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Would Chaâb, enfant du peuple

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22 décembre 2007 - 10h08 - Culture

Une chanson qui cartonne, des textes “politiquement incorrects” et un flow d’une redoutable efficacité… La carrière de Would Chaâb, le lauréat de L’Boulevard 2007, ne fait que commencer. “J’aime beaucoup ce que fait Would Chaâb. Non seulement il est l’un des meilleurs producteurs du moment, mais sa musique se distingue par des textes percutants et un certain franc-parler. Et c’est quelque chose de plus en plus rare dans le rap marocain”. Le compliment est de taille, surtout qu’il sort de la bouche de Bigg, qui n’a pas pour habitude d’encenser ses confrères rappeurs.

C’est qu’en Would Chaâb, celui que l’on surnomme El Khasser a probablement trouvé son alter ego rbati : un même flow enragé, des textes engagés et, surtout, une aversion certaine pour le “moralement correct”. “Je ne suis pas un rappeur qui joue un rôle. Would Chaâb, c’est tout simplement mon côté rue, que j’applique artistiquement, à travers le rap”, affirme Youssef quand il parle de sa musique. Ses sources d’inspiration, c’est sa réalité, celle de son quotidien à Rabat, dont il parle notamment dans son titre Dima, que les stations radio passent actuellement en boucle. Une chronique acide de la vie acerbe dans la capitale, où tout le monde en prend pour son grade : l’administration, les ministres, le Rabat “d’en haut”… avec des textes tout sauf éduclorés. Une maturité étonnante, quand on sait que, jusqu’à présent, Would Chaâb n’a pas sorti le moindre album. “J’essaie d’évoluer doucement mais sûrement. Je préfère prendre mon temps, sans griller les étapes”, explique-t-il.

Du basket au hip hop

Natif de Rabat en 1983, Youssef grandit dans le quartier chaud de Youssoufia. Fan de NBA (le championnat de basket américain), il est d’abord attiré par les parquets, et tente même une carrière dans un club local. L’expérience n’aura pas de suite, puisque l’ado est happé par un autre pan de la culture US : le hip hop. Youssef pratique donc le subtil art de la rime avec Capital Clan, un collectif composé de cinq membres, créé en 2002 avec la complicité d’un autre rappeur rbati, Colonel. À l’époque, il se fait encore appeler Sharman et se fait les griffes au gré des impros et des petites scènes.

Trois années et plusieurs singles et mixtapes plus tard, il décide de quitter Capital Clan pour voler de ses propres ailes. En 2005, il sort un premier maxi, intitulé Reb El khelâa, qui commence à définir l’identité qu’il veut donner à sa musique. Les choses sérieuses commencent un an plus tard. Sharman change de nom de scène, pour devenir Would Chaâb (littéralement “Enfant du peuple”), et enregistre Ghir Mamsalich, un maxi composé de 14 titres qu’il sort en 300 exemplaires et qu’il insère dans son dossier de candidature pour participer à l’édition 2007 de L’Boulevard. L’originalité de l’opus et la qualité de sa production tapent dans l’oreille du jury du festival casablancais, qui le sélectionne sans hésitation. Bien lui en prit.

Sur scène, Would Chaâb démontre qu’en plus d’être un rappeur chevronné et un producteur de talent, il est aussi un véritable showman. Dans la foulée, il rafle sans grande surprise la première place de la catégorie rap - hip hop. Une récompense méritée, et amplement justifiée par le triomphe que lui fit le public du stade du RUC, comme l’avait fait celui du Lycée Lyautey quelques semaines auparavant, en première partie d’un concert de Bigg. La suite, on la connaît. Un single qui passe sur les radios et un petit début de célébrité et de reconnaissance, qui ne semblent pas faire tourner la tête au rappeur. Plutôt “old school” dans l’âme, il prend très au sérieux son travail : “Pour moi le hiphop, c’est un art global, qui regroupe musique, textes, danse, ou encore graffitis. C’est le 8ème art, et il ne doit pas être pris à la légère”. Du coup, il continue à travailler sur des maxis, reportant sans cesse la sortie d’un éventuel album : “Je ne veux pas décevoir le public en sortant un disque sans concept ni originalité”. En attendant une imminente signature avec une maison de disques ? Que nenni ! L’homme tient mordicus à rester musicalement indépendant. “Je suis quelqu’un qui aime le leadership, je ne supporte pas qu’on me dicte ce que je dois faire. C’est pourquoi je veux continuer à produire moi-même ma musique”.

TelQuel - Meryem Saadi

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