Les sardines s’éloignent, le carburant flambe : le double piège des pêcheurs marocains
Les sardines se déplaceraient vers des eaux plus fraîches et plus éloignées des zones de pêche habituelles au Maroc. Un problème pour les pêcheurs, contraints de parcourir davantage de distance au moment où le carburant se renchérit fortement.
Le phénomène est décrit par Rashid Sumaila, professeur à l’Université de Colombie-Britannique et spécialiste de l’économie des pêches, interrogé par Fortune.
Très sensible à la température de l’eau, la sardine suit les zones qui lui sont favorables lorsque l’océan se réchauffe. Selon le chercheur, cette évolution touche également le Maroc : les pêcheurs doivent alors aller plus loin pour retrouver les bancs, avec des trajets plus longs et des captures devenues moins prévisibles.
Cette pression intervient alors que les débarquements marocains de sardines se sont déjà effondrés. Ils sont passés d’environ 965 000 tonnes en 2022 à 525 000 tonnes en 2024, soit une chute proche de 46 %.
Le Maroc a déjà pris plusieurs mesures face à la raréfaction de la sardine, dont la suspension des exportations de sardines congelées afin de privilégier l’approvisionnement du marché intérieur.
Sur Bladi.net : Pêche maritime au Maroc : l’épuisement des stocks menace le premier exportateur africain
Le changement climatique n’explique toutefois pas à lui seul cette chute. Rashid Sumaila cite également la surpêche, la pollution et d’autres pressions exercées sur les écosystèmes marins.
Une étude scientifique publiée en juillet 2026 sur les stocks marocains aboutit elle aussi à un constat préoccupant. Les chercheurs relèvent une surexploitation particulièrement importante dans la zone sud de l’Atlantique marocain, où la biomasse étudiée reste très inférieure au niveau permettant un rendement durable.
Plus de distance au moment où le carburant augmente
Pour les pêcheurs marocains, le déplacement de la ressource pose aujourd’hui un problème supplémentaire : le prix nécessaire pour aller la chercher.
Fortune souligne que les tensions provoquées par la guerre en Iran et les perturbations dans le détroit d’Ormuz ont entraîné une forte hausse des cours pétroliers. Les navires doivent donc potentiellement parcourir davantage de milles au moment même où chaque déplacement coûte plus cher.
C’est ce que Rashid Sumaila décrit comme un double choc : moins de poissons accessibles à proximité et davantage de carburant nécessaire pour les atteindre.
Cette combinaison peut peser directement sur la rentabilité des sorties en mer. Plus les bateaux s’éloignent, plus ils consomment de carburant, mobilisent longtemps leurs équipages et prennent le risque de revenir avec une cargaison insuffisante.
La raréfaction de la sardine marocaine commence déjà à perturber les conserveries européennes. L’Espagne tente également depuis plusieurs mois d’obtenir un assouplissement des restrictions marocaines sur les exportations de poisson congelé.
Sur Bladi.net : Sardines marocaines : l’Espagne revient frapper à la porte
La situation est d’autant plus sensible que le Maroc occupe une place majeure dans le commerce mondial de la sardine. La baisse de ses captures affecte donc simultanément les pêcheurs, les conserveries marocaines, le marché intérieur et les industriels étrangers dépendants de cette matière première.
Pour les professionnels marocains, l’équation se complique ainsi encore : la sardine devient plus difficile à trouver alors que le coût pour aller la chercher augmente.