Sebta puis les « villes occupées » : la séquence d’Ahmed Toufiq devant Mohammed VI
Ahmed Toufiq a cité Sebta devant Mohammed VI avant de rappeler l’utilisation d’un ouvrage soufi dans la mobilisation des Marocains pour « libérer les territoires occupés ». En pleine tension avec l’Espagne, cet enchaînement retient l’attention, sans constituer une revendication officielle.
Le ministre des Habous et des Affaires islamiques s’exprimait lundi 24 août lors de la veillée religieuse présidée par Mohammed VI au Palais royal de Rabat pour l’Aïd Al-Mawlid. Il présentait au souverain le bilan annuel du Conseil supérieur des oulémas et des conseils scientifiques locaux.
Ahmed Toufiq a d’abord rappelé que Sebta avait donné au Maroc deux grandes figures religieuses : le cadi Ayyad, auteur d’« Al-Chifa », et Abou Al-Abbas Al-Azafi, auteur d’« Al-Durr Al-Munazzam ».
Le ministre a ensuite évoqué « Dalā’il al-Khayrāt », le célèbre recueil de prières sur le prophète composé par l’imam Al-Jazouli. Cet ouvrage, a-t-il déclaré, fut le « symbole des Marocains dans leur mobilisation pour libérer les villes occupées sur l’océan Atlantique au début de l’époque moderne ».
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L’enchaînement prend néanmoins une dimension particulière après la crise migratoire des 30 et 31 juillet à Sebta. Celle-ci a replacé le statut des deux villes au cœur du débat politique entre Rabat et Madrid. Abdellatif Ouahbi avait ensuite affirmé que le Maroc détenait des droits historiques et géographiques sur Sebta et Melilla, tandis que l’Espagne répondait que sa souveraineté n’était pas négociable.
Une formulation déjà utilisée en 2025
La référence aux « territoires occupés » n’a toutefois pas été conçue après la crise de Sebta. Elle figurait déjà dans une lettre adressée par Mohammed VI au Conseil supérieur des oulémas le 15 septembre 2025.
Le souverain y demandait de mettre en valeur « Dalā’il al-Khayrāt », en rappelant que ces prières avaient été brandies par les Marocains au XVe siècle « dans leur lutte sacrée pour libérer les territoires occupés ». La publication présentée lundi par Ahmed Toufiq s’inscrit donc dans un programme religieux lancé près d’un an auparavant pour commémorer les quinze siècles de la naissance du prophète.
Ce précédent affaiblit l’hypothèse d’une formule spécialement choisie pour envoyer un avertissement à Madrid. Mais le fait d’avoir cité Sebta, puis cette mobilisation historique, devant le roi et quelques semaines après une crise majeure laisse la séquence ouverte aux interprétations politiques.
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Le contexte espagnol renforce cette lecture. Madrid a envoyé plus de 150 militaires supplémentaires à Sebta et Pedro Sánchez a convoqué un Conseil de sécurité nationale réunissant notamment la Défense, l’Intérieur, les Affaires étrangères et les services de renseignement.