Moulay Hicham : « le Maroc est piégé dans un dilemme »
Moulay Hicham, cousin du roi Mohammed VI estime l’alliance Maroc–Israël « structurelle », héritée d’Hassan II, et désormais au cœur d’un dilemme : sécurité nationale versus opinion publique pro-palestinienne. Il préconise le dialogue direct entre sociétés civiles marocaine et israélienne.
Dans un entretien accordé à El Confidential, le prince Moulay Hicham Alaoui, chercheur à l’université de Princeton et cousin du roi Mohammed VI, a livré une analyse sans concession de la situation au Proche-Orient. Il qualifie désormais les événements à Gaza de « génocide » et décrit des régimes arabes pris en étau entre leur volonté de plaire aux États-Unis et la colère grandissante de leurs peuples, qui manifestent une solidarité croissante avec les Palestiniens.
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Selon lui, la victoire militaire d’Israël, y compris face à l’Iran, a ouvert une « fenêtre pour en finir une fois pour toutes avec la question palestinienne ». Il estime que le gouvernement israélien, désormais imprégné d’une idéologie « messianique », a perdu la bataille politique et morale. Dans ce contexte, il juge la solution à deux États « impossible » en raison de la colonisation, et prédit que les Palestiniens, par une « lutte courageuse », finiront par l’emporter, même si une solution future devra prendre des formes inédites comme une « confédération » ou une « souveraineté partagée ».
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Le cas du Maroc est au cœur de son analyse. Le prince le décrit comme « piégé dans ce dilemme » : d’un côté, un soutien populaire fervent à la cause palestinienne ; de l’autre, une alliance stratégique où « Israël est le pilier principal de sa sécurité ». Cette relation, qu’il qualifie de « structurelle », n’est pas nouvelle mais a été héritée de l’époque du roi Hassan II et reste profondément ancrée dans l’appareil d’État.
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Il explique que cette alliance est née d’un calcul pragmatique de son oncle qui, conscient du « double jeu » des autres régimes arabes, a utilisé la coopération avec le Mossad pour garantir la sécurité du Royaume et contrer l’influence de l’Algérie. Cette aide, notamment technologique et militaire, a permis au Maroc d’atteindre puis de « surpasser » la parité militaire avec son voisin, consolidant ainsi une relation qui dépasse les considérations diplomatiques de surface.
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Face à la situation actuelle, Moulay Hicham appelle le Maroc à faire preuve de « courage » et à redéfinir sa politique. Il ne préconise pas une rupture des relations, mais une dissociation claire : « rompre l’alliance avec Netanyahu sans nuire à notre relation profonde avec le peuple israélien ». Concrètement, il suggère d’encourager un dialogue direct entre les sociétés civiles marocaine et israélienne, tout en adoptant une « posture morale » ferme : dénoncer sans ambiguïté les actions menées à Gaza, refuser que le territoire marocain serve de transit pour des armes, et se joindre aux efforts juridiques internationaux.