Après Sebta, un ancien amiral espagnol veut que Madrid revoie son soutien au Maroc sur le Sahara

- 21h00 - Espagne - Ecrit par : Nadia El Aoudani

L’Espagne pourrait remettre en cause son soutien au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental. C’est la proposition de Juan Rodríguez Garat, ancien amiral de la marine espagnole, qui accuse Rabat d’exercer des pressions sur Madrid après les incidents navals survenus au large de Ceuta.

Le Sahara comme moyen de pression contre le Maroc. Dans un entretien accordé ce jeudi 15 octobre au quotidien espagnol 20minutos, l’amiral à la retraite Juan Rodríguez Garat propose à Madrid de remettre en question son soutien au plan marocain d’autonomie. Une riposte diplomatique qu’il juge particulièrement efficace après les tensions entre les marines des deux pays au large de Ceuta, en juillet dernier.

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Pour l’ancien haut gradé, la réponse espagnole ne devrait pas se limiter au déploiement de navires militaires. Il préconise un durcissement des relations diplomatiques avec Rabat, en utilisant le dossier du Sahara occidental comme principal levier.

« L’Espagne pourrait reconsidérer sa position sur ce territoire », déclare-t-il. Il estime qu’une telle mesure constituerait probablement la réponse la plus efficace aux pressions qu’il attribue au Maroc.

La proposition vise directement le changement historique de position décidé par Pedro Sánchez en mars 2022. Le chef du gouvernement espagnol avait alors reconnu l’initiative marocaine d’autonomie, présentée en 2007, comme la base la plus sérieuse, crédible et réaliste pour résoudre le différend autour du Sahara occidental. Ce rapprochement avait ouvert une nouvelle étape dans les relations entre Madrid et Rabat, tout en provoquant une crise avec l’Algérie.

Quatre ans plus tard, Juan Rodríguez Garat considère que cette stratégie n’a pas produit les résultats escomptés. Il reproche au gouvernement espagnol d’avoir multiplié les concessions sans obtenir, selon lui, de garanties suffisantes concernant Ceuta et Melilla.

Le Sahara et l’Algérie au cœur des accusations

L’ancien amiral développe une interprétation des incidents survenus les 30 et 31 juillet, lorsque plusieurs bâtiments de la Marine royale marocaine sont entrés dans des eaux revendiquées par l’Espagne autour de Ceuta, au moment d’une crise migratoire majeure. Madrid avait alors mobilisé plusieurs navires pour renforcer sa présence dans la zone.

Mais, selon Rodríguez Garat, ces manœuvres n’avaient pas pour objectif immédiat de remettre en cause le contrôle espagnol sur Ceuta. Il estime que le Maroc cherchait avant tout à peser sur la politique régionale de Madrid.

Il avance notamment que Rabat aurait voulu décourager un rapprochement entre l’Espagne et l’Algérie, principal soutien régional du Front Polisario. Les discussions espagnoles autour de la nationalité des Sahraouis et les contacts diplomatiques avec Alger auraient, selon son analyse, contrarié les intérêts marocains.

Pour l’ancien militaire, le Sahara demeure la priorité stratégique de Rabat. Il ne croit d’ailleurs pas à une volonté marocaine de déclencher une guerre conventionnelle avec l’Espagne. Il qualifie plutôt les incidents de juillet d’opération de « guerre hybride », une accusation déjà formulée par un autre ancien responsable de l’armée espagnole.

Cette lecture contraste avec celle du gouvernement de Pedro Sánchez. Le président espagnol a reconnu le 12 octobre la présence de bâtiments marocains dans les eaux de Ceuta, tout en présentant l’épisode comme ponctuel. Sa porte-parole, Elma Saiz, a affirmé le lendemain que l’incident avait été résolu normalement grâce au dialogue entre deux pays entretenant des relations de bon voisinage.

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Rodríguez Garat rejette cette présentation. Il estime que le gouvernement espagnol cherche à préserver l’image d’une relation apaisée avec le Maroc, alors que l’armée a dû intervenir en mer. L’ancien amiral demande ainsi à Madrid de ne plus répondre aux tensions par de nouvelles concessions, mais par une politique diplomatique plus ferme.