Qui a peur de l’amazighité ?

- 07h38 - Maroc - Ecrit par : Bladi.net

Pour son cinquième anniversaire, l’Institut Royal pour la culture amazigh (IRCAM) a choisi la célébration festive. Comme pour signifier que, malgré les problèmes, les lacunes, les promesses non tenues et les engagements non respectés par les uns et les autres, rien n’empêche de célébrer l’amazighité dans sa dimension artistique et créatrice. Car c’est justement là, dans le champ de l’art, que l’amazighité s’exprime le mieux, en tout cas le plus librement.

Cinq ans donc après le célébrissime discours royal d’Ajdir, texte fondateur pour l’IRCAM, le recteur de l’Institut, Ahmed Boukouss, a convié à un bilan d’étape. L’amazigh revient de loin. Mais la reconnaissance d’une identité suffit-elle à taire l’immensité de ce qui reste encore à faire pour que la présence amazighe ne relève plus du gadget institutionnel ? « Cette reconnaissance a eu un effet considérable sur la conscience collective des Marocains qui commencent à se réconcilier avec l’autre part d’eux-mêmes. Sur le plan culturel et linguistique, la culture et la langue amazighes commencent à avoir droit de cité dans le système éducatif et dans le paysage médiatique marocains alors qu’elles y étaient exclues par une idéologie exclusive. Sur le plan psychologique, les Marocains, notamment de souche amazighe, se réapproprient leur identité individuelle et collective alors que naguère ils subissaient les affres du déni d’existence », expliquait il y a quelques jours Ahmed Boukouss à un quotidien de la place.
Oracle Content & Collaboration

Après cinq ans de reconnaissance de l’amazighité dans l’identité et la culture nationales, le bilan est en demi-teinte, entre acquis et lacunes. La codification de l’alphabet Tifinagh, homologué à l’échelle internationale, est vécue, à raison, comme une victoire sur ce que le recteur de l’IRCAM appelle l’idéologie exclusive, voire dominante. Dans les écoles, l’enseignement de la langue amazighe se fait peu à peu réalité, passé les difficultés et le déphasage des débuts. En 2006, 264 inspecteurs et 2122 enseignants du primaire de la langue amazighe ont été formés. Des manuels pédagogiques et didactiques ont été produits comme le manuel de l’élève et le guide du maître pour les quatre premiers niveaux de l’enseignement primaire.

C’est dans l’audiovisuel que le bât blesse. Si en matière d’enseignement et de production d’ouvrages, le contrat est en train d’être rempli, il n’en est pas de même à la télévision où l’amazighité ne jouit que de la portion congrue. « On a le sentiment qu’il y a volonté de circonscrire l’amazighité dans la dimension culturelle et surtout pas ailleurs », fait observer un activiste de la cause amazighe. Une convention avait pourtant été signée avec la SNRT. Un an après, force est de constater que le cahier des charges des deux télévisions nationales ne respecte pas les engagements en matière de réalisation de programmes culturels quotidiens et hebdomadaires, la diffusion de films et de pièces de théâtre en plus du journal télévisé de 2M qui continue d’ignorer les téléspectateurs amazighophones. Il y a quelques jours, le comité pour la défense de l’amazigh à la télévision faisait une sortie médiatique remarquée pour dénoncer l’exclusion de l’amazigh du petit écran et le non respect des engagements pris par le ministère de la Communication. « Des obstacles sont dressése manière volontaire par des mentalités rétrogrades qui sont le produit d’une certaine formation politique, éducative et idéologique », soutient M. Assid, membre actif et virulent de ce comité.

C’est donc la télévision qui catalyse tous les griefs des Imazighen et le recteur de l’IRCAM s’empresse de lever toute équivoque sur les quotas comme solution. Pour A. Boukouss, il s’agit de faire en sorte que la télévision nationale, service public par vocation, reflète la diversité culturelle et linguistique de la société marocaine. « Cela exige que soit accordée une place honorable à la production en langues nationales, entre 60 et 70% dont 30% reviendraient à la production amazighe », martèle-t-il.

Mardi soir, l’IRCAM conviait à une soirée artistique à l’occasion du cinquième anniversaire du discours d’Ajdir. L’instant est à la fête. Même si un goût d’inachevé persiste. « Nous pourrions faire beaucoup mieux et beaucoup plus si l’IRCAM évoluait dans un environnement politique, juridique et institutionnel favorable », reconnaissait mardi sur les colonnes d’un journal Ahmed Boukouss.

Narjis Rerhaye - Libération

  • Le bilan de l'Ircam

    Où en est l'amazighité six ans après le discours royal d'Agadir ? Discours qui marque aussi la naissance de l'Institut royal de la culture amazighe (Ircam). Le bilan de cette expérience, initiée en 2001, a été présenté par Ahmed Boukouss, président de l'Institut, vendredi dernier à Rabat. Ce fut ainsi l'occasion de détailler les différentes actions menées par l'Ircam pour la sauvegarde et la promotion de la langue et culture amazigh au sein de la société marocaine.

  • Tamazight à la recherche d'une visibilité

    La création d'une chaîne de télévision berbère est encore au stade de projet. Sa mise sur pied devrait enrichir le paysage audiovisuel national. Le 19 juillet dernier, Nabil Benabdellah, ministre de la Communication, annonçait qu'un projet de création d'une chaîne de télévision en langue berbère était en cours d'examen. Salué par l'IRCAM, qui a estimé qu'une chaîne "exclusivement amazighe représente une valeur ajoutée à la culture nationale".

  • Une chaîne amazighe en 2007

    Le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, M. Nabil Benabdallah a annoncé, vendredi à Rabat, la création, dans un an, d'une chaîne de télévision en langue amazighe.

  • La télé amazighe émettra en 2007

    « Tamazight » est le titre provisoire donné à la chaîne TV 100% amazighe qui sera diffusée par voie hertzienne et numérique à partir du deuxième semestre de l'année prochaine.

  • L'amazigh fait son entrée dans les universités

    L'enseignement de l'amazigh franchit une nouvelle étape au Maroc, après la décision de l'Ircam d'insérer les études berbères à l'université. Ahmed Boukous, recteur de l'Institut royal de la culture amazighe, révèle un ensemble de projets au titre de la saison en cours, dont notamment l'entrée de l'amazigh dans les universités.

  • L'amazigh, une langue toujours aussi marginalisée

    En 2003, tous les amazighophones ont crié victoire. La langue amazighe et le tifinagh seront enfin enseignés à l'école et généralisés les années suivantes à l'ensemble du territoire national. Le discours royal de 2001 et le partenariat avec le ministère de l'Education nationale signé en 2003 ont amplement contribué à concrétiser les choses. Enfin, la langue et la culture amazighes vont retrouver leur place au sein de la société. Mais très vite, les premiers espoirs font place aux déceptions.

  • Constitution : Prêts pour le Tamazight ?

    Tamazgha, une ONG qui défend les droits des Imazighen, vient de présenter aux Nations-Unies un rapport très attendu sur “L'Etat marocain et la question amazighe”.

  • Création du prix national de la chanson amazighe

    Une convention portant sur la création d'un Prix national de la chanson amazighe moderne, a été signée entre l'Institut royal de la culture amazigh (IRCAM) et l'association Festival international de Rabat.

  • L'amazighité devant le Conseil des droits de l'Homme à Genève

    En ces temps agités où l'amazighité fait figure de cheval de bataille brandi bien tardivement par des partis de la mouvance populaire et alors que des activistes imazighen sonnent le tocsin de la mobilisation pour la libération des détenus de Boumaln Dades, la question amazighe est arrivée jusqu'au Conseil des droits de l'Homme qui tient session à Genève.

  • Démission d'administrateurs de l'Institut royal amazighe

    Sept défenseurs de la culture amazighe (berbère) ont quitté le conseil d'administration de l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), jugeant insuffisante l'action menée dans ce domaine au Maroc, a-t-on appris mercredi à Rabat. Ces démissionnaires ont insisté, dans un communiqué diffusé mercredi, sur le fait que la langue amazighe doit être inscrite comme langue officielle dans la Constitution du royaume.