De « moins de Marocains » à la « remigration », Geert Wilders durcit encore son discours

- 05h00 - Monde - Ecrit par : Nadia El A.

En 2014, Geert Wilders promettait « moins de Marocains » aux Pays-Bas. Dix ans plus tard, le leader populiste s’approprie le concept de « remigration », une idéologie d’extrême droite qui ambitionne d’organiser des déportations massives à l’échelle européenne.

L’obsession xénophobe du dirigeant néerlandais ne date pas d’hier. Lors d’un meeting électoral en 2014, le chef du Parti de la liberté (PVV) galvanisait ses partisans en leur demandant s’ils souhaitaient « plus ou moins de Marocains » dans leur ville. Face à une foule scandant « Moins ! », il répondait avec le sourire qu’il s’en chargerait. Une décennie plus tard, cette rhétorique a franchi un nouveau cap. Le 31 mai dernier, réagissant à des dégradations commises par des jeunes — pour la plupart de nationalité française — en marge d’une victoire du Paris Saint-Germain, Geert Wilders a lâché un commentaire sans équivoque : « Déportez-les tous ».

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Cette sortie médiatique illustre la banalisation du terme de « remigration », un concept forgé en 2012 par la mouvance identitaire française. Longtemps cantonnée aux marges radicales, cette théorie a été remise au goût du jour par l’Autrichien Martin Sellner. Elle théorise l’expulsion progressive et massive de millions de personnes non blanches, qu’elles soient en situation irrégulière ou citoyennes de plein droit. Selon Le Monde, ce projet ethno-différentialiste cible spécifiquement les populations noires et celles issues du monde islamique. L’objectif avoué est de rendre le continent « plus blanc », en balayant le principe d’égalité lié à la nationalité au profit de critères purement raciaux et religieux.

Pour préparer les esprits à ce qui s’apparente à un nettoyage ethnique, les promoteurs de cette idéologie s’organisent à l’international. Fin mai, un sommet dédié à ce projet s’est tenu au Portugal, réunissant parlementaires européens, influenceurs et militants d’extrême droite. Cet événement a également montré l’influence américaine, illustrée par la présence de Gregory Bovino, ancien haut responsable des frontières sous l’administration Trump. Venu partager ses méthodes musclées d’expulsion, l’Américain a soutenu que l’Europe nécessitait « moins de lois et plus d’armes », témoignant de l’ampleur prise par ce mouvement outre-Atlantique.

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Désormais, ce mot d’ordre malléable contamine les discours des grands partis populistes occidentaux. De l’AfD en Allemagne au FPÖ autrichien, en passant par le Vlaams Belang belge, les formations d’extrême droite jouent sur l’ambiguïté du terme pour séduire les électeurs tout en s’attaquant aux piliers de la démocratie libérale. La stratégie dépasse les frontières nationales pour viser directement les institutions européennes. Appuyée par des figures comme le Premier ministre hongrois Viktor Orban ou le leader espagnol Santiago Abascal, une initiative citoyenne réclamant ces expulsions a déjà récolté 250 000 signatures pour tenter d’imposer le sujet à Bruxelles.