Par peur de ce qui pourrait arriver à Ceuta, ils préfèrent perdre 30 000 euros
Un mois après les passages massifs depuis le Maroc, le marché immobilier de Ceuta résiste encore. Mais certaines ventes sont suspendues et des acheteurs envisagent d’abandonner jusqu’à 30 000 euros déjà versés plutôt que de signer définitivement.
Les prix des logements n’ont pas chuté, mais l’incertitude commence à peser sur les décisions des acheteurs.
Plusieurs agences immobilières de Ceuta font état d’opérations de vente paralysées depuis la crise du 30 juillet. Certains acquéreurs envisagent même de renoncer aux arrhes versées lors de la signature du compromis, dont le montant peut atteindre 20 000 ou 30 000 euros.
Un agent de Mar Real Estate raconte ainsi à Idealista qu’une cliente lui a confié, quinze jours après le début de la crise, avoir peur de poursuivre son acquisition.
Une autre lui a expliqué qu’elle préférait perdre les arrhes déjà versées plutôt que finaliser la transaction.
Pour les professionnels interrogés, il ne s’agit toutefois ni d’un effondrement du marché ni d’un départ généralisé des habitants. Ils parlent davantage de prudence et de décisions reportées dans l’attente d’une stabilisation.
Cette inquiétude apparaît après les passages massifs enregistrés à Ceuta depuis le Maroc le 30 juillet.
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Les prix des logements anciens proposés à la vente restent, pour leur part, proches de leurs records historiques. En août, ils ont atteint en moyenne 2 753,86 euros le mètre carré, selon les données d’Idealista.
Cela représente une hausse de 16,6 % sur un an, contre 15 % en juillet. Les agences ne constatent donc pas, pour le moment, de propriétaires prêts à brader leur logement pour quitter Ceuta.
La situation contraste avec celle observée après la crise migratoire de mai 2021. Environ 8 000 personnes avaient alors franchi la frontière en deux jours et le prix moyen des logements avait reculé de 3,21 % en un mois, passant de 1 991 à 1 927 euros le mètre carré.
Cette fois, la pénurie de logements et le niveau toujours élevé de la demande soutiennent encore le marché.
Des logements recherchés « pour ce qui pourrait arriver »
De l’autre côté du détroit, des professionnels constatent cependant un changement dans les motivations de certains acheteurs originaires de Ceuta.
Une agence du Campo de Gibraltar observe une progression des demandes pour des logements situés à La Línea de la Concepción, Algésiras ou San Roque.
L’achat d’une résidence secondaire dans cette région est courant chez les habitants de Ceuta. Mais certains clients expliquent désormais vouloir disposer d’un logement immédiatement habitable « pour ce qui pourrait arriver » ou afin de pouvoir traverser le détroit du jour au lendemain.
À Ceuta, la crise a également provoqué un afflux de demandes de location. Des personnes entrées depuis le Maroc cherchent des appartements, mais aussi des locaux commerciaux ou des garages.
Des agences disent recevoir des appels de France, d’Allemagne ou de Belgique de la part de proches souhaitant trouver un logement aux membres de leur famille présents à Ceuta. La Perla Real Estate et Euroestrecho affirment refuser ces demandes lorsque les intéressés ne disposent pas encore d’une situation administrative régulière.
Cette nouvelle demande s’ajoute à celle, habituelle à cette période de l’année, des enseignants et des fonctionnaires qui reviennent dans la ville pour la rentrée.
La pénurie de logements disponibles pousse les loyers à la hausse. Selon Mar Real Estate, un appartement du centre autrefois loué entre 700 et 800 euros par mois est désormais proposé autour de 1 000 euros. Pour un logement de trois chambres, les prix sont passés d’environ 1 000 ou 1 200 euros à 1 500 euros.
Cette rentabilité incite certains propriétaires qui envisageaient de vendre à louer temporairement leur bien en attendant que le marché se stabilise.
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Pour l’instant, le marché immobilier de Ceuta tient donc sans baisse des prix ni multiplication des ventes précipitées. Les professionnels craignent néanmoins qu’une crise durable ne bloque davantage de transactions, retarde de nouvelles constructions et freine les investissements.