Le Maroc pourrait faire payer aux entreprises espagnoles la bataille autour du Mondial 2030
La bataille politique lancée en Espagne contre la place du Maroc dans le Mondial 2030 pourrait finir par coûter cher aux entreprises espagnoles. Rabat n’a pris aucune sanction, mais la possibilité de revoir de futurs contrats est désormais ouvertement évoquée.
La question prend une autre dimension alors que Vox et Sumar veulent remettre en cause la participation marocaine au Mondial 2030. Dans un article publié jeudi 20 août, El Español met en avant les intérêts considérables que les entreprises espagnoles pourraient avoir à perdre si le conflit politique débordait sur l’économie.
Le quotidien espagnol reprend des informations publiées le 11 août par Assahifa, qui dit avoir interrogé des sources gouvernementales marocaines. Celles-ci assurent qu’aucun contrat existant avec des entreprises espagnoles n’a été modifié. Mais si l’escalade se poursuit, « tout est possible » et le Maroc pourrait revoir ses choix et ses futurs contrats en fonction de ses intérêts nationaux.
L’avertissement intervient au moment où Madrid cherche précisément à profiter des investissements marocains liés à 2030. Le gouvernement espagnol recensait en février 2025 plus de 350 entreprises de son pays installées au Maroc et présentait le Mondial comme une importante source d’opportunités dans les infrastructures, les transports, la technologie et le tourisme.
Plus de 1,3 milliard d’euros dans deux grands projets
Deux dossiers illustrent à eux seuls les sommes en jeu. CAF a remporté le marché des trains interurbains de l’ONCF, avec un financement espagnol de 754,3 millions d’euros pour l’acquisition de 40 trains. Madrid souligne elle-même que ce projet doit améliorer le réseau ferroviaire marocain en vue du Mondial 2030.
Acciona dirige de son côté, avec Green of Africa et Afriquia Gaz, le projet de dessalement de Casablanca. L’investissement atteint environ 613 millions d’euros. En additionnant ces deux opérations, plus de 1,36 milliard d’euros de projets impliquent déjà directement des entreprises espagnoles.
Et l’exposition espagnole va bien au-delà. L’Espagne est le premier partenaire commercial du Maroc : les échanges bilatéraux dépassent 22,5 milliards d’euros par an et la balance commerciale affiche un excédent supérieur à 3 milliards d’euros en faveur de Madrid. Les exportations espagnoles vers le royaume ont encore progressé de près de 6 % en 2024.
Sur Bladi.net : Les entreprises espagnoles ont beaucoup à perdre au Maroc
Il ne s’agit donc, pour l’instant, ni d’une sanction annoncée ni d’une décision du gouvernement marocain. Mais le signal est clair : alors qu’une partie de la classe politique espagnole veut utiliser le Mondial 2030 pour mettre Rabat sous pression, le Maroc dispose lui aussi d’un levier particulièrement sensible pour Madrid, celui des centaines d’entreprises espagnoles qui comptent sur ses marchés.