Le Maroc face à la nouvelle économie

- 01h21 - Maroc - Ecrit par : L.A

L’entrée dans le 3ème millénaire n’est pas qu’une symbolique calendaire. Elle coïncide avec une mutation considérable de notre environnement amorcée depuis surtout les trois dernières années, mais qui prendra toute son ampleur dans les mois et les quelques années qui viennent. Le premier défi est celui de l’accélération. La concentration des secteurs de la distribution, qu’elle soit alimentaire ou spécialisée, a pris une dimension nouvelle. La taille des regroupements se conjugue avec la mondialisation, c’est-à-dire notre aptitude à acheter partout dans le monde pour vendre à un consommateur partout dans le monde.

Le redémarrage de l’Asie, la poursuite d’une croissance soutenue aux États-Unis, le redressement des économies européennes créent un environnement favorable qui devrait dynamiser la croissance forte. Notre pays ne doit pas rester en marge de cette croissance, d’autant plus qu’il a l’obligation d’ouvrir ses frontières économiques en 2010. La planète est devenue la nouvelle cité, le véritable champ clos de l’exercice de la responsabilité. Dominé par un système que l’ivresse du pouvoir et le bénéfice du doute encouragent à tous les excès et à toutes les provocations, notre monde est sommé de dépasser la politique du fait accompli, d’inventer une conception solidaire de l’avenir.

Ce que la presse a appelé l’échec de Seattle est un phénomène composite charriant des éléments contradictoires, mais il contient, telle une pépite, les prémisses d’une réaction salutaire à la pollution planétaire du libéralisme, laquelle peut à tout instant détruire socialement tout individu au nom de l’individualisme. Il s’agit d’une remise en cause fondamentale de l’insupportable légèreté de la technocratie mercantiliste, en même temps que la revendication d’un système de régulation fondé sur des principes politiques éprouvés ou prometteurs : l’exigence de démocratie, le principe de précaution, la nécessité de l’émergence de droits universels.

Le “laisser faire” est une politique, c’est même la définition pragmatique du libéralisme. Le syndicalisme est né de cette volonté du monde du travail de ne pas se laisser faire, de ne rien laisser passer qui mette en cause sa dignité et son aspiration légitime au bonheur.

Dans un Maroc où le salariat, dans sa diversité, représente l’immense majorité de la population, aucun parti politique ne peut négliger la réalité des luttes et des idées syndicales, tous les partis sont obligés d’en comprendre la teneur et d’en mesurer l’influence, que ce soit pour s’appuyer sur elles, les contenir, les contourner ou les combattre. Il faut réagir et rétablir la confiance : cela passe en premier lieu par une démarche revendicative concrète, au plus près des attentes des salariés, rompant avec la délégation de pensée, avec le culte de la spontanéité comme avec le mythe de l’avant garde éclairée.

C’est ainsi que pourra se construire le mouvement social susceptible de développer les solidarités d’intérêts entre toutes les catégories de salariés, d’établir un rapport de forces, gage d’une approche offensive de la négociation, quels qu’en soient le niveau ou les parties, au service des enjeux fondamentaux du progrès social, du développement durable et d’une nouvelle citoyenneté, en tenant compte de cette réalité, le Maroc peut donc progresser. La reconnaissance du fait syndical doit maintenant aller plus loin pour devenir une des sources ou une des références du gouvernement d’entreprise.

Une occasion va nous être donnée, en délaissant l’euphémisme mystificateur de “partenaires sociaux”, de redéfinir avec détermination, et, nous l’espérons, avec bonheur, le concept de démocratie sociale. Une alternative est soumise au Maroc : ou bien cette sphère essentielle, constitutive du patrimoine syndical et social, va sombrer corps et biens dans des calculs froids et égoïstes du capital financier, ou bien nous parvenons à définir, proposer, construire une véritable démocratie sociale à la marocaine fondée sur un nouveau partage de la valeur ajoutée produite.

Ce serait une excellente façon du Maroc nouveau de se placer sous le signe de la victoire de la solidarité, de la responsabilité et de la démocratie face à l’insupportable assurance du pouvoir de l’argent. Car l’expérience montre que les décideurs marocains n’agissent que poussés par les circonstances et, si les dossiers ne sont pas prêts, ils décident n’importe quoi.

Maroc Hebdo - Aziz Lahlou ; Professeur d’analyse économique à l’ENA-Rabat

  • Le tourisme en 2030 : trois scénarios pour le Maroc

    Stratégies basées sur le balnéaire et le tourisme urbain, le développement durable ou sur le tourisme culturel : trois scénarios de croissance pour 2030 proposés par le Haut commissariat au plan. De nouveaux marchés émetteurs émergent, une concurrence plus dure en Méditerranée : les contraintes du futur sont nombreuses. Le HCP table sur une croissance de 8% par an d'ici 2010 et de 6 à 7% jusqu'en 2030.

  • Maroc : La Chine, il vaut mieux l'avoir à ses côtés

    « Si tu veux marcher vite marche seul, mais si tu veux marcher loin marche avec les autres ». Les entreprises marocaines et chinoises ont choisi de suivre ce proverbe africain.

  • Investissements : Le Maroc est attractif, oui mais…

    Le Maroc est plus que jamais décidé à se soumettre à l'appréciation des milieux d'affaires, ici comme ailleurs. Après le projet du programme Brand Morocco sponsorisé par le Centre d'échange et d'investissement américano-marocain, c'est au tour des lauréats de l'association des MBA du Maroc (AMM), rattachée au réseau de l'Université canadienne de Sherbrooke, de revenir à la charge.

  • Travailler plus, produire plus ?

    La relation entre le volume horaire de travail et la production n'est pas, dans l'absolu, évidente, car le problème tient moins au temps de travail qu'à la productivité globale. La comparaison des données relatives à la durée « normale » de travail hebdomadaire entre pays soulève des difficultés, car l'exercice élude des indications portant sur les heures supplémentaires, la durée de congés annuels ou les jours fériés, casse-tête des industriels marocains.

  • Ruée vers le Sud

    Des ports, des aéroports, un réseau routier très étendu, des places aménagées, des équipements sociaux collectifs, des infrastructures en tout genre, des villes propres… En un peu plus de trois décennies, les provinces du Sud ont beaucoup changé depuis le jour de leur récupération. Epoque à laquelle la zone tout entière accusait un retard considérable dans tous les domaines.

  • Maroc : 34 partis en lice pour les législatives ?

    Quelle est réellement la stratégie de l'Etat face à la multiplication de nouveaux partis ? Les pouvoirs publics ont-ils seulement une visibilité quant à l'avenir immédiat du paysage politique marocain alors que la chambre des représentants s'apprête à renouveler ses membres ? L'interrogation traverse aujourd'hui un landerneau politique tout à la préparation du scrutin du 7 septembre. Difficile d'apporter des réponses claires face à une démarche plutôt contradictoire…

  • L'envolée de l'euro, une aubaine pour l'économie marocaine !

    L'euro, la monnaie européenne, continue son envol. Il avait atteint au début de la présente semaine 1,3637 dollar, s'approchant donc de 1,4 US $. Son record historique avait été de 1,3666 $ le 30 décembre 2004.

  • Maroc : Les médias audiovisuels au diapason des élections

    La gestion du temps d'antenne réservé à chaque parti politique en période électorale se fera sur la base d'un texte réglementaire qui sera publié à la veille des élections. L'annonce en a été faite mardi par le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement en réponse à une question orale au Parlement.

  • Documentaire RTBF : Où est passé l'amour dans la palmeraie ?

    Jérôme a fait le choix de quitter l'Europe et s'est installé depuis deux ans avec sa femme et ses deux filles dans une palmeraie isolée du sud du Maroc. Il y fait l'expérience de vivre dans un pays étranger et s'immerge dans une culture qui n'est pas la sienne.

  • Maroc/Législatives : Les partis se partageront 200 millions de DH

    Deux cents millions de DH. C'est le montant global de la contribution de l'Etat au financement de la campagne électorale pour les législatives de septembre. Soit une hausse de 50 millions de DH par rapport aux élections de 2002.