Un Marocain utilise le Mondial U20 pour rejoindre Madrid, détruit son passeport et demande l’asile
Un homme affirmant être Marocain a profité, selon son récit, du Mondial U20 au Chili pour rejoindre l’Espagne. Arrivé à Madrid sans passeport, il a demandé l’asile en invoquant son orientation sexuelle. La justice espagnole vient de confirmer le rejet de sa demande.
Trois passagers sans documents d’identité, un vol en provenance du Chili et une demande d’asile déposée après un contrôle policier mouvementé. Le 22 octobre 2025, deux jours après le sacre historique des Lionceaux de l’Atlas au Mondial U20, les policiers de l’aéroport Madrid-Barajas interceptent trois voyageurs arrivés de Santiago à bord d’un appareil de LATAM. L’un d’eux affirme être Marocain, originaire de Casablanca. Il a détruit son passeport avant de solliciter une protection internationale en Espagne.
Sur Bladi.net : À l’aéroport de Madrid, déchirer son passeport devient un moyen de demander l’asile
L’homme explique aux autorités espagnoles avoir organisé son départ à l’occasion de la Coupe du monde U20, disputée au Chili du 27 septembre au 19 octobre 2025. Il affirme avoir appris que Royal Air Maroc proposait des facilités financières aux supporters souhaitant accompagner la sélection marocaine et avoir profité d’une offre de transport liée au tournoi.
Selon ses déclarations, le voyage lui aurait coûté 10 000 dirhams, financés avec ses économies. Il assure avoir choisi cet itinéraire parce qu’il savait qu’il lui permettrait de rejoindre Madrid, où il comptait demander l’asile. Cette offre et les conditions de son déplacement sont présentées dans le dossier comme ses propres affirmations.
Son projet se heurte toutefois à la police espagnole. À leur arrivée à Barajas, les trois voyageurs sont repérés sans documents. Ils refusent de suivre les agents chargés de les identifier. Deux d’entre eux opposent une résistance suffisamment importante pour être menottés.
Ce n’est qu’une fois conduits dans les locaux de la police que les trois passagers sollicitent une protection internationale.
Trois voyageurs, des récits similaires et le même avocat
Le demandeur affirme avoir quitté le Maroc parce qu’il craint d’y être persécuté en raison de son homosexualité. Il explique avoir toujours caché son orientation sexuelle à sa famille, redoutant son rejet et les conséquences pénales auxquelles il pourrait être exposé.
Mais les enquêteurs et les magistrats relèvent plusieurs éléments inhabituels. Les deux autres voyageurs arrivés sur le même vol ont également présenté des demandes d’asile invoquant des craintes liées à l’homosexualité au Maroc. Les trois hommes ont entrepris des démarches similaires et choisi le même avocat, dont ils connaissaient le numéro de téléphone.
Dans son arrêt du 2 juillet 2026, l’Audiencia Nacional estime que ces ressemblances constituent des indices d’une démarche concertée.
La destruction du passeport pèse également dans l’analyse des juges. Sans ce document, impossible de vérifier l’identité, la nationalité et les déplacements antérieurs du demandeur. La juridiction relève aussi qu’il n’avait pas sollicité l’asile pendant son séjour au Chili, pays signataire de la Convention de Genève.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) avait pourtant recommandé aux autorités espagnoles de reprendre son entretien. L’agence estimait que les premières questions étaient insuffisantes pour évaluer les risques personnels invoqués et rappelait que les relations homosexuelles sont pénalisées au Maroc, où des condamnations avaient été documentées.
Sur Bladi.net : Pour la justice espagnole, l’argument d’un « Sahraoui » contre le Maroc ne tient pas
Le ministère espagnol de l’Intérieur avait rejeté la demande le 27 octobre 2025, puis confirmé son refus trois jours plus tard. Saisie par l’intéressé, l’Audiencia Nacional a estimé que son récit ne comportait pas suffisamment d’éléments individualisés permettant d’établir les persécutions redoutées. Elle a confirmé le refus d’asile et de protection subsidiaire.
L’arrêt du 2 juillet 2026 met également à la charge du demandeur les frais de justice, plafonnés à 1 500 euros, sous réserve de l’application éventuelle de l’aide juridictionnelle. Quant à son sort après le refus d’entrée à Madrid, le jugement ne permet pas de déterminer s’il a été renvoyé au Maroc ou s’il se trouve toujours en Espagne.