Le Maroc craignait de perdre 40 000 emplois à cause de la France : le bilan tombe
Près de 10 000 emplois auraient disparu dans les centres d’appels marocains depuis l’interdiction française du démarchage téléphonique non consenti. Les petites entreprises ont subi les fermetures les plus brutales. Les grands groupes ont réorienté leurs salariés vers d’autres métiers, parfois au prix de nouvelles concessions.
« Nous avons été contactés par des salariés ayant perdu leur emploi », raconte Ayoub Saoud, secrétaire général de la Fédération nationale des centres d’appels et des métiers de l’offshoring. Dans une enquête publiée mercredi 21 octobre par Les Échos, le syndicaliste décrit des centres fermés, laissant parfois leurs employés sans indemnités. Le secteur commence à mesurer les conséquences de la réforme française.
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En mars, le ministre marocain de l’Emploi, Younes Sekkouri, redoutait la disparition de 40 000 à 50 000 postes. Depuis le 11 août, les entreprises qui démarchent des particuliers français doivent avoir obtenu leur consentement préalable. Une règle qui s’applique également aux appels effectués depuis le Maroc, conformément à la nouvelle réglementation française.
Fin septembre, la fédération syndicale FNCAMO-UMT évaluait à près de 10 000 les emplois perdus, sur les 120 000 à 150 000 que compte le secteur marocain. Ce chiffre reste une estimation, les petites structures informelles échappant souvent aux statistiques. L’organisation syndicale internationale UNI Global Union signalait déjà des salariés privés de travail, parfois incapables de récupérer leurs salaires.
Pour les petits centres spécialisés dans la télévente, l’équation est devenue difficile. Ils doivent désormais acheter des fichiers de prospects ayant accepté d’être contactés. Ces contacts coûtent cher, même s’ils offrent de meilleures chances de conclure une vente. Certaines entreprises, incapables de supporter cette dépense, ont fermé.
Les petits centres ferment, les grands changent de métier
Le marché français représente plus de 80 % de l’activité des centres d’appels marocains. Pourtant, la prospection commerciale ne génère qu’environ 15 % de leurs revenus, selon les organisations professionnelles citées par Les Échos. L’essentiel de leur activité repose désormais sur d’autres prestations : service client, assistance technique, gestion administrative ou services numériques.
Les grandes entreprises avaient anticipé ce virage. Chez Foundever, des téléconseillers ont été réaffectés à l’assistance technique ou aux canaux numériques, explique Rabii Zafat, salarié et délégué syndical du groupe. Les recrutements ont également été gelés dans certains départements, les entreprises profitant des départs naturels pour réduire progressivement leurs effectifs.
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Cette diversification des activités permet aux grands opérateurs de conserver une partie de leurs salariés. Le passage de la vente à la relation client peut toutefois s’accompagner d’une perte de rémunération, notamment lorsque les commissions commerciales représentaient une part importante du salaire.
Ayoub Saoud réclame désormais un véritable accompagnement des travailleurs touchés, avec des formations et des garanties de revenus pendant leur reconversion. Car derrière les milliers d’emplois sauvés par les grandes entreprises, des salariés de petits centres cherchent encore à récupérer les salaires et les indemnités laissés derrière eux.