Les Marocains frappés par la fièvre de l’emprunt

- 20h20 - Maroc - Ecrit par : L.A

Les Marocains ne disposant que de revenus limités s’en remettent de plus en plus aux prêts personnels pour faire leurs achats ou rembourser leur dette, a indiqué le Ministère marocain de l’Economie et des Finances dans une étude publiée le 10 avril.

Les Marocains doivent 120 milliards de dirhams aux institutions financières et aux banques. Bien que la plus grosse partie de cette dette soit sois forme de prêts au logement, l’étude montre que les prêts personnels et renouvelables totalisaient près de 19,6 milliards de dirhams en 2007, soit une augmentation de 11,1 pour cent par rapport à 2006. Les prêts consentis par des institutions de crédit non bancaires ont également progressé de 14 pour cent sur la même période, pour atteindre 30,6 milliards de dirhams.

Mais le point le plus troublant pour les responsables gouvernementaux et les économistes est la conclusion de cette étude, selon laquelle ce taux d’emprunt est inversement proportionnel au niveau des ressources. En 2006, les personnes ayant un revenu inférieur à 4000 dirhams par mois représentaient 53 pour cent du nombre total d’emprunteurs. Cette étude montre que les personnes démunies ayant besoin de plus de liquidités que les riches, elles empruntent plus, pérennisant ainsi un cycle de l’endettement et aggravant potentiellement la pauvreté.

"Certains segments de la société sont incapables de réaliser leurs objectifs de vie. Ils ont alors recours à l’emprunt, bien qu’ils sachent dès le départ qu’ils ne pourront plus rembourser à un certain stade, entraînant une faillite personnelle ou la saisie de leurs biens", a expliqué à Magharebia le professeur d’économie Al-Hasan Al-Daoudi, de l’Université Mohammed V.

Malgré ces risques, de nombreuses familles à revenu faible ou limité estiment que le fait d’emprunter de l’argent est la seule solution. Le professeur d’enseignement physique Ahmed Taher explique : "Quelle que soit la charge que représentent ces emprunts, ils nous aident à boucler les fins de mois."

"Il n’y a pas d’autres choix pour répondre aux besoins et aux demandes croissants, en particulier des enfants", explique Yazid Melki, un fonctionnaire, qui ajoute : "Quel que soit le montant prélevé sur le salaire mensuel pour ces emprunts, ils nous permettent de régler nos problèmes immédiats."

N.F., un autre fonctionnaire, estime qu’il est impossible de vivre sans avoir recours aux institutions financières et aux banques : "Par exemple, pour acheter une maison, un prêt est nécessaire. Il en va de même pour l’ameublement de la maison, les voyages, ou même l’achat des fournitures scolaires et des produits alimentaires pour la fête du Ramadan."

"Aujourd’hui, plus aucun ménage ne vit sans emprunter", explique Rashida Jaheed à Magharebia. "Il ne sert à rien d’attendre des années pour économiser pour pouvoir acheter une voiture, qui est absolument indispensable au vu des problèmes de transport", affirme-t-elle.

Les taux d’intérêt bas, la concurrence féroce entre les institutions financières et la hausse du taux de consommation des ménages ont contribué à cette montée de l’emprunt et de la dette personnelle. Des procédures bancaires simplifiées ont également permis à un plus grand nombre de personnes de demander des prêts. Dans la plupart des cas, explique à Magharebia Mohamed Jafaiti, un employé de banque, les banques ne demandent qu’une simple photocopie d’une carte d’identité et les deux derniers bulletins de salaire pour décider du montant du prêt. Les procédures sont même encore plus simples lorsque la banque ou l’institution de crédit possède un contrat avec l’employeur de l’emprunteur.

"De manière assez étrange, s’habituer à emprunter conduit à souscrire un nouveau prêt pour rembourser le premier. Il n’y a plus de limite", explique le professeur de mathématiques Najeeb Ferak.

Un précédent rapport publié par la Banque al-Maghrib notait que 93 pour cent des clients ayant demandé un prêt sont des fonctionnaires.

Source : Magharebia - Imane Belhaj

  • Comment le crédit à la consommation a évolué sur 10 ans

    Près de 41 milliards de DH. C'est l'encours global des crédits à la consommation accordés par les établissements de crédits, selon la dernière étude de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF). Celle-ci s'est attelée à examiner l'évolution du secteur sur 10 ans (1995 à 2006). Ce montant représente plus de 35% du montant total des crédits accordés aux ménages (116 milliards de DH) et 33% du total des crédits à l'économie.

  • Trois Marocains sur quatre ont un crédit à la consommation

    Trois Marocains sur quatre sont titulaires de 1 ou 2 crédits à la consommation. Un Marocain sur cinq est titulaire de plus de 2 crédits à la consommation. Et 41% d'entre eux recourent à un troisième ou à un quatrième crédit pour le remboursement d'un crédit.

  • L'habitat social au Maroc, entre critiques et satisfaction

    Une nouvelle étude publiée ce mois au Maroc montre les succès et les carences de la politique de logement social du pays pour les familles à bas revenu. Le Ministère du Logement a déclaré que malgré quelques déconvenues, le programme se déroulait de manière satisfaisante.

  • Banques, la fin du crédit facile ?

    Les milliards de DH de résultats nets engendrés par les banques marocaines au titre de l'exercice 2007, pour le plus grand bonheur de leurs actionnaires, offrent un contraste saisissant avec la morosité que connaît le marché financier en Europe et outre-atlantique, qui n'en finit pas de subir les soubresauts de la crise des subprimes.

  • 500 milliards de DH de dépôts et 378 milliards de crédits à fin 2007

    Les chiffres du secteur bancaire à fin 2007 font état d'une progression significative des principaux indicateurs d'activité des banques. Selon le dernier reporting du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM), les ressources bancaires se sont établies à 521,8 milliards de DH, dont près de 500 milliards de dépôts de la clientèle (95,5%), en hausse de 17,1% par rapport à fin 2006.

  • Les aides financières directes au profit des pauvres saluées par les Marocains

    Alors que les subventions pour les carburants et la nourriture risquent de ne pas parvenir aux plus pauvres, le Maroc procède à une refonte de la Caisse de Compensation destinée à fournir aux familles éligibles une aide directe pour payer les produits de base.

  • Les Marocains de plus en plus endettés

    Les Marocains s'endettent de plus en plus, mais deviennent plus solvables. Pour preuve, l'évolution de 32,6% des crédits aux ménages ces deux dernières années. Les Marocains continuent à s'endetter. C'est ce que révèle le dernier rapport annuel de Bank Al-Maghrib, diffusé le mardi 10 juillet, sur le contrôle, l'activité et les résultats des établissements de crédit pour l'exercice 2006.

  • La banque américaine Merrill Lynch s'intéresse au Maroc

    Merrill Lynch s'intéresse au Maroc. La banque d'investissement américaine la plus touchée par la crise des subprimes, les prêts hypothécaires à risque, veut faire des affaires dans un pays où il a pris part à des opérations financières depuis le milieu des années 1990.

  • Les demandes de crédits immobiliers en baisse

    Les chiffres du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) sont sans équivoque. Les encours des crédits immobiliers aux particuliers subissent un ralentissement depuis le début de l'année. Cela se traduit par une variation de l'encours d'à peine 1,4% entre février et mars, à 90 milliards de DH, contre 1,8 %, entre janvier et février, à 88,8 milliards.

  • Les crédits de la mort

    Le crédit à la consommation explose au Maroc. Une explosion qui a provoqué un surendettement considérable des ménages. Une enquête de Bank Al Maghrib tire la sonnette d'alarme.