Le rêve d’Union méditerranéenne

- 10h51 - France - Ecrit par : L.A

Nicolas Sarkozy est arrivé hier au Maroc pour une visite d’Etat de trois jours destinée à rattraper le ratage diplomatique de juillet, lorsque Rabat avait refusé d’être la dernière étape d’une mini-tournée au Maghreb commencée par Alger, la grande rivale. Il vient aussi « vendre » son projet d’Union méditerranéenne (UM), présenté comme une priorité diplomatique. Le président français doit prononcer, aujourd’hui à Tanger, un discours sur ce projet.

A ce jour, l’allocution la plus élaborée de Sarkozy sur son grand dessein méditerranéen remonte au 7 février, le jour même où il avait également fustigé « ceux qui égorgent des moutons dans leurs baignoires ». Evidemment, l’UM n’avait pas fait les gros titres ce jour-là. C’est pourtant la seule initiative diplomatique entièrement prise par le nouveau Président, qui n’entend rien moins qu’« engager la Méditerranée sur la voie de la réunification après douze siècles de déchirement ».

Agonie. Mais, au-delà des considérations électoralistes destinées à adoucir son profil anti-immigrés, pourquoi diable relancer cette « vieille lune » de grande famille méditerranéenne au moment où les foyers de tensions s’y multiplient et où le processus euroméditerranéen de Barcelone, lancé en 1995, est en coma végétatif ? C’est justement parce que les menaces (terrorisme, émigration clandestine, radicalisation et extension du conflit israélo-palestinien) s’accumulent qu’il faut agir, répond en substance un diplomate français, tout comme les Américains très présents au Proche-Orient et de plus en plus actifs au Maghreb.

Prenant acte de l’agonie de la politique arabe qu’il n’a jamais portée dans son cœur, Nicolas Sarkozy pense avoir trouvé là un terrain à la mesure de l’influence de la France. Il veut aussi contrebalancer l’Union européenne, trop tournée vers l’Est cette dernière décennie. Dernier argument, moins avouable : la future UM offrirait un dérivatif idéal aux ambitions européennes de la Turquie, dont Sarkozy ne veut pas dans l’UE.

Lancée dans le style propre à Sarkozy – une idée simple et pragmatique, quelques formules fortes mais pas de détails – l’UM reste très floue : quel financement, quelle articulation avec les forums déjà existants ?

A tel point que personne ne s’est précipité pour accepter le job de représentant spécial du Président : Michel Rocard, Alain Juppé et Jack Lang ont décliné l’offre et ce sera Henri Guaino, le père présumé de l’UM, qui s’y collera.

Le conseiller du Président a la redoutable mission de monter un sommet fondateur de chefs d’Etat, qui aura lieu à Paris ou à Marseille en juin 2008, juste avant la présidence française de l’UE. Pas évident : au Sud, l’accueil est poli et circonspect en attendant de savoir ce qu’il y a à gagner en échange des habituelles demandes de lutte contre le terrorisme et l’émigration ; au Nord, l’Espagne n’a pas envie de se mettre à la remorque de la France. Sans compter Londres et Berlin qui ne souhaitent pas financer la grandeur retrouvée de Paris en Méditerranée.

Du concret. Peu à peu, la future UM prend forme. « Le modèle, c’est l’UE, précise un diplomate français. Mais nous n’arriverons pas tout de suite à un tel niveau d’intégration. L’idée, c’est de favoriser des coopérations concrètes à géométrie variable sur l’écologie, sur l’interconnexion électrique, sur les échanges universitaires ou sur la création d’une banque d’investissement. En 1951, au moment de la mise en place de la Communauté économique pour le charbon et l’acier, la France et l’Allemagne ne se parlaient pas encore. C’est la même chose entre le Maroc et l’Algérie : s’ils ne sont pas mûrs pour parler du Sahara, ils ont des intérêts communs dans l’électricité. »Rien que du concret. Mais même le concret peut se révéler explosif : il suffit d’évoquer la marée noire au Liban, causée par les bombardements israéliens de juillet 2006. Les diplomates évoquent de plus en plus ouvertement un processus démarrant sans la Méditerranée orientale, trop conflictuelle. Cette solution aurait aussi l’avantage de ménager la Turquie, qui ne veut pas entendre parler du « piège » de l’UM.

Libération.fr - Christophe Ayad

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