Les aides financières directes au profit des pauvres saluées par les Marocains

5 août 2008 - 19h49 - Economie - Ecrit par : L.A

Alors que les subventions pour les carburants et la nourriture risquent de ne pas parvenir aux plus pauvres, le Maroc procède à une refonte de la Caisse de Compensation destinée à fournir aux familles éligibles une aide directe pour payer les produits de base.

La flambée des prix du pétrole a ravivé le débat au Maroc sur la réforme de la Caisse de Compensation, un fonds gouvernemental destiné à stabiliser les prix du pétrole. Les subventions pour le pétrole en 2008, au départ estimées à 20 milliards de dirhams, devraient plutôt coûter 40 milliards. Le gouvernement explique que le système actuel a montré ses limites, avec 20 pour cent des couches les plus aisées de la population percevant 75 pour cent des subventions, tandis que les plus démunis ne bénéficient que d’un pour cent.

Le Premier Ministre Abbas El Fassi a annoncé le 30 juin une refonte de la Caisse de Compensation, expliquant à la presse que ces modifications sont destinées à apporter une aide supplémentaire à ceux qui en ont le plus besoin. Selon cette nouvelle approche, l’aide sera accordée directement aux familles les plus pauvres, à condition qu’elles s’engagent à scolariser leurs enfants et à garantir leur santé. Le montant de cette aide reste à l’étude, mais le gouvernement affirme qu’elle devrait se situer aux alentours de 500 dirhams.

"Depuis des décennies, la Caisse de Compensation lutte contre les différents changements", a déclaré M. El Fassi. "Mais la situation actuelle est surréaliste, avec la hausse vertigineuse des prix des biens de première nécessité et du pétrole".

Lors de la même conférence de presse, le Ministre de l’Economie et des Affaires Générales Nizar Baraka a indiqué que le gouvernement se basera sur les expériences étrangères dans le domaine des subventions et qu’un débat national sera instauré pour façonner ce nouveau programme, ajoutant que c’est la pauvreté, et non la géographie, qui sera le critère d’attribution de ces aides financières directes.

Nombre de Marocains se disent favorables à cette nouvelle initiative pour aider les familles les plus pauvres. Rkia Ouardi, une femme de ménage, a entendu parler de cette mesure et attend avec impatience qu’elle prenne effet. "Je travaille en tant que femme de ménage chez une famille et je touche 600 dirhams par mois ; une somme qui ne me permet pas de faire vivre mon enfant orphelin de 4 ans. Heureusement, je vis chez mes parents. J’ai vraiment besoin de cette aide pour élever correctement mon fils", explique-t-elle.

Samir Mabrouk, enseignant dans une région rurale du Maroc, explique à Magharebia que lorsque cette mesure deviendra réalité, un grand nombre de familles vivant à la campagne pourront envoyer leurs enfants, en particulier les filles, à l’école.

"Beaucoup de filles sont privées de scolarité à cause de la pauvreté. On les fait travailler avec moins de 500 dirhams par mois. Cette aide encouragera les familles rurales à changer ne serait-ce que relativement leur vie", affirme-t-il.

Abderrazak Mesoudi, un employé de banque, se demande quel critère sera utilisé pour décider de l’éligibilité à cette aide. "La pauvreté absolue touche à peu près 10 pour cent de la population. Mais il faut dire qu’à cause de l’augmentation du coût de la vie, même le ménage qui touche 5000 dirhams par mois se considère pauvre, surtout si l’on supprime les subventions aux produits de première nécessité… Je me demande si le gouvernement a conscience de la grogne que cela va générer."

Certains estiment que le montant de l’aide annoncé est trop faible et ne suffira pas à couvrir les besoins des familles dans le besoin. Pour Nasrine Badri, une infirmière, le gouvernement devrait accorder une aide au moins équivalente au salaire mensuel minimum de 1 800 dirhams, afin que les gens puissent subvenir à leurs dépenses quotidiennes.

Le gouvernement explique que toutes les possibilités sont à l’étude. Une équipe d’experts marocains sillonne différents pays du monde pour décider comment gérer la Caisse de Compensation à l’avenir. L’Indonénie, le Chili et le Brésil sont pris en exemple pour cette opération de repérage. Des plans sont en cours d’élaboration pour tenter d’améliorer le ciblage de ces subventions et récupérer les subventions sur les carburants versées à tort à ceux qui n’en ont pas besoin.

Une autre idée consiste à augmenter le prix des vignettes pour certaines catégories de véhicules personnels. Le gouvernement affirme que les discussions sont déjà en cours pour tenter de trouver les moyens possibles de mettre en oeuvre cette réforme, et qu’elle devrait être prête d’ici la fin de l’année.

Source : Magharebia - Sarah Touahri

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