Maroc : la guerre de la pastèque fait rage
C’est un bras de fer qui se joue sur fond de stress hydrique critique. Dans la province de Tata, l’interdiction de cultiver la pastèque divise profondément. D’un côté, des agriculteurs qui crient à la persécution économique ; de l’autre, la société civile qui applaudit une mesure de survie pour sauver les nappes phréatiques.
La « guerre de l’eau » a trouvé son nouveau front. Alors que les autorités ont serré la vis en interdisant la culture des fruits gourmands en eau, la colère gronde chez les exploitants agricoles. Un collectif de la région de Tata est monté au créneau, dénonçant un « harcèlement systématique » de la part des autorités régionales.
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Pour ces professionnels, l’argument de la sécheresse ne serait qu’un « prétexte fallacieux » ne reposant sur aucune donnée technique fiable. Ils pointent du doigt une injustice territoriale, s’étonnant que leurs voisins de Taroudant, Tiznit ou Assa ne subissent pas le même sort, alors que les conditions climatiques y sont comparables.
Face à cette levée de boucliers, les défenseurs de l’environnement et des droits humains font bloc derrière la décision préfectorale. Pour eux, l’équation est simple : il n’y a plus assez d’eau pour tout le monde.
Des études récentes de l’Agence du bassin hydraulique confirment que les réserves sont à peine suffisantes pour garantir l’eau potable aux habitants et maintenir une agriculture de subsistance. « La situation climatique et hydrique ne permet pas une agriculture intensive telle que la culture de la pastèque », tranche le président d’une association locale. Il assure ne pas être « contre les agriculteurs », mais défendre une « exploitation durable » pour éviter la catastrophe.
Le constat est partagé par le Centre marocain des droits humains. Le chef du bureau régional alerte sur le risque d’assèchement total. Selon lui, la culture intensive de la pastèque menace de faire disparaître les oasis sur un tronçon de 450 kilomètres.
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« Cela entraînerait la destruction de ce système qui permet aux populations de rester sur leurs terres », prévient-il. Entre la rentabilité immédiate de l’or rouge (la pastèque) et la survie à long terme des populations oasiennes, le fossé semble désormais infranchissable.