La crise migratoire de Sebta brouille les relations entre la France et le Maroc

- 22h00 - Espagne - Ecrit par : P. A

La France, qui a toujours défendu les intérêts du Maroc contre l’Espagne, aurait changé d’avis. En cause, la crise migratoire provoquée par le Maroc qui a laissé des milliers de migrants entrer à Sebta il y a deux semaines, en riposte à l’attitude de l’Espagne qui avait accueilli, quelques jours plus tôt, le leader du Front Polisario, Brahim Ghali, pour raison « humanitaire ».

Dans la crise migratoire actuelle, la France soutient l’Espagne et l’Europe contre le Maroc. « Nous soutenons l’Espagne », a déclaré lundi sur BFMTV, Clément Beaune, le secrétaire d’État à l’Europe. « Pour une fois, la France ne prend pas parti pour le Maroc », fait observer le journaliste Jean-Pierre Tuquoi, auteur de plusieurs ouvrages sur le Maroc et le Maghreb, ajoutant qu’il s’agit là d’un « changement incroyable, quand on pense à toutes les années où la France a toujours défendu le Maroc contre l’UE, contre l’Algérie, devant le monde entier », rapporte le journal El Pais.

« Je pense que la France ne pouvait pas faire autrement, c’est le minimum », indique pour sa part Khadija Mohsen-Finan, professeur à l’université Paris 1 et spécialiste du Maroc et du Maghreb, qui affirme que « cette crise ne changera peut-être pas les choses, mais elle a levé le voile. On a vu que le Maroc est capable d’aller très loin : jeter ses enfants à la mer, exploiter sa jeunesse qui est désespérée ».

Mais la France fait la part des choses. Elle distingue bien la crise migratoire née du manque de contrôle aux frontières du côté du Maroc, de la crise diplomatique provoquée par l’accueil par l’Espagne de Brahim Ghali dans un hôpital de Logroño. Si elle dénonce l’attitude du Maroc dans le premier cas et exprime sa solidarité à l’Espagne, dans le second cas en revanche, la France accuse l’Espagne. « La question de l’accueil d’une personnalité du Polisario concerne la relation hispano-marocaine », souligne Christian Cambon, président de la commission des Affaires étrangères et de la défense du Sénat français, et du groupe d’amitié France-Maroc, qui explique qu’« en matière de flux migratoires, il y a une responsabilité européenne qui nous concerne tous. Nous ne sommes pas plus en faveur de l’Espagne que du Maroc, ni moins de l’Espagne que du Maroc. Ce sont deux pays amis, alliés, qui doivent sans aucun doute travailler ensemble ».

Pour Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères, l’Espagne et le Maroc ont « une relation assez compliquée » qui doit être « rétablie de la meilleure façon possible ». Selon lui, le Maroc est un « partenaire essentiel de la France » dans la lutte contre le terrorisme et « crucial » de l’UE en matière de contrôle des flux migratoires. Mohsen-Finan reste aussi « sceptique » par rapport à la position de la France envers le Maroc, car développe-t-elle, « la France a besoin d’un allié au Maghreb ».

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