Parole d’obscurantiste

- 21h45 - Maroc - Ecrit par :

Suite à la création de l’Organisme national pour la protection de la famille marocaine, notre chroniqueur Lotfi Akalay nous promène dans les recoins de l’esprit réac. En toute ironie, comme d’habitude.

Je me présente : je suis un obscurantiste et fier de l’être. J’ai décidé de combattre certains membres de ce gouvernement qui mettent en péril la famille marocaine. Ces individus, abusés par le Secrétariat d’Etat chargé de la Protection Sociale, de la Famille et de l’Enfance, avec la sourde complicité de la Banque Mondiale, autant dire de l’impérialisme, prétendent défendre les droits de la femme. Quelle bêtise ! Ne savent-ils donc pas que la femme est très bien défendue ? La preuve : le Maroc a ratifié en juin 1993 la Convention sur les Droits de l’Enfant, alors que veulent-ils de plus ? L’enfant, la femme, quelle différence ? Ils disent que la fille ne doit plus avoir le droit de se marier avant l’âge de 18 ans, c’est scandaleux ! Au nom de quel principe décident-ils d’attenter à la liberté de nos filles ? Si ma fille, euh... non, je rectifie : si la fille de mon voisin, ou la vôtre, décide de se marier à 15 ans, en quoi ça les dérange ? Disons-le tout net : ils veulent nous priver de notre droit de détournement de mineure légal. Et quoi encore ! Pourquoi cette malheureuse fille devrait-elle attendre ses 18 ans pour profiter de la vie conjugale ? Et que ferait-elle, à votre avis, entre 15 et 18 ans ? Des bêtises, assurément, avec un morveux de son âge qui en fera une fille-mère, puis une femme d’occasion. Comprenez-moi bien : si on nous oblige à prendre pour épouse une femme obsolète à la chair faisandée, les pauvres hommes seront bien obligés de la remplacer, sitôt amortie, et c’est elle la perdante. Voilà pourquoi je défends les femmes. Ce n’est pas tout : on veut nous obliger à nous contenter d’une seule femme, comme si on voulait contraindre un homme à rouler toute sa vie dans une même voiture, où est la qualité de la vie, tant vantée, défendue à corps et à cris ? Et pourquoi ces mauvais citoyens s’arrêteraient-ils en si bon chemin ? Ils osent dire qu’en cas de divorce, nous devrions partager nos biens avec la femme remisée, vous rendez-vous compte ? Que diriez-vous si on vous forçait à partager moitié-moitié votre fortune avec une bonniche que vous renvoyez parce qu’elle ne fait plus l’affaire ? Mesurez-vous à présent la gravité des recommandations de ces mécréants ? Rien ne les arrête, ils veulent supprimer la sainte répudiation, la remplacer par le divorce au tribunal. Quelle vulgarité ! Ce serait notre ruine, payer l’avocat, payer le juge, c’est un encouragement à la corruption des magistrats, ni plus ni moins. Ils ont le culot de nous traiter de réactionnaires parce que nous défendons les valeurs sacrées de notre civilisation. Tout ce qui les intéresse, c’est singer l’Occident, et ça, c’est hors de question. Moi qui vous parle, je garde fièrement mes babouches et mon turban même quand je me rends chez les impies pour me faire opérer des hémorroïdes à la Pitié-Salpétrière. L’intérêt sur l’argent, c’est pareil, j’ai interdit à mon banquier de faire fructifier mon compte au Crédit Lyonnais de la rue de Rivoli. Je rejette catégoriquement l’usure, que ce soit celle de l’argent ou du corps de nos femmes, c’est pareil, radical, tout ou rien. A propos d’usure, nous comptons dans nos rangs de valeureux militants d’une fraîcheur que rien n’altérera jamais. A part la prostate, ils n’ont rien perdu de leur vivacité. Jetez un coup d’œil sur la liste de nos partisans, que du beau monde qui croule sous les valeurs de notre civilisation. Nous ne sommes pas de droite, la preuve : même Basri est de notre côté, et quand je dis Basri, c’est du vrai qu’il s’agit, le Fqih, le leader qui refuse les 18 ans pour les filles, et ne les accepte que pour ses disciples à Kénitra. Mais ça, c’est du passé n’en parlons plus. Moi, vieux jeu ? Jamais ! Je vais vous faire une confidence : dans le fond, je suis un écolo, j’aime la forêt, la laine et l’huile d’olive. Quand elles sont vierges.

Par Lotfi Akalay

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