Elle travaille dans le nucléaire français, mais cette Marocaine attend toujours sa naturalisation

- 15h00 - France - Ecrit par : Betty de G.

Ingénieure dans le nucléaire, installée en France depuis plus de dix ans, Sara attend une réponse à sa demande de naturalisation engagée il y a trois ans. Cette attente freine ses projets professionnels : les postes qui l’intéressent exigent souvent la nationalité française.

À 31 ans, cette Marocaine a construit sa vie en France. Arrivée après le baccalauréat, elle y a obtenu un master 2 en ingénierie avant de décrocher un CDI chez un prestataire d’EDF. Elle travaille sur le vieillissement des matériaux des centrales nucléaires, rapporte Le Monde.

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Son parcours correspond aux profils à « potentiel élevé pour notre pays » que la circulaire Retailleau de mai 2025 demande de prendre en considération. Pourtant, trois ans après le lancement de sa démarche, Sara attend toujours. Son récépissé attestant que le dossier était complet lui a été délivré à la mi-2025. Avec plus de dix ans de résidence en France, elle espérait une réponse en juin 2026.

Depuis, elle consulte quotidiennement son espace en ligne, actualise la page et guette une notification. L’attente finit par déborder sur ses nuits. Pacsée avec un Français, elle souhaite obtenir le droit de vote et devenir citoyenne du pays où elle a étudié, travaille et entend rester.

Cette démarche touche aussi à sa carrière. La majorité des offres d’emploi qui retiennent son attention exigent la nationalité française. Ses qualifications lui ont permis d’entrer dans le nucléaire ; elles ne suffisent pas à lui ouvrir tous les postes auxquels elle voudrait désormais accéder.

Des dossiers complets, mais toujours sans réponse

Sara retrouve cette même attente dans les témoignages d’autres candidats. Ingénieurs, salariés de grands groupes ou titulaires d’un passeport talent décrivent au Monde des échéances dépassées et des démarches restées sans réponse. Certains hésitent même à déménager, par crainte qu’un changement d’adresse ne retarde davantage leur dossier.

Ces difficultés ont été signalées au gouvernement. Fin 2025, la députée Renaissance Annaïg Le Meur l’a interrogé sur les délais de traitement dépassant les durées légales dans plusieurs régions. Un collectif de candidats dénonce également l’engorgement des services et des dossiers examinés sans respecter leur ordre d’arrivée.

Les données budgétaires montrent que l’attente s’allonge. Pour les demandes aboutissant à une décision favorable, le délai moyen après réception d’un dossier complet est passé de 300 jours en 2023 à 339 jours en 2024. L’administration évoque notamment la hausse des demandes et l’adaptation des services à la procédure numérique.

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Le nombre de candidats continue pourtant de grimper : 154 000 demandes ont été déposées en 2025, contre 90 000 en 2022. Sur la même année, 42 000 naturalisations ont été enregistrées, contre 89 000 en 2010.