Maroc-Espagne : 23 milliards d’euros qui rendent une rupture presque impossible

- 00h00 - Maroc - Ecrit par : Sébastien A.

Malgré les tensions autour de Ceuta, le Maroc et l’Espagne n’ont jamais été aussi liés économiquement. Commerce, automobile, textile, tourisme et énergie forment désormais un ensemble d’intérêts croisés qu’une crise prolongée ferait payer aux deux pays.

En 2025, les échanges de marchandises entre le Maroc et l’Espagne ont atteint précisément 22,757 milliards d’euros. Ce montant record donne une autre lecture des tensions diplomatiques actuelles : Rabat et Madrid peuvent durcir le ton, mais une véritable rupture aurait un coût économique considérable.

Selon les données rassemblées par l’agence EFE, les exportations espagnoles vers le Maroc ont encore progressé de 3,5 % au premier semestre 2026, à 6,420 milliards d’euros. Dans l’autre sens, les achats espagnols de produits marocains ont augmenté de 4,1 %, pour atteindre 5,795 milliards.

L’Espagne reste ainsi le premier partenaire commercial bilatéral du royaume, à la fois comme fournisseur et comme client. Plus de 350 entreprises espagnoles sont par ailleurs implantées au Maroc dans l’automobile, les infrastructures, l’énergie, la banque, le textile ou encore le tourisme.

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L’interdépendance apparaît particulièrement forte dans l’automobile. Le Maroc exporte environ 90 % de sa production et l’Espagne absorbe à elle seule près de 20 % de ces ventes. Les usines Renault de Tanger et Casablanca et celle de Stellantis à Kénitra fonctionnent au cœur d’une chaîne industrielle reliée aux sites et fournisseurs européens.

Plus de 90 entreprises du seul secteur automobile basque fournissent déjà l’industrie marocaine. Gestamp, Antolín, CIE Automotive ou Ficosa disposent également d’activités dans le royaume. Pour ces groupes, la proximité géographique du Maroc constitue un avantage difficilement remplaçable par des fournisseurs asiatiques.

Une crise coûterait aux deux pays, mais pas de la même manière

Le textile forme un autre lien sensible. Le Maroc abrite l’un des dix grands pôles de fournisseurs et de fabricants intégrés à la chaîne mondiale d’Inditex. Le groupe espagnol exploite également 35 magasins dans le royaume. Une rupture toucherait donc simultanément les commandes marocaines, les chaînes d’approvisionnement espagnoles et des milliers d’emplois.

Le tourisme renforce encore cette relation. En 2025, 4,6 millions de visiteurs espagnols se sont rendus au Maroc, soit 12 % de plus en un an. L’Espagne est désormais le deuxième marché touristique du royaume après la France, tandis que Barceló, Meliá, Iberostar et d’autres groupes espagnols sont directement présents dans l’hôtellerie marocaine.

À cela s’ajoute une dépendance énergétique plus discrète. En 2025, l’Espagne a fourni l’équivalent de 8 % de la demande électrique du Maroc et près du quart de ses importations de produits pétroliers. Les deux pays travaillent en outre sur une troisième interconnexion électrique sous le détroit de Gibraltar.

Cette accumulation de liens n’empêche pas les rapports de force. Madrid étudie des leviers énergétiques à utiliser contre le Maroc, tandis que Rabat pourrait réexaminer l’accès des entreprises espagnoles à ses futurs marchés. Mais chaque pression exercée sur le voisin risque désormais d’endommager des intérêts installés des deux côtés du détroit.

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Le rapport reste toutefois asymétrique. L’économie espagnole, plus grande et plus diversifiée, absorberait plus facilement une baisse des échanges. Le Maroc serait davantage exposé par son intégration aux chaînes industrielles européennes. Pour autant, avec près de 23 milliards d’euros de commerce annuel, des centaines d’entreprises et des infrastructures communes, une rupture complète ne relèverait plus d’une simple décision diplomatique : elle obligerait chacun des deux pays à se pénaliser lui-même.