Maroc, Algérie : la Turquie vend ses drones à tout le monde

- 13h00 - Maroc - Ecrit par : Sébastien A.

Du Maroc à l’Arabie saoudite, la Turquie a imposé ses drones armés dans les principales armées arabes. TB2, Akinci, Anka-S et Aksungur équipent désormais des pays parfois rivaux, transformant Ankara en fournisseur incontournable du Maghreb et du Golfe.

En quelques années, les drones turcs ont gagné presque toute l’Afrique du Nord et une grande partie de la péninsule arabique. Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte, Soudan, Qatar, Koweït, Émirats arabes unis et Arabie saoudite ont acheté ou reçu des appareils produits par Baykar ou Turkish Aerospace Industries.

Cette expansion est retracée par Forbes, qui décrit une conquête commerciale allant du Maroc, sur l’Atlantique, jusqu’au Qatar, dans le Golfe. Ankara réussit même à vendre ses drones à des pays opposés sur plusieurs dossiers régionaux.

Le Maroc a été l’un des premiers clients maghrébins du Bayraktar TB2. Les Forces armées royales ont ensuite changé de catégorie avec l’Akinci, un drone plus lourd capable de transporter davantage de capteurs et de munitions. Les premiers Akinci destinés au Maroc ont été réceptionnés en 2025.

L’Algérie, pourtant rivale du Maroc, s’est tournée à son tour vers l’industrie turque. Alger a commandé des Anka-S et des Aksungur développés par Turkish Aerospace Industries. La Turquie équipe ainsi simultanément les deux principales puissances militaires du Maghreb, sans choisir entre elles.

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La Tunisie exploite pour sa part des Anka-S, tandis que la Libye illustre encore mieux le pragmatisme turc. En 2020, les TB2 déployés par Ankara avaient contribué à repousser l’offensive du maréchal Khalifa Haftar contre Tripoli. Six ans plus tard, des Akinci ont également été repérés dans l’est libyen contrôlé par ses forces.

La Turquie équipe donc désormais les deux camps libyens qu’elle opposait auparavant. Cette stratégie lui permet de maintenir une influence militaire sur l’ensemble du pays, indépendamment de l’évolution des alliances locales.

L’Égypte a également acquis des Akinci et engagé une coopération avec la Turquie pour assembler localement des drones. Certains appareils égyptiens auraient déjà été utilisés depuis le sud du pays dans le cadre de frappes liées à la guerre au Soudan.

Le Golfe abandonne progressivement les drones chinois

La percée turque est tout aussi spectaculaire dans le Golfe. Durant les années 2010, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis s’étaient principalement tournés vers les drones chinois, Washington refusant alors de leur vendre certains appareils armés.

Le rapprochement avec Ankara a changé la donne. L’Arabie saoudite a commandé des Akinci dans le cadre d’un accord comprenant un transfert de technologie et une production conjointe. Baykar a présenté ce marché comme le plus important contrat d’exportation militaire et aéronautique de l’histoire de la Turquie.

Les Émirats arabes unis ont eux aussi acheté des TB2 et des Akinci. Leur groupe de défense Edge a même intégré une munition guidée émiratie sur le TB2, montrant que les ventes turques débouchent désormais sur des coopérations industrielles avec les pays clients.

Le Qatar avait ouvert la voie dès 2018 en achetant six TB2. Le Koweït a suivi avec une commande de 18 appareils évaluée à 370 millions de dollars. Dans le Conseil de coopération du Golfe, seuls Oman et Bahreïn ne disposent pas encore de drones turcs.

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Le succès d’Ankara repose sur une offre particulièrement adaptable. La Turquie propose des appareils moins coûteux que les grandes plateformes américaines, accepte plus facilement les transferts technologiques et peut accompagner ses contrats de formation, de maintenance ou de production locale.

Les drones turcs ont également été engagés en Libye, en Syrie, au Haut-Karabakh et en Ukraine. Cette expérience au combat a servi de vitrine à Baykar, qui affirme avoir conclu des contrats d’exportation du TB2 avec 34 pays et de l’Akinci avec 11 pays.

En 2024, Baykar avait réalisé 1,8 milliard de dollars d’exportations, représentant 90 % de ses revenus, selon les chiffres publiés par le constructeur. L’entreprise cite officiellement le Maroc parmi les pays africains ayant choisi ses appareils.

Au Maroc, cette relation pourrait aller au-delà des achats. Les dirigeants de Baykar ont créé Atlas Defense, une société déclarée dans la conception, la fabrication et la maintenance de drones. Une implantation industrielle turque au Maroc permettrait à Ankara de se rapprocher encore davantage de ses clients africains.

La Turquie est ainsi parvenue à équiper le Maroc et l’Algérie, les deux camps libyens, l’Égypte et plusieurs monarchies du Golfe. Ses drones ne sont plus seulement un produit d’exportation : ils sont devenus l’un des principaux instruments de son influence dans le monde arabe.