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Naybet, Guerrouj, Zaki, Bassir... ce qu’ils ont fait de leur fortune !

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21 février 2007 - 00h00 - Maroc

Cafés, crémeries, restaurants, promotion immobilière, agriculture et transport sont les créneaux prisés par les sportifs. Hicham El Guerrouj, Noureddine Naybet et Nezha Bidouane préparent un fonds d’investissement avec l’assistance d’Uplines Securities. Par nostalgie, ils investissent aussi dans le sport.

Avec des primes de transfert qui se comptent en millions de DH, des primes de participation aux meetings internationaux payées en paquets de dollars et autres avantages financiers obtenus auprès de leurs sponsors, les sportifs de haut niveau, footballeurs et athlètes en particulier, disposent d’une manne financière qu’ils injectent, directement ou indirectement, dans le circuit économique national. Mais où investissent-ils leur argent ? Ont-ils des secteurs fétiches ? Et enfin, disposent-ils des atouts managériaux nécessaires pour mener à bien leurs entreprises ?

Des rentrées d’argent régulières pour faire face au quotidien

Au préalable, il faut dire qu’aborder ce sujet avec nos sportifs n’est pas de tout repos. Nombreux sont ceux qui ne veulent pas parler de leur carrière d’hommes d’affaires. Ceux qui ont accepté de le faire ont refusé d’entrer dans les détails. Superstition ? « C’est très délicat d’évoquer ce sujet en public », souligne d’emblée Nezha Bidouane. Même son de cloche du côté de Noureddine Naybet qui se sent beaucoup plus à l’aise lorsqu’il « parle football avec les journalistes ». Mais n’empêche que le sujet passionne beaucoup de monde, fans de ces sportifs, qui demeurent, avant tout, émerveillés par la belle réussite sportive, mais aussi financière, de leurs idoles.

En tête de liste des investissements chéris par les sportifs : les restaurants et cafés. Les plus grands professionnels ont leur enseigne, que ce soit à Casablanca, Rabat, Marrakech ou dans d’autres villes du Royaume. A commencer par Baddou Zaki dont le « Mallorca », sur le boulevard Anfa, à Casablanca, est un lieu de rencontre des amoureux du ballon rond. Salaheddine Bassir a pour sa part ouvert « Amistad », sur le boulevard Zerktouni, toujours dans la métropole, alors que son co-équipier au sein des Lions de l’Atlas lors de l’équipée française de la Coupe du monde de 1998, Tahar Lakhlej en l’occurrence, dispose de son café en face du Palais des Congrès à Marrakech. Il s’agit du complexe Millenium (café, restaurant, glacier, boulangerie, pâtisserie) « devenu un rendez-vous incontournable des stars du cinéma lors du Festival de Marrakech », précise, non sans fierté, l’ancien international du club portugais de Benfica. Mohamed Timoumi avait également son café à Rabat. « Le Ballon d’or » (un nom bien choisi !) au centre-ville de la capitale était « un excellent investissement », selon les dires de l’ancien Ballon d’or africain. « J’ai dû le vendre pour passer à un autre projet », explique-t-il.

Brahim Boulami est l’un des rares à avoir tenté l’aventure de la pêche

Pour de nombreux anciens sportifs interrogés, ouvrir un café, au lieu de n’importe quel autre investissement, est un choix qui s’impose d’une certaine manière. « C’est une manière de disposer d’une rentrée d’argent permanente, en attendant de réfléchir à un projet beaucoup plus structuré », explique Baddou Zaki. « Il s’agit aussi d’une solution de facilité qui permettra au joueur, au lendemain de sa retraite, de maintenir le même niveau de vie pour sa famille », ajoute l’ancien keeper des Lions de l’Atlas, huitième finaliste du Mondial 86 au Mexique. Pour M’hamed Fakhir, sélectionneur actuel de l’équipe nationale de football, « ce traditionnel investissement est à imputer directement à la portée populaire de la pratique footballistique », alors que Aziz Daouda a une tout autre explication à cette ruée vers les cafés restaurants. L’ancien directeur technique de la Fédération d’athlétisme et manager de plusieurs grands noms de ce sport estime que c’est là un héritage du colonialisme. « Les grands noms du football franco-marocain, dans les années 1940 et 1950, avaient tous leur propre café autour duquel se rassemblaient leurs fans », avance-t-il . M’hamed Fakhir abonde dans ce sens, soulignant qu’il s’agit d’une mode lancée par de grands noms de l’histoire du football. « L’exemple le plus édifiant n’est autre que Abderrahmane Belmahjoub, le prince du Parc, propriétaire depuis de nombreuses années du restaurant du Port, à Casablanca », rappelle l’entraîneur des Lions de l’Atlas.

Et que l’on ne s’y trompe pas, les sportifs, comme de nombreux Marocains, en somme, aiment eux aussi les situations de rente. En effet, ces derniers, grâce à leurs exploits sportifs, ont un accès plus facile à certains agréments de transport, de pêche ou autres. « En athlétisme, chaque médaille d’or, d’argent ou de bronze dans une compétition internationale signifiait pendant longtemps l’obtention d’un agrément de transport », souligne Khalid Boulami, champion national du fond, médaillé de bronze aux JO d’Atlanta sur le 5 000 m, qui ajoute que « c’était une marque de reconnaissance de l’Etat vis-à-vis de ces athlètes qui ont porté haut le drapeau national ».

Pour M’hamed Fakhir, toujours, « disposer d’un agrément de transport permet au sportif de le louer et donc d’avoir une rentrée d’argent qui ne nécessite aucun investissement de base ». A ce propos, l’on se souvient de Abdessalam Radi, ce marathonien premier médaillé d’argent marocain lors des Jeux Olympiques de Rome, en 1962. Plusieurs décennies plus tard, sa santé s’étant détériorée, le champion marocain s’est trouvé dans l’incapacité de subvenir à ses besoins. A tel point que sa femme avait, à l’époque, été obligée de vendre sa médaille d’argent à un brocanteur de la médina de Fès pour lui acheter des médicaments. Médaille qui, heureusement, tombera plus tard entre les mains d’un connaisseur du sport national qui la restitue à la veuve de Radi, malheureusement bien après son décès. Cette histoire, rendue publique, a permis à la famille du marathonien d’obtenir un agrément de transport des voyageurs.

Les licences de pêche attirent également les sportifs de haut niveau, surtout ceux qui sont issus des villes côtières connues pour leur grande activité maritime. C’est ainsi que l’ancien recordman du monde du 3 000 mètres steeple, Brahim Boulami, a eu d’abord l’idée de monter une entreprise de pêche côtière, BB Fish en l’occurrence, alors qu’il était au top de sa forme. « Un hommage à ma ville natale, Safi, où j’ai passé une enfance bercée par la mer et la pêche », confie-t-il

Des fortunes diverses dans l’immobilier

D’autres ont choisi de ne pas investir dans un secteur qui « n’aura pas de valeur ajoutée à l’économie nationale », comme aime le préciser Hicham El Guerrouj. La légende du demi-fond mondial n’a ni café ni bateaux de pêche, ni autocars. « Pour mes affaires, comme pour ma carrière athlétique par le passé, j’aime prendre des risques calculés. C’est pour cela que je me lance dans des secteurs économiques qui ne sont pas prisés par mes compères », souligne-t-il. L’agriculture est ainsi un filon que le quadruple champion du monde du 1 500 m compte exploiter. Son projet agricole près de Berkane a suscité une vague de protestations dans toute la presse nationale il y a quelques années.

Hicham El Guerrouj aurait-il bénéficié de largesses, à cette époque, pour qu’on lui accorde l’exploitation d’une ferme de près de 300 ha ? Il répond par la négative. « J’avais demandé, comme n’importe quel autre investisseur, l’autorisation de monter un projet agricole sur ces terres. Requête qui a été acceptée. Mais après la campagne violente menée par une certaine presse, j’ai préféré abandonner ce projet et je n’ai même pas participé à la première tranche de cession des terres de Sodea-Sogeta. Mais je ne vous cache pas ma volonté de soumissionner dans le cadre de la seconde tranche qui sera lancée bientôt ».

Le sport est toujours présent même en affaires

Le champion du demi-fond affectionne également les opérations immobilières. En effet, vendre et acheter des terrains, appartements ou maisons traditionnelles est une activité commune à tous les sportifs. « C’est un secteur très porteur qui permet de faire fructifier son capital beaucoup mieux que d’autres activités économiques ». Les propos sont de Salaheddine Bassir, international de football au toucher de balle magique, qui, en plus de son café « Amistad », a développé un projet immobilier sur le boulevard du 2 mars, à Casablanca. Ses anciens co-équipiers du Raja, Jamal Sellami et Mustapha Moustawdaâ, lui ont emboîté le pas et comptent chacun un projet immobilier dans le même quartier de la capitale économique.

Du côté de la vieille génération, celle de 1986, deux joueurs se sont déclarés des promoteurs immobiliers nés. Baddou Zaki et Mohamed Timoumi ont, en effet, fait fructifier le résultat de plusieurs années de football professionnel dans l’immobilier, le keeper préférant construire lui-même des biens qu’il revend par la suite. Cependant, le succès n’est pas toujours au rendez-vous pour les sportifs qui ont choisi l’immobilier. C’est le cas de Youssef Rossi qui a initié un grand projet à Bouznika avec son père et son frère Abdelilah, agent international de football. Projet qui n’a pas connu la réussite escomptée.

Mais les sportifs questionnés ont unanimement exprimé une certaine nostalgie du monde du sport. « Difficile, très difficile de cesser la compétition du jour au lendemain », explique la double championne du monde du 400 mètres haies. Et Nezha Bidouane de décrire avec émotion ce vide que le sportif ressent après la décision de raccrocher les crampons ou... les pointes. « C’est pour cela que l’on n’arrive jamais à vraiment se détacher du monde sportif » , ajoute-t-elle. Et c’est également pour cette raison que beaucoup de sportifs caressent le rêve d’investir dans le sport.

Noureddine Naybet a failli, il y a quelque temps, racheter les clubs de fitness Moving de Casablanca. Tahar Lakhlej a mis en route un projet de complexe sportif et de loisir à Marrakech dont les travaux seront bientôt entamés. Quant à Mohamed Timoumi, il cherche des partenaires pour lancer un centre sportif privé à Rabat. Pour sa part, Hicham El Guerrouj est en train de monter un fonds d’investissements sportif avec deux autres grands noms du sport national, Nezha Bidouane et Noureddine Naybet en l’occurrence, avec l’assistance de la banque d’affaires Upline securities. Le lancement officiel est d’ailleurs annoncé pour les prochaines semaines.

Hicham El Guerrouj : Il a craqué pour l’agriculture

Il n’y a pas que la piste qui réussit à notre quadruple champion du monde, double champion olympique et recordman du 1 500 m. Le monde des affaires lui sied à merveille, il s’y sent, de son propre aveu, comme « un poisson dans l’eau », pourvu qu’il soit entouré de bons conseillers. Immobilier, transactions en Bourse, tourisme et agriculture sont les domaines où il investit en masse. Ce dernier secteur lui tient particulièrement à cœur. Il compte s’y investir totalement et c’est ainsi qu’il prendra part à la seconde tranche de cession des terres de Sodea-Sogeta qui sera lancée bientôt. Pour préparer cet investissement, Hicham El Guerrouj, qui touchait en simple prime de participation à un meeting international la bagatelle de 100 000 dollars (près de 900 000 DH), n’a pas manqué la foire internationale des fruits et légumes qui s’est tenue récemment à Berlin. La terre réussira-t-elle cette fois-ci au champion ?

Noureddine Naybet : Une fortune qui fait fantasmer

Le libéro qui a largement dépassé la centaine de sélections avec l’équipe nationale de football investit beaucoup en Espagne, dans l’immobilier notamment. Au Maroc, l’ancien capitaine des Lions de l’Atlas s’est aussi lancé dans l’agriculture. Sa fortune fait beaucoup fantasmer, « on lui prête beaucoup d’investissements qui ne sont pas de lui », nous dit l’un de ses proches. « On lui attribue par exemple une société de transport international de marchandises, alors qu’elle ne lui appartient pas. Elle est en fait la propriété de son beau-frère », souligne la même source. Tout dernièrement, l’ancien capitaine du Deportivo La Corogne a voulu acquérir la chaîne de clubs de sport privée Moving. Mais les négociations avec les actuels propriétaires n’ont pas abouti.

Brahim Boulami : Pêche, Bourse et immobilier : il diversifie les risques

Pour l’ancien recordman du monde du 3 000 m steeples, l’essentiel de l’investissement est en mer. En effet, Brahim Boulami dispose d’une entreprise de pêche côtière du nom de BB Fish, basée à Safi, avec néanmoins, « un seul bateau pour le moment ». Le spécialiste des steeples, qui dit continuer toujours ses entraînements, a également investi en Bourse, « voulant profiter de l’embellie que connaît la place boursière de Casablanca », ainsi qu’en immobilier, « secteur d’investissement incontournable » pour les sportifs.

Baddou Zaki : La pierre comme valeur sûre

Sa carrière en Espagne a incontestablement été un franc succès. Au Palma de Mallorca, il était, et reste toujours, une grande star. Au Maroc également où, à côté de sa carrière de gardien de but et d’entraîneur plus tard, Baddou Zaki réussit une jolie carrière en tant qu’homme d’affaires. La saga a commencé avec Mallorca, café très connu des Casablancais. Baddou Zaki a par la suite enchaîné les complexes immobiliers, à Casablanca et à Marrakech, ville dont il entraîne le club phare, le KACM. Comme quoi, la fibre de l’investissement de l’ancien keeper-vedette des Lions de l’Atlas vibre partout où il s’installe.

Salaheddine Bassir : Il s’appuie sur sa famille

Café, laboratoire de développement de photographies et patrimoine immobilier constituent l’essentiel de la fortune de cet ancien international de football. Et ce n’est pas par hasard si Salaheddine Bassir réussit tout ce qu’il entreprend. « J’ai eu beaucoup de chance d’avoir des membres de la famille qui, pendant longtemps, se sont occupés de mes affaires », souligne l’ancien rajaoui qui, depuis son retour au pays, n’a en tête qu’un seul projet, celui de la création d’un centre sportif privé, à Casablanca. Histoire de joindre l’utile à l’agréable.

Tahar Lakhlej : Il a décidé de miser sur les complexes sportifs

Tout le monde connaît son complexe café-restaurant-pâtisserie-boulangerie sur le boulevard Mohammed VI à Marrakech. Mais ce que l’on connaît moins chez Tahar Lakhlej, c’est son prochain investissement marrakchi, un complexe sportif et de loisirs privé. Piscine, terrain de football, de tennis, salle couverte, café, restaurant et commerces sont en effet prévus. Le lancement des travaux est prévu dans les prochains mois.

Mohamed Timoumi : Les affaires lui ont mieux réussi que sa carrière de professionnel

Si sa carrière au Murcia ne lui a pas donné grande satisfaction, ses affaires au Maroc, gérées par son frère, se sont, en revanche, bien développées. Café, pendant une période de 14 ans, divers types de magasins ainsi que des transactions immobilières, terrains et biens bâtis, ont fait de Mohamed Timoumi l’un des footballeurs de 1986 qui ont le mieux réussi en affaires. Mais même cette réussite n’est pas pour lui faire oublier le football. En effet, l’ancienne star des FAR et de l’inoubliable équipe nationale de 1986, se prépare actuellement à quitter le pays à destination d’un pays du Golfe, qu’il n’a pas voulu citer et où, nostalgie pour le ballon rond aidant, il entamera une carrière d’entraîneur.

Lahsen Abrami : Retour à la terre et à l’élevage

Le wydadi n’y est pas allé par quatre chemins. Pour lui, investir dans autre chose que l’agriculture est un pur blasphème étant donné ses origines campagnardes. « Je n’ai pas de café et je fais très peu dans l’immobilier », explique celui qui, en compagnie de membres de sa famille, a acquis une grande ferme dans la région d’El Jadida. Après le ballon rond, Lahsen Abrami est ainsi devenu un spécialiste des bovins, qu’il élève dans sa ferme doukkalie.

Conseillers : Famille ou professionnels ? Les avis sont partagés

Les sportifs sont habitués à l’esprit d’équipe. Et pour faire des affaires, ils doivent continuer à jouer en équipe. Question : ces coéquipiers doivent-ils être des professionnels ou des proches ? Chacun y va de son intuition. « Pour réussir dans les affaires, il n’y a pas de grand secret. Il faut juste s’entourer de professionnels », explique Hicham El Guerrouj, qui insiste sur la nécessité de séparer le monde du sport de celui des affaires. « Il ne faut jamais faire d’amalgame et laisser la porte ouverte aux spécialistes ; à chacun son domaine ».

Mais tous les sportifs ne partagent pas cet avis. D’autres préfèrent s’entourer d’hommes de confiance, membres de leur famille ou amis d’enfance pour la gestion de leurs affaires.

La vie éco - Fadoua Ghannam

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