Ils ont transféré de l’argent en France, le Maroc veut savoir où il est passé
L’Office des changes a accéléré ses contrôles visant des investisseurs marocains à l’étranger. Ils sont soupçonnés d’avoir utilisé une partie de transferts autorisés pour financer des placements non déclarés, notamment en France et à Singapour.
Les transferts étaient autorisés, mais leur destination réelle intrigue désormais les autorités marocaines. Des contrôleurs de l’Office des changes ont intensifié leurs vérifications sur des investisseurs marocains soupçonnés d’avoir détourné une partie de fonds transférés légalement à l’étranger.
Sur Bladi.net : Maroc : L’Office des changes mène une enquête de grande envergure
Selon Hespress, les investigations portent sur des transferts bancaires accordés pour financer des projets d’investissement, mais dont une partie aurait servi à acquérir d’autres actifs non déclarés. Les placements repérés concerneraient notamment des actions, des actifs financiers, des titres d’investissement et des produits d’épargne sur des marchés européens et asiatiques.
La France et Singapour figurent parmi les pays cités dans les éléments recueillis par les contrôleurs. Les vérifications concernent une liste de six investisseurs, soupçonnés d’avoir détenu des biens, des comptes ou des actifs financiers à l’étranger sans les déclarer à l’Office des changes.
Les enquêteurs auraient également identifié des opérations portant sur des biens immobiliers et commerciaux, dont certains auraient ensuite été enregistrés au nom de proches. D’autres soupçons portent sur des irrégularités dans la déclaration des bénéfices réalisés à l’étranger et leur rapatriement tardif vers des comptes au Maroc.
Des transferts légaux devenus suspects
Les contrôles s’appuient sur des données réunies par le service de veille et d’analyse des risques de l’Office des changes, en coordination avec l’administration des douanes et la Direction générale des impôts. Les sociétés concernées opèrent dans plusieurs secteurs, dont le bâtiment, l’agroalimentaire, le textile, la distribution de médicaments, les nouvelles technologies et l’immobilier.
Les vérifications auraient permis de relever des incohérences entre les données comptables réelles de certaines entreprises et les déclarations transmises à l’Office des changes. Les autorités cherchent désormais à déterminer si des transferts autorisés pour des investissements précis ont été réorientés vers d’autres placements non déclarés.
Des demandes d’informations auraient aussi été adressées à des organismes de contrôle étrangers afin de retracer la circulation de fonds entre plusieurs pays. Les investisseurs et sociétés bénéficiaires de ces autorisations ont été invités à fournir des documents sur l’utilisation des montants transférés, les sommes rapatriées et la nature exacte de leurs activités.
Le dossier intervient dans un contexte d’assouplissement des règles d’investissement marocain à l’étranger. Depuis 2022, les investisseurs marocains peuvent transférer jusqu’à 200 millions de dirhams par an pour financer des projets hors du Maroc, sans restriction de destination. L’ancien plafond était de 150 millions de dirhams, avec une distinction entre l’Afrique et le reste du monde.
Sur Bladi.net : Maroc : l’Office des changes traque les fraudeurs
Mais cette ouverture s’accompagne désormais d’un contrôle renforcé. Les contrevenants risquent de lourdes sanctions financières, pouvant atteindre jusqu’à six fois la valeur des avoirs dissimulés. Ils pourraient également faire l’objet de poursuites pour transfert illégal de devises si les soupçons de manipulation des flux financiers sont confirmés.