeurs et la main-d’œuvre potentielle monte à 40,4 % chez les jeunes et à 27,9 % chez les femmes.
La nouvelle méthode fait également passer le taux d’activité général de 43,5 % à 41,8 %. Pour les femmes, il recule de 19 % à 17,5 %. Selon la Banque mondiale, ces diminutions ne traduisent pas une dégradation soudaine du marché du travail, mais le reclassement de certaines catégories qui étaient auparavant intégrées à la population active.
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Le taux de 10,8 % ne signifie donc pas que le chômage a brutalement reculé au Maroc. Il correspond à une définition plus stricte, tandis que les nouveaux indicateurs font apparaître séparément ceux qui manquent de travail, travaillent trop peu ou ont fini par renoncer à en chercher.