Sebta : un ancien chef de l’armée espagnole accuse le Maroc de « guerre hybride »
Fulgencio Coll accuse le Maroc d’avoir utilisé les arrivées massives à Sebta comme une arme contre l’Espagne. L’ancien chef d’état-major de l’armée de terre réclame une présence militaire à la frontière et des pressions économiques sur Rabat.
« Une invasion en bonne et due forme » : c’est ainsi que le général décrit les événements de fin juillet dans un entretien publié ce samedi 3 octobre par OKDiario. Pour lui, les passages vers Sebta relevaient d’une opération planifiée, destinée à faire pression sur Madrid.
Sur Bladi.net : Sebta : Bourita assure à l’Espagne que le Maroc n’était pas derrière l’arrivée massive de migrants
Coll place cette accusation dans le cadre d’une « guerre hybride », menée avec des moyens qui ne sont pas nécessairement militaires. Il affirme que Rabat a instrumentalisé l’immigration et profité de la fragilité des institutions espagnoles pour avancer ses intérêts.
Ses critiques visent aussi le gouvernement de Pedro Sánchez, auquel il reproche d’avoir détourné le regard et de ne pas avoir répondu avec suffisamment de fermeté. Ancien responsable militaire, Fulgencio Coll est désormais engagé en politique comme porte-parole de Vox au conseil municipal de Palma.
Cette lecture diffère de celle présentée en septembre par José Manuel Albares. Le ministre espagnol des Affaires étrangères avait rapporté que Nasser Bourita niait toute implication marocaine dans l’afflux. Albares disait alors que Madrid ne pouvait pas certifier qui se trouvait derrière le mouvement.
Militariser la frontière et faire pression sur Rabat
Dans un autre volet de l’entretien, Coll défend un renforcement militaire du périmètre frontalier. Il estime que les forces de sécurité supportent une charge excessive et ont besoin d’un dispositif dissuasif. Il demande également l’intervention de Frontex.
L’agence européenne était pourtant déjà présente à Sebta pendant la crise, avec vingt agents. Son directeur, Hans Leijtens, a expliqué devant des députés néerlandais que Frontex avait surtout contribué à recueillir des informations, tandis que le contrôle de l’accès restait du ressort espagnol.
Au-delà des effectifs, Coll veut mobiliser les leviers économiques et commerciaux de l’Espagne et de l’Union européenne contre le Maroc. Il pousse son raisonnement jusqu’à évoquer un « casus belli », autrement dit un motif de guerre, si la défense de la souveraineté espagnole l’exigeait.
Sur Bladi.net : Après des semaines de crise à Ceuta, le Maroc fait une promesse à l’Espagne
Sur le terrain diplomatique, les deux pays poursuivent leurs échanges sur les retours. Lors d’une rencontre avec Albares à New York le 24 septembre, Bourita avait renouvelé la promesse de « pleine collaboration » du Maroc pour reprendre les migrants restés à Sebta qui ne peuvent bénéficier d’une protection internationale.