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Maroc : quand les séropositifs souffrent le martyr auprès de leurs proches

Photo : AFP

29 septembre 2019 - 18h00 - Société

Lors d’un atelier, "Estime de soi", organisé par l’Association marocaine de Lutte contre le sida (ALCS), les séropositifs ont exprimé leurs ressentiments et dénoncé le traitement inhumain dont ils sont souvent victimes, une fois qu’ils dévoilent leur état sérologique.

Le regard des autres, les séropositifs le craignent surtout lorsque leur vis -à- vis en sait un peu trop sur leur état de santé. "Ici (parmi ses amis du même état sérologique, Ndlr), je me sens normale, on me traite comme un être humain". Zineb, 29 ans, séropositive depuis dix ans, raconte avec regret son histoire faite de peur, de honte et de rejet, pendant cet atelier.

Tout comme Zineb, les douze autres participants à cet atelier se sont confiés au sein de l’antenne de Casablanca à l’Agence France presse en présence d’une psychologue et d’une assistante thérapeutique. Tous, à l’exception d’une quadragénaire jugée « très chanceuse » par le groupe, ont, soit caché leur maladie, soit vécu le rejet de leurs proches, rapporte le même média.

Au Maroc où 21.000 personnes sont recensées comme séropositives, selon l’ALCS, le sujet reste « tabou, parce que l’infection est liée aux relations sexuelles, l’autre question taboue au Maroc », pays musulman imprégné d’interdits, rappelle Yakoub, un des médiateurs de l’ALCS. Pour ce jeune marocain de 25 ans, le rejet social est si évident que ces séropositifs perdent tout : famille, amis, emploi, logement.

Comme 70% des femmes infectées dans ce pays de 35 millions d’habitants, Sakina, qui a été contaminée par son mari, est mère d’un jeune garçon de 15 ans, également atteint. Le drame à son niveau est qu’elle n’est pas prête à l’avouer de sitôt à son enfant au point d’en perdre le sommeil.

Mais, Sakinath est soutenue dans le groupe dans cette décision de ne pas informer son fils. « Un conseil, surtout, ne lui dis rien », intervient un jeune homme. « Débrouille-toi pour qu’il l’apprenne par quelqu’un d’autre », lance une autre voix.

Au-delà de ces groupes de parole, l’ALCS prend en charge les soins à hôpital, fait de la prévention et des campagnes de dépistage sur le terrain, souligne le même média.

Considéré comme un "pays modèle" par l’Onusida, le Maroc, selon la même source, a pu réduire les décès (350 en 2018) et les cas de nouvelles infections (-42% entre 2010 et 2016, pour une moyenne de -4 % en Afrique du Nord), grâce à une amélioration du dépistage, de l’accès aux traitements et du suivi.

Quant à l’accueil d’urgence, il est parfois saturé ; chaque médecin suit jusqu’à 40 patients par jour et, dans les couloirs, les silhouettes décharnées par le virus font peine à voir, relève le même média.

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