Rêves de Bollywood

- 23h41 - Maroc - Ecrit par : L.A

Fatéma-Zohra et Zineb ont une ambition : devenir des stars à Bollywood. En attendant, elles parlent le hindi, dansent comme leurs idoles et ont mis l’une de leurs performances sur Youtube. Rencontre avec deux jeunes filles qui préfèrent Shahrukh Khan à Beyoncé.

L’histoire commence ainsi : Fatéma-Zohra et Zineb sont deux jeunes filles dans le vent. Elles ont 17 et 21 ans et poursuivent brillamment leurs études respectives au lycée et à la Fac. Toutes les deux habitent Salé, sagement, chez leurs parents. Rien à signaler en somme. Il suffit
pourtant de les croiser pour se rendre compte, très vite, qu’elles ont décidé de ne pas être des filles comme les autres. Bijoux aux narines, bracelets par dizaines aux poignets, foulard autour du cou, et habit indien : c’est ainsi qu’elles sont habillées tous les jours ou presque. Elles auraient pu se contenter, comme les filles de leur âge, d’être fans de Rihanna ou de Beyoncé, d’écouter en boucle leurs tubes et d’imiter leurs déhanchements sensuels devant un miroir. Elles auraient pu, comme tous les fans, collectionner leurs posters et les accrocher sur les murs de leurs chambres jusqu’à en gaver père et mère. Rien de tout cela.

Fatéma-Zohra et Zineb, elles, rêvent d’être des stars à Bollywood. Pas du tout in pour des jeunes de leur âge, mais elles s’en moquent. La tendance est à la Star Ac’ and Co et au R’N’B ? Trop peu pour elles : “Tout ça, c’est de l’amateurisme”, disent-elles en chœur. “El aflam el hindia”, ça les a prises par les tripes quand elles avaient 14 ans et ça ne les a plus lâchées depuis. Fatéma-Zohra Mirani et Zineb El Aoufir ont la même histoire avec le cinéma indien : “Je me souviens de la première fois où j’ai vu un film de ce genre sur DVD. J’étais impressionnée par les danses, les chants, le jeu des acteurs, les costumes… J’ai éclaté en larmes à la fin du film. C’est simple, j’en ai pris plein les yeux”, raconte l’une, confortée par l’autre. Cette rencontre avec Bollywood, c’est le ciment de leur amitié. Car Fatéma-Zohra et Zineb sont les meilleures amies du monde, comme on peut l’être à cet âge.

Des rêves, en hindi dans le texte

“J’habitais Safi jusqu’à il y a trois ans. Avec mes parents, nous nous sommes ensuite installés à Salé. On m’avait souvent parlé de Zineb avant que je ne la rencontre. Je voulais voir cette fille qui, me disait-on, était comme moi une folle du film indien. Je l’ai alors invitée quand j’ai eu l’idée d’organiser une fête pour célébrer l’anniversaire de Shahrukh Khan. Nous ne nous sommes plus quittées depuis. J’avais trouvé mon alter ego”, raconte Fatéma-Zohra. Les deux filles se rendent aussitôt compte de tous leurs points communs. Elles aiment les mêmes films, et surtout un : Devdas . “Ce film marque la naissance du cinéma indien moderne. Celui qui a ouvert à Bollywood les portes des festivals internationaux. Son réalisateur, Sanjay Leela Bhansali, est un génie”, s’enthousiasment-elles en choeur. Elles aiment les mêmes acteurs, dont elles prononcent les noms sans les écorcher : Madhuri Dixit, Aishwarya Rai, Shahrukh Khan et Rani Mukherjee. Elles apprennent la langue ensemble, en transcrivant phonétiquement les dialogues de leurs scènes préférées et en les comparant aux sous-titres en arabe. Fatéma-Zohra a certes une longueur d’avance sur son amie, mais Zineb est capable de chanter en hindi. Surtout, en véritables encyclopédies du cinéma indien, elles sont incollables sur le sujet ! “Nous nous intéressons réellement à tous les métiers : réalisation, maquillage, costumes, décors, et même à la lumière !”.

Tous ces points communs, les deux jeunes filles décident alors de les utiliser pour réaliser leur rêve. Suivent alors des heures de répétitions : elles dansent, chantent, créent leurs propres “performances” et décident de taper à toutes les portes. La première est celle d’un photographe slaoui, qui se prend de tendresse pour elles et leur ouvre les portes de son studio. Il va plus loin et filme, avec un caméscope, l’un de leurs shows “Redola”, une scène dansée de Devdas qu’elles s’empressent de poster sur Youtube.

“Allez vous produire à Jamaâ El Fna !”

En 2006, le Festival du film de Marrakech rend hommage au cinéma indien. Le duo est bien sûr de la partie : “Nous étions comme des folles à l’idée d’y rencontrer nos idoles”, racontent-elles. Elles y vont, mais pas les mains vides, et pas seulement en groupies. Elles décident, auparavant, de réaliser un court-métrage, avec l’aide de leur ami cameraman. Ce sera “Sacha sapna poura hoga”, traduisez : “Le rêve devient réalité”. Zineb et Fatéma-Zohra y racontent leur propre histoire, celle de deux jeunes filles qui ne rêvent que d’une seule chose : devenir des stars à Bollywood.

Les quelques jours au Festival de Marrakech, elles les racontent encore aujourd’hui des étincelles plein les yeux : “À chaque fois qu’on a croisé une star indienne, on a pleuré”. A Marrakech, les deux fans font sensation et sont remarquées par la presse. “Normal, on était partout et il nous est arrivé d’attendre des heures, juste pour apercevoir un réalisateur ou un producteur”. Zineb et Fatéma-Zohra vont aussi connaître des déceptions : elles ne sont pas prises au sérieux, sont regardées de haut, voire méprisées. À l’une des membres de l’organisation du FIFM, elles proposent de donner un spectacle indien pendant le festival, et lui donnent leur précieux DVD à visionner. Ladite organisatrice sourit jaune et leur propose plutôt d’aller montrer ce qu’elles savent faire sur la place Jamaâ El Fna. “Là-bas, leur dit-elle, il y a de la place pour tout le monde”. Zineb et Fatéma-Zohra finissent par remettre leur DVD à un producteur indien. Ce dernier leur promet une réponde rapide… qu’elles attendent toujours. Pas de quoi désespérer les deux filles : “Ce n’est pas grave ! On continue d’y croire, malgré cette hogra qui est de mise au Maroc. Et puis, depuis qu’on a mis notre vidéo sur Youtube, nous recevons des encouragements du monde entier. Nous avons un rêve et nous ferons tout pour le réaliser. D’ailleurs, nous pensons sérieusement à aller en Inde dans une année ou deux pour des études de cinéma”.

Lors du dernier Casa-Ciné, Zineb et Fatéma-Zohra ont pu rencontrer l’une de leurs idoles, la star indienne John Abraham et ont même pu discuter avec lui, et en hindi s’il vous plaît ! Alors qui sait ? Peut-être qu’un jour, Zanoub et Fattoum (c’est ainsi que John Abraham les a surnommées), seront des stars à Bollywood. C’est tout le mal qu’on leur souhaite !

Parcours : Kishor Kumar, le mentor

Depuis quelques mois, Ahmed Rikaoui, dit Kishor Kumar (parce qu’il imite à merveille la star indienne des années 50), accompagne Zineb et Fatéma-Zohra dans tous leurs déplacements “professionnels” : rencontre avec des artistes, interviews… Bollywood, lui, il en rêve depuis 1969, alors qu’il avait à peine 7 ans. Depuis cette date, l’Inde, le cinéma et la culture indiens sont au centre de sa vie. Pendant de longues années, dans les années 80, il a été le clou de soirées à Casablanca, Rabat et ailleurs, chantant en hindi et dansant à la manière de ses idoles. 2800 chansons apprises par cœur, des centaines de films indiens chez lui et des photos avec des stars indiennes. C’est son trésor à lui.

Alors, les filles, il les comprend, les protège et partage avec elles sa passion. “Je leur fais découvrir de vieux films en noir et blanc, leur donne des textes de chansons en hindi, leur écris des scénarii, explique-t-il. Nous avons des projets en commun (dont un spectacle dans un palais indien, appartenant à un richissime homme d’affaires à Marrakech), et ce sont elles qui vont reprendre le flambeau”. Quant à lui, il travaille sérieusement sur la création d’une association d’amitié maroco-indienne, “une association qui serait la vitrine de la culture et du cinéma indiens au Maroc”. Son amour de toujours pour le cinéma indien, il l’explique ainsi : “Le cinéma américain n’est que haine et violence. Le cinéma indien n’est qu’amour et romantisme. Pour aller mieux, c’est de ce dernier dont le monde a besoin aujourd’hui”. Qui dit mieux ?

TelQuel - Maria A. Daïf

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