Taxe verte européenne : Le coup de pouce inattendu qui fait décoller les ports marocains

- 15h50 - Maroc - Ecrit par : Jalil Laamoudi

Le Maroc déploie une stratégie portuaire et logistique massive dans le détroit de Gibraltar. Face à des infrastructures espagnoles vieillissantes, les terminaux de Tanger Med et le futur pôle de Nador redessinent l’équilibre économique et géopolitique de la région.

Selon une analyse publiée par l’Université de Navarre, cette course à la suprématie maritime tourne actuellement à l’avantage du Royaume. En 2024, Tanger Med a traité 10,24 millions de conteneurs (EVP), soit plus du double du volume géré par son grand rival andalou, Algesiras (4,7 millions).

Lire plus : Tanger Med surpasse Algésiras et talonne désormais les géants Rotterdam et Anvers

Cette bascule s’explique par la forte automatisation des terminaux marocains et par l’impact direct de la « taxe verte » imposée par l’Union européenne. Cette mesure environnementale pousse de nombreuses compagnies maritimes à décharger leurs marchandises hors de la zone Schengen pour éviter des surcoûts considérables.

Le développement s’accélère avec le projet Nador West Med, dont la première phase devrait être opérationnelle entre fin 2026 et début 2027. Géré par Marsa Maroc et le groupe français CMA CGM, ce futur complexe ambitionne de traiter à terme jusqu’à 5,5 millions d’EVP annuels, rivalisant ainsi directement avec les capacités actuelles d’Algesiras.

Si l’Espagne conserve une avance confortable dans le domaine du gaz naturel liquéfié (GNL), ses lacunes en matière de modernisation portuaire suscitent l’inquiétude. Les professionnels andalous dénoncent notamment le paradoxe d’un financement partiel de Nador West Med par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

Lire plus : Nador West Med : le nouveau port marocain qui inquiète l’Espagne

Au-delà de la concurrence commerciale pure, ces mégaprojets s’inscrivent dans une vision diplomatique plus large. L’implantation stratégique de ces hubs vise à positionner le pays comme la porte d’entrée incontournable de l’Afrique et de l’Amérique latine vers l’Europe. Cette emprise logistique croissante autour de Ceuta et Melilla pourrait, à terme, asphyxier économiquement ces deux enclaves ou les rendre totalement dépendantes de leur environnement immédiat.