Des Marocains expulsés des États-Unis vers des pays qui n’étaient pas les leurs
L’administration Trump a prévu au moins 410 millions de dollars pour faire accepter ses expulsés par des pays tiers. Parmi les personnes envoyées dans des États où elles n’avaient aucune attache figurent plusieurs ressortissants marocains.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, au moins 25 447 étrangers ont été expulsés des États-Unis vers des pays dont ils ne sont pas ressortissants. Le dispositif concerne aussi des Marocains, envoyés notamment au Cameroun et au Costa Rica.
Ces chiffres proviennent du « Deportation Project », une enquête coordonnée par Forbidden Stories avec 72 journalistes de 23 médias. Publiée ce lundi 21 septembre, elle documente un système fonctionnant largement à l’abri des regards, dont les principaux résultats sont rassemblés par PBS Frontline.
L’administration américaine a conclu des accords avec au moins 35 pays. Vingt-huit d’entre eux ont déjà accueilli des personnes expulsées qui n’avaient parfois aucune relation familiale, juridique ou personnelle avec leur nouveau pays de destination.
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Pour obtenir cette coopération, Washington avait prévu de mobiliser au moins 410 millions de dollars. Les documents consultés par les journalistes font apparaître 81 millions destinés directement aux gouvernements signataires, plus de 178 millions à l’Organisation internationale pour les migrations et plus de 123 millions au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.
Des Marocains envoyés au Cameroun et au Costa Rica
Les ressortissants marocains apparaissent dans plusieurs opérations recensées. Le 15 janvier, neuf personnes originaires du Maroc, d’Angola, du Ghana, de République démocratique du Congo et du Zimbabwe avaient été transportées vers le Cameroun. La plupart bénéficiaient pourtant aux États-Unis d’une protection contre leur renvoi dans leur pays d’origine.
Parmi elles figurait Farah, une Marocaine ayant obtenu d’un juge américain une protection en raison des risques qu’elle disait courir au Maroc. Elle avait néanmoins été placée dans un avion pour le Cameroun, où elle ne connaissait personne, avant d’être finalement ramenée au Maroc. Bladi avait alors raconté le parcours de cette jeune Marocaine expulsée malgré la protection accordée par la justice américaine.
D’autres Marocains ont été envoyés au Costa Rica. Un premier groupe de 25 migrants de différentes nationalités y est arrivé le 11 avril. En contrepartie de l’accueil de ces personnes, les États-Unis devaient financer leur prise en charge, tandis que l’Organisation internationale pour les migrations assurait notamment l’hébergement et la nourriture pendant les premiers jours.
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L’enquête révèle que ces transferts ne constituent pas une succession d’opérations isolées. Ils sont pilotés notamment par un nouvel « Office of Remigration », installé au département d’État et chargé de négocier les accords ainsi que les financements versés aux pays partenaires.
Le recours aux pays tiers permet à Washington d’expulser des étrangers lorsque leur renvoi direct vers leur État d’origine est impossible ou interdit par un juge. Dans certains cas, le pays intermédiaire les rapatrie ensuite vers le territoire qu’ils avaient fui.
Une cour d’appel fédérale américaine a d’ailleurs rejeté le 18 septembre la procédure permettant ces expulsions accélérées sans possibilité suffisante de contestation. Mais l’administration Trump devrait poursuivre la bataille judiciaire autour d’un dispositif devenu central dans sa politique migratoire.
L’enquête apporte ainsi une mesure précise de son ampleur : plus de 25 000 personnes déplacées, 35 accords internationaux et au moins 410 millions de dollars programmés pour convaincre des gouvernements étrangers d’accueillir des migrants, dont des Marocains, avec lesquels ils n’avaient souvent aucun lien.