Affaire Thami Bennani : ce que cache encore le dossier judiciaire le plus mystérieux du Maroc
Dix-neuf ans se sont écoulés, mais la plaie reste béante. La Commission nationale pour la vérité et la justice pour le citoyen Thami Benani a lancé un véritable cri d’alarme, refusant que l’affaire du « jeune assassiné » ne soit enterrée sans que toute la lumière ne soit faite. Dans une déclaration au vitriol, l’instance pointe du doigt des dysfonctionnements majeurs et réclame la vérité sur le lieu où repose le corps, toujours introuvable.
Pour la Commission, le dossier Thami Bennani restera gravé comme l’une des pages les plus douloureuses de l’histoire judiciaire du pays. Depuis 2007, date de l’enlèvement, du meurtre et de la mutilation présumée du jeune homme, aucune réponse définitive n’a été apportée quant à la localisation de sa dépouille. Ce silence insoutenable a transformé l’affaire en une souffrance perpétuelle pour la famille, dont le père est décédé de chagrin et de maladie sans avoir pu faire ses adieux à son fils ni connaître son sort.
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L’instance des droits de l’homme n’hésite pas à évoquer des « manipulations » visant à étouffer la vérité. Elle souligne que la procédure a frôlé le classement sans suite avant d’être délibérément étouffée durant de longues années, alimentant les soupçons sur une volonté de protéger des enfants de hauts responsables. La Commission dénonce la disparition mystérieuse de documents officiels, ainsi que des pressions exercées sur la défense et les témoins, suggérant que la justice a été entravée pour garantir l’impunité de certains.
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Le communiqué soulève également des détails macabres qui entachent l’enquête. La famille aurait été orientée vers une fausse tombe contenant, après expertise, le corps d’une femme n’ayant aucun lien avec la victime. Plus troublant encore, des rapports feraient état de vêtements de la victime lavés par une médecin – une violation flagrante des procédures de préservation des preuves – et des interrogations subsistent sur la disparition d’organes vitaux (cœur, foie, reins), laissant planer le doute sur un possible trafic ou une destruction de preuves.
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Face à ces zones d’ombre, la Commission exige une réouverture complète et courageuse du dossier. Elle réclame des réponses claires sur les responsabilités de chacun dans la dissimulation du corps et la destruction des preuves, affirmant que l’affaire Benanni est devenue un miroir des limites de l’influence face au droit. L’organisme prévient qu’il ne gardera pas le silence tant que la dignité du citoyen et la primauté de la loi ne seront pas rétablies.