Espagne : pas de condamnation d’un centre de migrants après la mort de Marouane

- 11h20 - Espagne - Ecrit par : P. A

Marouane Abouobaida, un jeune Marocain de 23 ans, s’est suicidé dans une cellule d’isolement du centre de rétention des migrants de Zapadores le 15 juillet 2019, après avoir été roué de coups par d’autres pensionnaires. Le tribunal provincial de Valence n’a pas jugé l’affaire au pénal, considérant que ni la police ni le personnel de santé n’ont commis de délit.

Dix jours après le suicide, et après avoir reçu le certificat de décès, le juge a demandé des rapports au Centre pour s’assurer que les protocoles ont été respectés. Une « situation exceptionnelle » telle que l’isolement ne peut être appliqué pendant plus d’une heure et doit être contrôlée en permanence par les caméras, fait remarquer le juge.

La famille de Marouane a difficilement accueilli la nouvelle de son suicide, convaincue que le jeune homme a dû beaucoup souffrir avant de prendre une telle décision. Elle a demandé l’ouverture d’une enquête afin que toute la lumière soit faite sur sa mort et que justice soit rendue. « La visualisation des caméras de surveillance nous a permis d’apprécier l’existence possible de plusieurs crimes imputables aux agents publics : incitation au suicide, traitements dégradants, atteinte à la vie ou à l’intégrité morale, refus de soins de santé et autres », a indiqué l’avocat de la famille qui, sur cette base, a demandé que plusieurs policiers et membres de l’équipe sanitaire du centre soient interrogés.

Le 14 juillet, un jour avant son décès, plusieurs détenus ont attaqué Marouane en lui causant des fractures au visage. Quelques jours plus tôt, il avait déjà été victime de deux autres agressions. L’hôpital a exigé un repos sanitaire de 2-3 jours face au « traumatisme crânien » qu’il a présenté, ainsi qu’une surveillance régulière. Il a aussi recommandé son transfert immédiat aux urgences en cas de « perte de conscience, confusion ou désorientation, tendance anormale à dormir, maux de tête persistants, altération du caractère ou comportements anormaux, perte de force ou altération de la coordination de l’un des membres ». Pourtant, aucune de ces recommandations n’a été mise en œuvre par le personnel de santé du Centre ou par les policiers.

Le tribunal a estimé que la responsabilité des fonctionnaires n’est pas engagée parce qu’ils n’avaient pas été informés qu’ils devaient apporter une attention particulière au traitement de Marouane. « Aucune responsabilité pénale n’est engagée pour omission du devoir de soins de santé, fourniture de soins incomplets ou diagnostic erroné. La loi sanctionne plutôt le refus de soins de santé », a précisé le juge.

Le Centre de Zapadores a été le théâtre de multiples et diverses violations des droits de l’homme. En tout, dix personnes sont mortes depuis l’ouverture du Centre. Les initiateurs de la campagne CIEs No et Casa Maroc exigent que les responsabilités soient situées dans la mort de Marouane et que tous les centres soient fermés en urgence « puisqu’ils ne sont rien de plus que des prisons racistes où les droits fondamentaux des personnes qui n’ont commis aucun crime sont violés. »

  • Espagne : la société civile réclame toujours justice après la mort de Marouane

    Le tribunal provincial de Valence a classé sans suite l'affaire relative au suicide de Marouane Abouobaida, un jeune Marocain de 23 ans, dans une cellule d'isolement du centre de rétention des migrants de Zapadores le 15 juillet 2019. Les acteurs de la campagne CIE No de València, à défaut d'obtenir une condamnation au pénal, tentent une action pour une sanction administrative du Centre.

  • Bagarre entre Marocains au centre de migrants de Ceuta

    La police nationale a fait une intervention samedi dans le Centre de rétention des migrants de Ceuta (CETI), pour mettre fin à une bagarre générale entre pensionnaires, principalement d'origine marocaine.

  • Espagne : la famille d'un Marocain décédé de la rage réclame justice

    Les proches d'un Marocain décédé 13 décembre 2019 de la rage ont déposé une réclamation de dommages-intérêts auprès d'Osakidetza (Pays basque espagnol), estimant qu'il aurait pu être sauvé s'il n'y avait pas eu « un retard dans le diagnostic et le traitement ». Le centre de santé a rejeté leur requête.

  • Abdoul, un Marocain sans-abri et diabétique en Espagne

    Abdoul (nom d'emprunt), un Marocain sans-abri et sans papiers en Espagne, a survécu depuis novembre dernier sans ses médicaments contre le diabète.

  • Emoi à Ceuta après le décès du Covid-19 de Jamila

    Jamila Mohamed Abdeselam, 45 ans, est décédée dimanche du Covid-19, après une vingtaine de jours d'hospitalisation à l'hôpital universitaire de Ceuta. Sa famille pleure le départ d'une femme courageuse et « affable, qui ne méritait pas de mourir si tôt ».

  • Un Marocain écope de 7 ans de prison pour l'agression d'un policier en Espagne

    Un Marocain a été condamné vendredi par le tribunal provincial d'Ávila, en Espagne, à sept ans et six mois de prison pour avoir agressé au couteau un agent de la Garde civile.

  • Espagne : un Marocain échappe de peu à une peine de 14 ans de prison

    Le tribunal provincial de Lanzarote a acquitté pour défaut de preuves, le Marocain Abdellatif Bourbaa, accusé d'avoir dissimulé un bateau arrivé à Lanzarote avec 11 migrants dont un mort par noyade, et une cargaison de 21,7 kilos de haschisch.

  • Espagne : la justice rouvre le dossier d'Iliass Tahiri

    Considérant que le parquet avait examiné « à la hâte » fin octobre, le dossier d'Iliass Tahiri, le jeune Marocain de 18 ans, décédé le 1ᵉʳ juillet 2019 au centre pour mineurs de Tierras de Oria d'Almeria, la justice a décidé de rouvrir l'affaire.

  • Un Marocain criblé de balles près de Malaga

    Un Marocain a été tué par balles dans sa camionnette à Torremolinos, dans le sud de l'Espagne. Des caméras de sécurité ont enregistré la scène. Une enquête a été ouverte par la police nationale.

  • Sebta : des cas de Covid-19 parmi les migrants marocains

    Les neuf nouveaux cas de coronavirus détectés à Ceuta sont liés aux récentes arrivées en masse en provenance du Maroc. C'est ce qu'a indiqué jeudi, le ministère espagnol de la Santé, lors de son point quotidien sur l'évolution de la situation épidémiologique dans le pays.