La police espagnole cherchait 800 migrants à Sebta, elle a trouvé des chèvres
Une alerte annonçant l’arrivée de centaines de migrants marocains a mobilisé les policiers espagnols à Sebta. Sur place, les agents n’ont découvert que des chèvres. Cette fausse invasion figure parmi une centaine d’intox recensées en deux mois par un observatoire européen.
Les policiers s’attendaient à découvrir des centaines de migrants dans les montagnes de Benzú, à Sebta. Mais en inspectant les lieux, ils n’ont aperçu que quelques chèvres. « On disait que 800 migrants étaient entrés, mais il n’y avait que des chèvres », raconte un agent espagnol au quotidien El País. L’épisode remonte au 23 septembre, lorsque des messages annonçant une nouvelle arrivée massive avaient semé l’inquiétude dans la ville.
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Sur WhatsApp, les chiffres variaient entre 200 et 800 personnes. Plusieurs chaines espagnoles ont relayé l’alerte, malgré les démentis de la police. En réalité, un groupe d’un peu plus de cent migrants avait bien tenté de franchir la frontière, mais les autorités marocaines avaient empêché le passage.
Cette fausse alerte est loin d’être un cas isolé. Depuis les arrivées massives des 30 et 31 juillet, Sebta est devenue le théâtre d’une véritable épidémie de désinformation. L’Observatoire ibérique des médias numériques, Iberifier, financé par la Commission européenne, a recensé une centaine de fausses informations en seulement deux mois.
Tunnels secrets, eau contaminée et agressions inventées
Parmi les histoires les plus répandues figure celle de tunnels clandestins permettant aux migrants d’entrer discrètement dans la ville. Une publication assurait même que 95 mineurs avaient emprunté un passage souterrain. Les sources policières consultées par El País ont démenti ces récits.
Autre rumeur : les campements de migrants installés près de l’usine de dessalement auraient contaminé l’eau potable. L’entreprise municipale Acemsa a dû intervenir à deux reprises pour rassurer les habitants.
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Les fausses accusations touchent également les agressions. Une vidéo montrant des mineurs sortant d’une canalisation à Melilla a été présentée comme une scène tournée à Sebta. Dans une autre affaire, un migrant avait été accusé d’avoir jeté une brique sur une femme portant un bébé. Les vérifications ont établi que l’auteur était en réalité un adolescent habitant Sebta.
La désinformation a même gagné les plateaux de télévision. Le 16 septembre, un témoin affirmait sur Telecinco que 68 fillettes avaient été sorties d’un orphelinat marocain par des militaires pour être envoyées à Sebta. Les services locaux chargés de la protection des mineurs assurent ne disposer d’aucune information confirmant cette histoire.
Pour Pablo Matés, directeur du média local Ceuta al Día, les journalistes ont dû multiplier les démentis, presque quotidiennement. Mais les fausses alertes continuent de circuler sur WhatsApp, Telegram, TikTok et Instagram, souvent bien plus rapidement que les vérifications.