Bollywood à la marocaine

- 19h02 - Maroc - Ecrit par : L.A

Cintrée dans un caftan aux couleurs scintillantes, une présentatrice tout sourires, Najla Daari, décrit « l’aventure Film Industry » : douze réalisateurs, une centaine de comédiens et jusqu’à cent cinquante techniciens, pour tourner trente films en deux ans… Soudain des coups de feu retentissent, des hommes armés envahissent le plateau, se tirent dessus puis s’effondrent, sous les cris apeurés du public. Ils se relèvent indemnes, le tee-shirt taché par de la peinture rouge. Parmi eux, l’humoriste Hassan El Fad, le coprésentateur de l’émission. C’est ce que les téléspectateurs marocains ont pu voir sur la première chaîne publique, Al Oula, le 29 septembre, lors d’une soirée spéciale « Film Industry », qui s’amusait à prendre le public au jeu de la fiction, pour mieux dévoiler les coulisses de cette usine à films.

Lancé en 2004 par Ali n’ Productions, la plus grosse société de production marocaine basée à Casablanca, le projet est pour le moins ambitieux. Son budget est de 36 millions de dirhams (3,2 millions d’euros). Il a reçu le soutien, après la première phase d’écriture des scénarios, de la SNRT (Société nationale de radiodiffusion et télévision), devenue coproductrice à hauteur de 18 millions de dirhams (1,6 million d’euros). Le ministère de la Communication a pour sa part apporté 7,5 millions de dirhams (620 000 euros) à l’opération. Pour Nabil Ayouch, le directeur d’Ali n’ Productions, l’idée de base est simple comme un paradoxe : « On ne compte plus les films étrangers tournés au Maroc, alors que la production nationale reste balbutiante, avec une quinzaine de films sur les écrans chaque année. » Mais ce nombre suit une courbe ascendante, et les trois productions marocaines en tête du box-office en 2006 (Marock, La Symphonie marocaine et Les Ailes brisées) prouvent qu’il existe une réelle attente du public pour des films made in Morocco. Ali n’ Productions souhaite alors amorcer la pompe d’une véritable industrie cinématographique, avec pour modèles les cinémas indien et égyptien, dont les Marocains sont friands. « Dans un pays où 60 % de la population est analphabète, le cinéma est un vecteur identitaire fondamental », martèle Nabil Ayouch - par ailleurs l’un des réalisateurs les plus en vue, dont le film, Whatever Lola Wants, tourné entre New York et Le Caire et coproduit par Pathé, sortira en décembre sur les écrans marocains et en mars 2008 en France. Ayouch entend aider à la création dans des genres souvent monopolisés par Hollywood et son équivalent indien, Bollywood.

Trente films en deux ans, le challenge semblait risqué. Mais l’objectif n’était pas de ne faire que des chefs-d’œuvre : il s’agissait de donner leur chance à de jeunes réalisateurs et comédiens, en présentant ces tournages comme des exercices. Et de montrer que le cinéma de genre avait également sa place. Des films d’action, d’horreur ou des comédies musicales ont ainsi été réalisés, à côté des drames sociaux et des comédies. « Pourquoi, dans un pays où l’on adore chanter et danser, on n’a jamais produit une comédie musicale ?, s’étonne Nabil Ayouch. Dénoncer l’injustice n’est pas le seul rôle du cinéma. Les films sont aussi là pour divertir. Et le divertissement peut être très efficace en matière d’éducation. »

Quel que soit leur genre, tous les films étaient logés à la même enseigne : douze à dix-huit jours de tournage chacun. « Quand on m’a annoncé que j’allais tourner un film en douze jours, j’ai dit non ! », raconte Hicham Lasri, 30 ans. Il a finalement signé trois films, tout en assurant la direction artistique du projet. « Sur les tournages, on suivait un rythme militaire ! », ajoute-t-il dans un sourire.

Cette urgence collait bien à la « rage de tourner » de cette nouvelle génération de cinéastes, décidée à retranscrire la réalité du royaume chérifien. Une volonté présente dès le casting : « Dans les films marocains, on voit toujours les mêmes visages lisses. Moi je veux filmer des gueules de mecs qui ont bourlingué », clame Yassine Fennane, réalisateur de deux films d’action, Aller-Retour en enfer et Agadir Underground. Tous défendent aussi le langage fleuri de leurs personnages, celui qu’ils entendent dans la rue. « Tant pis si ça choque ! On ne fait pas des films pour respecter les personnes âgées », lâche Hicham Lasri, auteur de L’Os de fer, un long-métrage sur trois jeunes en galère, plutôt prolifique en insultes.

Avant de passer à la télévision, les films n’échapperont pas à la moulinette de la censure. Mais la diffusion en DVD permettra de livrer des versions « intégrales ». Quant au passage en salles… il est loin d’être assuré : enregistrées comme téléfilms auprès du Centre cinématographique marocain (CCM), en raison de leur budget réduit, les productions de la Film Industry « doivent accomplir leur carrière à la télévision. Ensuite, selon leur potentiel, certains pourront obtenir un visa d’exploitation en salles », estime le directeur du CCM, Nour-Eddine Saïl. Ali n’ Productions avait demandé des dérogations pour permettre à deux films du projet, La Vague blanche (d’Ali El Mejboud) et Les Arêtes du cœur (de Hicham Ayouch), sélectionnés dans des festivals internationaux comme ceux de Casablanca, Ouagadougou, Los Angeles et Damas, de passer au cinéma avant leur diffusion télé. Elles viennent d’être refusées. « Le budget d’un film était de 1 million de dirhams, alors qu’un long-métrage classique coûte entre 6 et 8 millions de dirhams », reconnaît sans peine Nabil Ayouch, qui justifie les maigres salaires par le manque d’expérience des équipes. « Cette économie de moyens risque de déprécier la production marocaine », juge Nour-Eddine Saïl. Un refus qui semble absurde au producteur, au moment où les salles de cinéma ferment les unes après les autres. Ce bras de fer n’arrête en rien la « machine Film Industry ». Une deuxième session est déjà en route. S’il ne s’agit pas encore d’une révolution du cinéma national, l’opération a le mérite d’avoir lancé un débat sur la manière de faire des films au Maroc.

Jeune Afrique

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