Ceuta : l’Espagne prépare ses scénarios face à une possible « arme migratoire »
Plusieurs études publiées dans l’environnement du ministère espagnol de la Défense analysent les flux migratoires comme un possible instrument de pression dans les relations entre États. Trois travaux consacrés au Maroc, aux menaces hybrides et à la stratégie espagnole placent les crises migratoires au cœur des réflexions sécuritaires de Madrid.
La première étude, publiée par l’École supérieure des forces armées (ESFAS), rattachée au Centre supérieur d’études de la Défense nationale (CESEDEN), porte le titre « Las migraciones desde África a España : una herramienta de política exterior ». Le document analyse les migrations irrégulières non seulement comme un phénomène social et humanitaire, mais aussi comme un élément pouvant être utilisé dans les relations internationales.
L’étude revient notamment sur la crise de Ceuta de mai 2021, lorsque plusieurs milliers de personnes avaient rejoint l’enclave espagnole depuis le Maroc dans un contexte de forte tension diplomatique entre Rabat et Madrid. L’auteur présente cet épisode comme un exemple de la manière dont les flux migratoires peuvent devenir un levier de pression diplomatique.
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Un deuxième travail publié par l’ESFAS, intitulé « Estrategias de disuasión española frente a amenazas no compartidas en el siglo XXI », analyse la réponse espagnole face aux menaces dites hybrides. L’étude examine notamment les tensions autour de Ceuta et Melilla, le réarmement marocain et les scénarios dans lesquels plusieurs moyens de pression peuvent être combinés.
Le Maroc au centre des réflexions militaires espagnoles
Les auteurs s’intéressent à une évolution importante dans la manière dont Madrid envisage sa sécurité : les crises ne passent plus uniquement par un affrontement militaire classique. Elles peuvent aussi prendre la forme de pressions diplomatiques, économiques, informationnelles ou migratoires.
Une troisième analyse publiée en 2026 par l’Institut espagnol d’études stratégiques (IEEE), rattaché au ministère de la Défense, s’intéresse aux évolutions du Maghreb et au rôle croissant du Maroc dans son environnement régional. Le document analyse notamment la nouvelle affirmation diplomatique de Rabat et les tensions qui peuvent apparaître avec certains partenaires européens.
Ces publications ne constituent pas une position officielle du gouvernement espagnol accusant le Maroc de mener une stratégie précise. Il s’agit de travaux d’analyse réalisés dans le cadre des études stratégiques liées au ministère de la Défense. Leur intérêt est de montrer comment une partie des milieux militaires espagnols interprète désormais la question migratoire dans un cadre plus large de sécurité nationale.
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Ces analyses prennent une résonance particulière après les tensions récentes autour de Ceuta. L’Espagne a notamment renforcé son dispositif militaire dans l’enclave avec l’envoi de nouveaux effectifs venus des Canaries, alors que Madrid continue de considérer la frontière avec le Maroc comme un enjeu stratégique majeur.
Au-delà de la seule question migratoire, ces rapports montrent que les relations hispano-marocaines sont désormais étudiées par les experts militaires espagnols à travers plusieurs dimensions liées : contrôle des frontières, diplomatie, capacités militaires et rapport de force régional.