Le Web ouvre des espaces de liberté au Maroc

- 10h41 - Maroc - Ecrit par : L.A

Entre défouloir et agora, la blogosphère du royaume chérifien, appelée "blogoma", est la plus active du Maghreb. La semaine dernière les premiers « Maroc Blog Awards » ont révélé la particularité de la blogosphère marocaine : éclose en 2004, elle est la plus active du Maghreb avec ses 20 000 à 30 000 adresses (pour 4 millions d’internautes), cinq fois plus qu’en Algérie.

La « blogoma » rassemble surtout adolescents, étudiants ou jeunes cadres urbains, instruits et plutôt aisés. Dont un bon tiers de Marocains de l’étranger. À l’instar de Larbi, 32 ans, consultant auprès de banques parisiennes, auteur de 481 billets et grand vainqueur des Maroc Blog Awards. Chaque jour, 3 500 visiteurs se délectent de ses analyses fines et vulgarisées sur Larbi.org, qui jette souvent des pavés dans la mare de l’actualité marocaine.

Certains estiment que la gent féminine est majoritaire, à l’instar des blogueuses saoudiennes et iraniennes. Elles sont, en tout cas, surreprésentées par rapport à leur place dans la vie publique ou les médias. « Les blogs sont le meilleur moyen de débattre en contournant la censure », assure Tarik Essaadi, dont l’ancien blog Aljinane a reçu en 2005 un prix de Reporters sans frontières.

Si le pouvoir a bloqué YouTube cinq jours en mai 2007, aucun blogueur du royaume n’a été censuré, contrairement à des homologues tunisiens (Zouhair Yahyaoui) et égyptiens (Karim Amer).

"Beaucoup de blogueurs restent très rigoristes"

Peut-on tranquillement égratigner les tabous sur la « blogoma », notamment le trio sacré au Maroc « Dieu, le roi, la patrie » ? Oui, mais cela reste très minoritaire. « Les athées, les homosexuels ont pu montrer qu’ils existent », constate Larbi. Certains blogs, très osés, sont dédiés au sexe. « Mais beaucoup de blogueurs restent très rigoristes. »

Citoyenhmida, 64 ans, ex-banquier de Rabat et doyen de la blogoma, assure que « critiquer la concentration du pouvoir monarchique, sans s’en prendre directement au roi, est désormais un acquis ». Quant au conflit du Sahara, « ce n’est pas un sujet sur la blogoma, mais surtout parce que les jeunes ne se sentent pas concernés », analyse la journaliste Nadia Lamlili.

La blogoma reflète le grand écart de la société entre une minorité moderniste et une majorité conservatrice. Le contraste est saisissant entre blogs francophones et arabophones, « souvent hébergés, explique Tarik Essaadi, par des plates-formes égyptiennes ». On se passionne d’un côté pour les procès intentés à la presse ou les élections législatives. De l’autre, on s’insurge contre les conflits israélo-palestinien et irakien. Et chacun révèle ses débordements, qu’il s’agisse de vidéos de lycéennes nues sur des skyblogs ados, ou de fatwas haineuses relayées par des blogs intégristes, tout cela facilité par un anonymat prévalent.

Peu de blogueurs se considèrent comme un contre-pouvoir
Quelle est l’influence réelle de la blogoma ? Le journalisme citoyen peut être efficace. L’an dernier, un haut responsable des télécoms a été limogé à la suite d’un article de Rachid Jankari révélant les frais faramineux d’un déplacement professionnel en Nouvelle-Zélande. Mais peu de blogueurs se considèrent comme un contre-pouvoir. Selon Citoyenhmida, « la blogoma réagit plus qu’elle ne réfléchit ».

« C’est surtout un espace de divertissement et de défoulement », ajoute Tarik Essaadi. Même la minorité engagée ne s’estime pas écoutée par les décideurs, complète Nadia Lamlili. « Ils suivent de près la blogoma, mais de façon sécuritaire. Cela dit, elle permet de détecter ce que pensent les jeunes d’aujourd’hui. »

Et ceux-ci sont avides de « s’ouvrir au monde, donner une autre image du Maroc, qui a droit à sa place sur le Web », selon Younès Qassimi, 25 ans, coorganisateur des Maroc Blog Awards. « Les entreprises qui se créent sur le Web trouvent plus facilement des financements, contournent les obstacles administratifs, explique-t-il. La blogoma fait émerger des talents, elle compense les carences démocratiques de l’éducation au Maroc. Les recruteurs européens, ils commencent d’abord par taper ton nom sur Google. »

La Croix - Cerise Maréchaud

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