Vie, rêves et excès des Maroxellois

- 00h10 - Belgique - Ecrit par : L.A

Par endroits, la ville de Bruxelles donne au visiteur cette impression, étonnante pour certains et dérangeante pour d’autres, de n’être qu’une partie d’une grande ville marocaine. À la sortie de la gare du Nord, rue de Brabant, on se croirait en plein dans l’une des artères commerçantes et grouillantes de monde de Derb Omar à Casablanca.

Les devantures regorgent de caftans traditionnels, de nécessaires typiquement marocains d’aménagement d’intérieur... Même les marchandages se déroulent, longues et irritantes, comme au Maroc. Malgré la suractivité des commerces, certains de leurs tenanciers maugréent, presque désespérés : « Il ne reste pas grand chose à gagner dans ce pays ».

L’un d’eux, Omar, tient un magasin de vêtements. Il résume la situation en ces mots : « la plupart de ce qu’on gagne part en impôts et frais divers ».

Plus loin, au cœur de certains quartiers tels Scharbeek, Molenbeek, des vieux en gandouras discutent en gesticulant. Sous des enseignes écrites en arabe, des femmes en djellaba font leurs courses. Certaines discutent avec les vendeurs en darija, d’autres en berbère. Des filles voilées ou en habit moderne flânent d’un magasin à l’autre « juste pour le plaisir des yeux ». Mais, ce ne sont pas là les seuls citoyens d’origine marocaine vivant en Belgique.

Certains, même en ayant réussi une fulgurante ascension sociale, habitent encore dans des quartiers classés ouvriers. D’autres résident dans les quartiers chics d’un bout à l’autre de la Belgique, en Flandres, en Wallonie ou à Bruxelles. Parmi eux, il n’y a pas que des footballeurs, mais également des avocats, des médecins, des architectes, des chercheurs...

De tout ce beau monde, les média parlent si peu, préférant se focaliser sur les nouveaux Belges qui posent problème. « Ce sujet semble plus vendeur », commente un éducateur de jeunesse.

Par ailleurs, souvent, les citoyens belges d’origine marocaine, surtout ceux qui appartiennent à la troisième génération, préfèrent eux-mêmes qu’on ne rappelle pas tout le temps leur origine. Certaines parmi les personnes concernées appellent cela de la stigmatisation.

Pourtant, en choisissant d’être peu visibles, ces Belges d’origine marocaine font que l’image qui reste la plus couramment véhiculée de leur communauté est celle de fouteurs de troubles dans les quartiers chauds, d’arracheurs de sacs aux vieilles dames, d’agresseurs ...

Pour parler de tout cela, des jeunes et des moins jeunes se rencontrent, par petits groupes dans leurs « coins ». Ils se retrouvent notamment dans des cafés qui ne désemplissent que tard dans la nuit.

Nombreux sont les militants associatifs, les sportifs, les politiques et les artistes d’origine marocaine qui se donnent rendez-vous à Avenida. Dans ce café sis à l’angle du boulevard du Midi et du boulevard Lemonier, à chaque groupe sa table, son thé à la menthe, son sujet de discussion.

En cette période électorale - la Belgique vivant ce dimanche 10 juin ses élections législatives - le ton semble polémique. Différents sujets concernant la communauté marocaine sont déballés : la représentation politique, l’interdiction du voile, la religion, les hauts et les bas de la communauté marocaine en Belgique, le retour imminent au pays...

Au fil des échanges, le passé est revisité, le présent analysé et l’avenir prédit non sans quelques soucis.

C’est autour d’un thé préparé avec de la menthe du bled que des Maroxellois nous ont parlé des sujets d’actualité qui les préoccupent le plus, sans faux-semblant ni tabou.

Politique : De nombreux Marocains s’affichent pour rien

Dans les commerces tenus par des Marocains, de nombreuses affiches électorales sont collées. La plupart sont celles de candidats belges d’origine marocaine. Mais, à quoi bon ?

Il y a en tout 80 candidats (autant d’hommes que de femmes) d’origine marocaine pour les législatives fédérales belges de cette année. La plupart sont en lice pour un poste de député au Parlement. Quelques uns sont en course pour le sénat.

Les uns et les autres se sont présentés en majorité dans la région de Bruxelles. Une dizaine seulement s’est présentée à Anvers. La majorité des candidats s’affichent sous les couleurs des socialistes. Mais certains se sont présentés parmi les centristes du CDH, les Ecolos ou les libéraux du Mouvement réformateur (MR).

Il y en a même, très peu nombreux, qui ne se sont pas gênés pour défendre les couleurs du Parti Jeune Musulman. Fondée par un Belge converti, cette formation n’avait aucune chance d’emporter le moindre siège. Elle n’en a pas eu.

Du reste, aucun des candidats d’origine marocaine n’est tête de liste, ni même deuxième ou troisième.

Ce trop plein de visibilité sur l’espace politique n’est pas du goût de nombreux citoyens belges d’origine marocaine.

« À l’heure où notre communauté est la plus visible dans les espaces artistique, culinaire, médiatique, politique, tant dans la rue, les quartiers de vie, les communes ou les régions du pays, sommes-nous si bien servis ? Sommes-nous si bien représentés que cela ? », s’interroge Ahmed Mahou, président en Belgique du Congress mondial des Marocains à l’étranger. Sa réponse est négative.

« A titre d’exemple, au niveau des régions, nos jeunes sont toujours victimes du délit de faciès sur le marché du travail. Ils représentent le plus gros taux de chômeurs tant ils n’arrivent pas à décrocher, ou difficilement, des emplois qui correspondent à leurs niveaux d’études et à leurs diplômes obtenus en Belgique.

Parfois même, pour décrocher un emploi de femme de ménage ou d’éboueur, on exige d’eux qu’ils parlent les deux principales langues du pays », explique-t-il, amer. Il ajoute : « quant à notre représentativité au niveau de l’islam, les autorités politiques interviennent toujours pour influencer nos décisions et font pression pour faire pencher la balance d’un côté ou d’un autre ».

Sa conclusion : « apparemment, la présence de certains des nôtres dans les différentes listes électorales démontre à ceux qui veulent bien les décoder que nous ne pèserons rien et que nous comptons pour rien, ne faisant que de la figuration ».

Autour d’Ahmed, cette thèse fait l’unanimité. « Mais pour qui votent donc les Belges d’origine marocaine ? ». Cette question amène à débattre d’un autre sujet plus polémique. Il a fait l’objet de plusieurs articles dans la presse belge où le sujet du « vote ethnique » et donc du « communautarisme » a été abordé.

Les résultats montrent aujourd’hui qu’il n’en a rien été. La baisse constatée dans les résultats du parti socialiste où se concentrent les candidats d’origine marocaine le prouve. Comme cela a été souvent répété au café Avenida, le vote ethnique n’était qu’une fantasmagorie préélectorale.

Le voile déchire la communauté marocaine

Samira est contre le port du voile. « Je ne l’annonce pas sur tous les toits, par solidarité avec celles qui le portent », souligne-t-elle. Et ils sont nombreux, sans être majoritaires, les hommes et les femmes d’origine marocaine qui ont cette même attitude.

De l’autre côté, ceux qui défendent, corps et âme, le port du voile ne se gênent pas pour le crier fort. Pour contrer son interdiction dans 90% des écoles de Bruxelles (la décision de l’interdiction est laissée en Belgique à l’appréciation des directeurs des établissements scolaires), un collectif vient d’être créé. Sa première action a été de réunir près de 200 manifestants, en majorité des filles voilées, pour réagir à la dernière interdiction du port de voile en date. Cette décision vient d’être prise dans l’Athénée (lycée) André Thomas à Forest. Devant le cabinet de la ministre de l’Enseignement en communauté française, les protestataires ont revendiqué le droit à la différence pour les filles qui portent le voile. Leurs slogans enflammés serviront-ils à quelque chose ? L’avenir le montrera.

En attendant, la question du port du voile ou de son interdiction anime de vives polémiques surtout dans la presse, ces derniers temps. Conduits par Nadia Geerts, auteur de « L’école à l’épreuve du voile », certains plaident, en pétitionnant même, pour l’interdiction. Leur principal argument comme souligné par N. Geerts dans l’hebdomadaire belge Le Vif : « sexué, le voile ébranle le principe de mixité et d’égalité ».

A l’opposé, d’autres, à leur tête Radouane Bouhlal, président du Mouvement contre le racisme et la xénophobie (Mrax), crie au scandale dans le même hebdo. Ce Marocain d’origine réplique : « la polémique sur le foulard est vraiment révélatrice d’un paternalisme larvé. »

Entre les défenseurs du port du voile et ses pourfendeurs, le combat - verbal- ne fait que commencer.

Molenbeek : Le projet d’une école islamique dérange

Au cœur du quartier Molenbeek, connu pour abriter une forte communauté d’origine marocaine, la mosquée Al-Khalil attire chaque jour de nombreux fidèles. Pour la prière du vendredi, elle est toujours archicomble.

L’imam est Marocain. Avec d’autres responsables de la mosquée, il vient de lancer l’idée d’installation d’une école islamique. Ce qui a été perçu comme un durcissement de ton de la part de la communauté musulmane, en réponse à l’interdiction du port de voile dans la plupart des établissements scolaires de Bruxelles.

Dans son prêche du vendredi dernier, l’imam s’est attaqué à ce qu’il a qualifié de cabale médiatique contre le projet. Contrairement à ce qui a été annoncé dans certains journaux, l’école, encore en projet, ne séparera pas les filles des garçons et sera ouverte aux musulmans et non musulmans. « C’est le programme officiel de l’enseignement belge qui y sera dispensé », a insisté l’imam.

Malgré ces précisions, nombreux sont ceux qui restent sceptiques quant à l’utilité de l’installation d’une école dite islamique. La réaction par voie de presse de Radouane Bouhlal, président du Mrax va droit au fond du problème : « Je ne crois pas que créer une école islamique soit une idée formidable, mais c’est ce qui arrive quand les gens se sentent exclus de l’école traditionnelle ».

Le Reporter - Mohamed Zainabi

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