Le Maroc est-il un partenaire fiable ? L’Espagne se contredit en pleine crise de Sebta

- 23h00 - Espagne - Ecrit par : Sébastien A.

À Madrid, le gouvernement qualifie le Maroc de voisin « fiable et loyal ». Aux Canaries, un responsable territorial affirme exactement l’inverse et accuse Rabat de jouer avec des « cartes marquées ». Deux discours espagnols opposés, prononcés le même jour.

La porte-parole du gouvernement espagnol et ministre de l’Inclusion, Elma Saiz, a réaffirmé lundi la confiance de Madrid dans la coopération marocaine. Malgré les entrées massives enregistrées à Sebta fin juillet, elle considère Rabat comme un partenaire fiable en matière migratoire.

« Le Maroc est un pays voisin fiable et loyal », a déclaré la ministre dans un entretien à la télévision publique espagnole, selon Europa Press. Elle a également demandé de ne pas alimenter les spéculations sur une éventuelle responsabilité des autorités marocaines dans la crise.

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Cette position correspond à la ligne suivie par le gouvernement de Pedro Sánchez. Madrid insiste sur les retours vers le Maroc et sur la coopération ayant permis de réduire rapidement le nombre de migrants restés dans la ville. Parallèlement, l’Espagne a pourtant envoyé 150 militaires supplémentaires à Sebta.

Deux visions espagnoles irréconciliables

Quelques minutes auparavant, Antonio Morales, président du Cabildo de Grande Canarie, avait livré une analyse radicalement opposée. Il appelle Madrid et Bruxelles à cesser d’être « naïves », estimant que le Maroc « n’est pas un partenaire fiable » et qu’il « joue avec les cartes marquées ».

Dans une tribune relayée par Europa Press, le responsable canarien accuse Rabat d’utiliser la coopération migratoire lorsqu’elle sert ses intérêts, puis de la relâcher afin d’obtenir des concessions de l’Espagne ou de l’Union européenne.

Antonio Morales estime que le Maroc a transformé la pression migratoire en instrument de politique étrangère. Il juge cette stratégie d’autant plus préoccupante que le Royaume bénéficie désormais d’un soutien politique et militaire accru des États-Unis et d’Israël à la suite des accords d’Abraham.

Le président du Cabildo critique également le changement de position de Pedro Sánchez sur le Sahara. Selon lui, cette évolution n’a pas stabilisé les relations bilatérales, mais renforcé l’idée que l’Espagne pouvait céder sous la pression. Ses déclarations prolongent le climat de méfiance observé aux Canaries, quelques jours après la sortie du président de Las Palmas affirmant que les habitants de l’archipel ne seraient « jamais Marocains ».

Cette contradiction doit toutefois être nuancée. Elma Saiz parle au nom du gouvernement espagnol, tandis qu’Antonio Morales dirige l’administration insulaire de Grande Canarie et ne fixe pas la politique étrangère du pays. Son intervention révèle néanmoins la profondeur du désaccord entre Madrid et certains responsables des territoires espagnols les plus proches du Maroc.

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Le même jour, le Maroc est donc présenté en Espagne comme un partenaire indispensable et comme un voisin dont il faudrait se méfier. La crise de Sebta n’a pas seulement fragilisé la relation entre Rabat et Madrid : elle divise désormais ouvertement les responsables espagnols sur la confiance qu’ils peuvent encore accorder au Royaume.