Déchets sur les plages : le Maroc fait cinq fois mieux que la Tunisie et huit fois mieux que l’Égypte
Les plages marocaines présentent le plus faible niveau de déchets parmi les trois pays étudiés. Ce résultat pourrait notamment s’expliquer par les programmes Plages propres et Pavillon bleu, mais les chercheurs refusent d’établir un lien définitif en raison de données encore inégales.
Le Maroc devance la Tunisie et l’Égypte dans une étude consacrée aux déchets visibles sur les plages méditerranéennes. Les chercheurs ont comptabilisé les objets de plus de 25 millimètres : mégots, emballages, bouteilles et autres déchets solides abandonnés ou rejetés par la mer.
Leur travail publié le 10 août 2026 dans la revue Discover Sustainability combine des campagnes menées entre 2021 et 2023 avec des données scientifiques collectées de 2015 à 2023.
Dans cet ensemble, les plages marocaines affichaient une moyenne de 0,33 déchet par mètre carré. Le niveau atteignait 1,75 en Tunisie et 2,77 en Égypte. La médiane, qui limite l’effet des valeurs extrêmes, s’établissait respectivement à 0,10, 0,96 et 2,44 objet par mètre carré.
Le Maroc arrivait généralement en tête pendant la haute comme pendant la basse saison. Les chercheurs ont toutefois observé une augmentation de la quantité médiane de déchets sur les plages marocaines à partir de 2018.
Sur Bladi.net : Maroc : voici les plages les plus propres cette année (classement 2026)
La comparaison doit également être interprétée avec prudence. Elle repose sur 111 échantillons marocains, contre 58 tunisiens et seulement sept égyptiens. Pour l’Égypte, les relevés disponibles ne couvraient que le printemps 2022.
Aucune donnée n’a par ailleurs été trouvée pour les plages touristiques marocaines en été, précisément lorsque leur fréquentation est la plus forte. L’étude ne constitue donc pas un classement exhaustif de toutes les plages des trois pays.
Le résultat favorable au Maroc pourrait néanmoins être lié aux efforts engagés sur le littoral. Le programme Plages propres a été lancé en 1999 et les premières plages marocaines ont reçu le Pavillon bleu en 2002.
En 2026, 33 plages marocaines ont obtenu le Pavillon bleu. Le label impose notamment des nettoyages réguliers, des campagnes de sensibilisation ainsi que des équipements sanitaires et de sécurité.
Les limites cachées derrière les labels
La situation est différente chez les deux voisins étudiés. La Tunisie ne compte plus de plage Pavillon bleu depuis l’arrêt du programme en 2016. Sur la côte méditerranéenne égyptienne, les chercheurs n’ont identifié aucune plage disposant d’un label écologique.
Ils ne peuvent cependant pas affirmer que le Pavillon bleu explique à lui seul la meilleure performance marocaine. Une population moins nombreuse sur la façade méditerranéenne du Royaume pourrait également rendre la pollution plus facile à contrôler.
L’étude met même en évidence les faiblesses des certifications environnementales. Sur 142 labels de plage et de tourisme recensés dans le monde, seulement 24 comportaient des mesures visant directement les déchets côtiers.
Ces labels couvraient entre 7 et 53 % des 43 mesures jugées utiles par les chercheurs. Seuls le Pavillon bleu et EarthCheck Destination dépassaient la moitié. Des actions simples, comme distribuer des cendriers de poche, supprimer les plastiques à usage unique ou développer les contenants réutilisables, restent souvent absentes des critères.
Sur Bladi.net : Maroc : les estivants, ces pollueurs des plages
Les mégots et les plastiques jetables figurent pourtant parmi les déchets les plus fréquemment retrouvés sur les rivages nord-africains. Au Maroc, l’accumulation des ordures laissées par les estivants complique notamment le nettoyage des plages très fréquentées.
Les labels présentent une autre faiblesse : ils s’appliquent surtout aux plages urbaines et touristiques pendant la haute saison. Les côtes semi-rurales, reculées ou non labellisées restent largement en dehors de ces dispositifs.
Les opérations de nettoyage diminuent également en hiver. Les relevés marocains montrent justement une pollution plus importante pendant cette période sur certaines plages urbaines et touristiques. À l’inverse, les déchets augmentent en été sur les plages urbaines, sous l’effet probable de la fréquentation et d’une gestion insuffisante.
Le bon résultat marocain ne signifie donc pas que toutes les plages du Royaume sont propres. Certaines restent déconseillées à la baignade en raison de problèmes d’assainissement ou de qualité des eaux, tandis que l’incivisme continue de dégrader plusieurs sites touristiques.
Le Maroc fait mieux que la Tunisie et l’Égypte dans les relevés disponibles, mais cet avantage demeure fragile. Pour les chercheurs, les labels devront désormais mesurer des résultats concrets toute l’année, et non simplement vérifier le respect de critères pendant la saison touristique.