Recherche

Prositution dans les pays de l’or noir : le calvaire des Marocaines !

© Copyright : DR

28 août 2002 - 23h21 - Maroc - Par:

Chaque année, des centaines de jeunes marocaines partent vers les pays du Golfe pour travailler. Quel profit ? Il y a tout le monde et toutes les catégories. Mais par le fait des besoins économiques, une dominante semble se dégager.

Il s’agirait de jeunes femmes de familles pauvres ou moyennes, peu ou pas instruites, attirées par des promesses d’une vie meilleure, répondant à des offres de travail bien rémunéré en tant que vendeuses, coiffeuses, serveuses, femmes de ménage, mannequins ou autres... . L’aventure ne s’avère pas toujours conforme aux attentes des immigrées, certaines se trouvent, malheureusement, vite prises au piège de l’industrie du sexe qui fait des ravages dans cette région.

Il s’agirait, en fait, de réseaux bien organisés qui acheminent les jeunes filles vers ces pays où elles se trouvent rapidement sous la coupe d’une pègre internationale sans scrupules. Souvent privées de leurs passeports dès leur arrivée, elles sont contraintes d’accepter des activités pas très saines !

Un phénomène qui prend de plus en plus de l’ampleur. Des centaines de jeunes filles se trouvent prises au piège, nombreuses sont celles qui en sont arrivées là par malchance, ignorance ou naïveté, mais pas toutes... Pour certaines, elles partent vers ces pays en sachant parfaitement bien le genre d’activités auxquelles elles seront confrontées.

Le besoin, la pauvreté voire la misère restent les motifs majeurs qui nourrissent ce commerce et poussent ces jeunes filles vers de telles « mésaventures ».

Des amies, voisines ou connaissances chargées du recrutement local (souvent engagées elles-mêmes dans ces réseaux), des personnes se présentant comme des agents recruteurs promettant des emplois bien payés, des annonces dans les journaux attirent parfois ces jeunes femmes dans le piège.

B. 26 ans est coiffeuse, elle travaille actuellement dans un salon de coiffure à Casablanca. Elle a passé 2 mois aux Emirats Arabes Unis, il y a moins d’un an. Partie pour travailler dans un salon de coiffure, elle s’est vite trouvée introduite dans l’industrie de la prostitution. Elle raconte son séjour avec beaucoup d’amertume, beaucoup de dégoût surtout.

Avec ses « camarades » marocaines, B. travaillait toute la journée en tant que coiffeuse dans le salon. Le soir, l’entremetteuse (qui n’est autre que sa patronne dans le salon) l’obligeait à monter dans le cabaret juste en dessus du salon, afin de danser pour les clients, les amuser, leur faire plaisir, les accompagner dans leurs soirées ou parfois même (s’ils en ont envie), dans leurs chambres d’hôtel.

Pour ce service nocturne, B. et ses copines gagnent 700 dh la nuit. Le travail de coiffeuse, elles l’exercent à volonté, elles ne sont pas payées pour, du moins pas par la patronne : « Ce n’est pas vraiment ce qui intéresse la patronne, qui est pourtant la propriétaire du salon, explique B., si on veut travailler la journée dans le salon, on se fait payer par les clientes, tout ce qu’on gagne est pour nous, on ne partage rien avec elle... ce qui l’intéresse, elle, c’est le travail du soir, le travail au salon, c’est juste une image... »

De ce fait, d’après B., peu de filles se donnaient la peine de bosser pendant la journée, elles préfèrent se reposer, histoire de récupérer des forces pour se préparer et être en forme pour la soirée.

B. nous a également parlé d’une technique « très encourageante » pensée par la patronne, qui pourrait faire gagner plus d’argent aux filles, et bien évidemment attirer plus de clients au cabaret.

La technique est la suivante : l’une des filles, appelée « moulat el ward » a pour fonction de se balader entre les tables des clients avec, autour du cou, plusieurs colliers de fleurs. Pendant ce temps, les autres filles continuent à danser devant les clients de la manière la plus agréable et plaisante possible... Si l’une de ces filles plaît à un client, ce dernier lui envoie un collier de fleurs qu’elle se met autour du cou, si elle plaît à plusieurs clients dans la même soirée, elle se fait offrir plusieurs colliers. De même qu’elle peut se faire offrir plusieurs colliers par un même client. Ces colliers, elle doit les garder tous autour du cou jusqu’à la fin de la soirée : la patronne lui paye une somme quotidienne supplémentaire, en fonction du nombre des colliers qu’elle a pu « ramasser ». Chacun des colliers coûte 25 dh. Ainsi, si par exemple elle plaît à quatre clients dans la même soirée, elle gagne 100 dh de plus, ce qui fait monter son « salaire » de la soirée à 800 dh.

C’est là une astuce qui vise à encourager ces filles à doubler leurs efforts pour plaire aux clients et se montrer plus « gentilles » avec eux. C’est tout à leur profit, puisque elles se voient payer de l’argent supplémentaire. Mais c’est également bien plus profitable aux patrons qui attirent de plus en plus de clients satisfaits de « la qualité de service » et de la beauté et la générosité des danseuses.

Les jeunes filles, relativement bien payées (leurs salaires mensuels peuvent facilement atteindre les 25.000 ou 30.000 dh), sont très dépendantes de leur patronne. Selon B., elles vivent toutes ensemble dans des chambres communes, suivant les consignes de la patronne, ne jouissant d’aucune autonomie sur aucun plan... « c’est de l’esclavage pur et simple, pas seulement sur le plan sexuel, mais sur tous les plans » finit par avouer B.

Pour échapper à sa patronne et à cette vie qu’elle n’a pas pu supporter, B. a dû lui mentir, en lui faisant comprendre qu’elle devait rentrer au Maroc pour quelques jours pour une urgence, qu’elle allait revenir dès que possible. Elle a pu ainsi obtenir un « congé..non rémunéré ».

B. est revenue et n’est jamais repartie, maintenant, rien que le nom de ce pays suffit à la dégoûter.

Mais si B. a refusé de mener cette vie, la plupart de ses anciennes camarades, l’ont acceptée et continuent de la subir : « il est vrai que, comme moi, il y a des filles qui n’avaient pas le moindre soupçon en quittant le Maroc qu’elles seraient embauchées dans l’industrie du sexe, explique B., mais quelques-unes seulement, la majorité savait très bien ce qui les attendait... j’en ai connu qui sont prêtes à tout pour de l’argent. Et de l’argent « facile », il y en a énormément là-bas... d’ailleurs, je mets en garde les filles contre ces « contrats de travail » mirifiques dans les pays du Golfe... quel que soit le type de contrat ou le type de travail, ça fini souvent par déboucher sur la prostitution et ça, certaines filles le savent très bien... ».

Le témoignage de B. est éloquent. On aurait aimé aborder ce sujet avec d’autres filles ayant vécu de telles expériences, mais ce n’était pas évident. Des filles travaillant ou ayant déjà travaillé dans ces pays, on en a rencontré, mais toutes refusaient de partager leurs expériences, elles refusaient carrément de parler même de leur vie là-bas, sinon répondaient que tout allait bien, qu’elles travaillaient comme tout le monde et qu’elles menaient une vie des plus normales.

D’autres filles ayant immigré vers ces pays font du commerce. Elles ramènent au Maroc de la lingerie féminine, des vêtements, des tissus ou des accessoires... Des articles qu’elles vendent ici à des prix très attirants pour la clientèle locale.

Mais, à en croire B., ce commerce serait « une simple couverture », une manière de camoufler la vraie provenance de l’argent qu’elles gagnent : « les filles doivent justifier, devant leurs parents et familles, la provenance de tout l’argent qu’elles gagnent... elles leur font donc croire qu’en plus de leur travail initial, elles font le commerce des vêtements et autres articles, ce qui leur fait évidemment gagner beaucoup d’argent... ».

Mots clés: Arabie saoudite , Emirats Arabes Unis , Qatar , Femme marocaine , Sexualité

Bladi.net

Bladi.net - 2021 - Coronavirus Maroc - A Propos - Contact