Arts et création artistique : la représentation de la femme dans la peinture

- 10h34 - Maroc - Ecrit par :

Voici l’été, et les corps seront mis en évidence. Jadis sous-jacent dans les mœurs, ils étaient célébrés dans le chant et la poésie, aujourd’hui ils sont vus, mais leurs saisies artistiques sont des tentatives confuses. Analyse de cet objet des désirs obscurs.

Dans « Lala Ghita », poème chanté du malhoun, par la voix un peu éraillée de Haj El Houcine Toulali, nous avons la description parfaite d’un corps d’adolescente très belle.

Le pauvre amoureux nous demande d’intercéder en sa faveur auprès de cette insouciante. Une demande d’intercession que le refrain reprend jusqu’au crescendo du final : “Dites à Ghita mon aimée ! ». D’ailleurs dans ce chant, il ne fait que justifier, à la fois son incapacité à soutenir le regard de Ghita, et en la surveillant donc de loin, il nous la décrit : une logique de composition magistrale, même si dans le feu de son délire attisé par le désir insoutenable, il lui arrive de s’adresser à elle directement, et alors nous devenons témoins de son mal d’amour. “Persuadez-la de libérer son esclave” ; cette femme est tyranique par sa seule présence. Comment est-elle donc cette séductrice, sans cœur ? Ah ! mes amis ; « Les roses chaque jour disent à ses joues : nous sommes sœurs ». Et encore ? « Sa poitrine est un verger bien gardé, plein de pommes qui soulèvent sa chemise, et que j’aimerais croquer ».

Et c’est là que commence le travail de l’historien de l’art. D’abord annonçons un théorème : aucune forme esthétique n’est tirée du néant, et comme disait le grand Goethe, le génie commence toujours par celui d’un autre, pour terminer par le sien propre. Et dans le cas du malhoun, c’est par l’art du conteur, pour terminer par un conte chanté. Sur la même cassette de Ghita, il y a un autre chant, celui du « Bracelet de Zhira », qui raconte aussi une autre histoire d’amour. Et toute la force du malhoun réside là, cette filiation du conte au chant, qui lui offre une assise solide.

Dans les grandes réalisations artistiques universelles, il y a eu de tout temps ces formes de vampirisation, et qui, sans annuler les précédentes créations, nourrissent les suivantes, où du moins fonctionnent comme des boutures pour se développer autrement. Mais les historiens comme des archéologues découvrent les fonds du départ ; et ainsi le premier d’entre eux, Hérodote a vite compris que l’art primitif grec est issu de l’art égyptien.
Pour la peinture marocaine, il y a de vraies filiations assumées et donc fécondes, et d’autres ou bricolées sans efforts, ou cachées et refoulées et qui finissent par anéantir la créativité.

Et si nous passons en revue les artistes marocains qui ont figuré le corps, c’est pour mettre en évidence les appuis de leur démarche.
Cherkaoui disait qu’il a souvent peint le visage de sa mère. Lui l’orphelin précoce, il a cherché les moyens les plus sublimes pour restituer la trace de l’être vénéré. L’abstraction qu’il a reçue comme mode d’expression, son intérêt pour des motifs traditionnels marocains, et la recherche continuelle des formes empruntée à Paul Klee ; Cherkaoui a su de ces différents héritages engendrer la peinture la plus marquante du monde arabe.

Belkahia, esthète, a trouvé par l’usage de la peau la résolution définitive à son besoin de célébrer le corps, par une expression nouvelle dans le champs artistique marocain. Paul Klee, André Masson et les traditions marocaines du tatouage, tous repris sur un support inventé.

Cet artiste restera comme celui qui a le premier tenté de configurer le corps désiré, non dans sa forme habituelle, mais reformulé et recomposé, car il est évident, pour nous, que le temps n’est pas à l’exhibition vulgaire.
Mohamed Drissi peingnait ce qu’il ressentait, aidé par sa grande maîtrise technique.
Un expressionniste qui tient de Groz et de Munch. Il est de cette deuxième génération des peintres, qui n’avaient plus à décliner leur citoyenneté dans leurs tableaux.

Mais si les corps se bousculent dans les scènes que cet artiste nous présente, leurs identités sont laissées floues, comme les peintres de baroques et romantiques européens allaient inviter leurs beautés dans des mythologies lointaines.
Kacimi opère de la même manière, dans un luxe de couleurs impressionnant, mais ses corps sont en flottaison.

Aziz Saïd est le plus explicité dans cette manière de faire coïncider la figuration du corps hérité de l’art européen, et la quête d’une identité. Un corps pris dans un mouvement (danse ?), en déséquilibre, et comme des talismans, des fragments de zellige couvrent des parties de ce corps méconnu.

Mais en repensant à notre poème du début, à cette supplique à Ghita, nous devinons l’âge de chacune de ses expressions de notre patrimoine : le conte et le chant ont des milliers d’années, la peinture en a, quant à elle, seulement cinquante ans et des poussières.

Amale Nazih - Lematin.ma

  • Rencontre à Safi sur la femme et l'écriture

    L'Union des écrivains du Maroc vient d'organiser à Safi une rencontre en hommage à l'artiste-peintre Chaïbia Tallal. Des écrivains et des critiques d'art ont évoqué l'œuvre d'un peintre qui a réinventé la vie.

  • Le chant de l'Atlas et le cycle de la nature

    Dans les montagnes de l'Atlas, qui s'étendent sur une vaste superficie du territoire du Maroc avec une diversité qui donne des complexes aux géographes et aux ethnographes, c'est tellement vaste et complexe, les chants et les rythmes sont au quotidien souvent les relais privilégiés des gestes du travail : labeur, moisson, vannage, moulage, cuisson du pain, toison, construction, montage d'une tente....

  • "Le FIS de la haine" ou comment les intégristes prennent en otage une société

    La société algérienne a besoin d'une sorte de psychanalyse sociale qui aille jusqu'au bout d'elle-même, vérifie ses paramètres, corrige ses hypocrisies, développe sa rationalité, en un mot émerge du chaos mental pour mieux maîtriser le monde du soi et le monde de l'autre. Il n'y a pas mille chemins pour cela mais un seul : dire et se dire la vérité, en finir avec les faux-semblants, les faux-fuyants, les mutismes névrotiques.

  • La fête des démocrates célèbre les femmes et les jeunes

    Samedi 26 juillet, la démocratie se fait festive. Le temps d'une journée et jusqu'au bout de la soirée, la démocratie n'est plus discours ; elle est joie de vivre. Le message est délivré en musique, dans la bonne humeur, entre la poire et le fromage. La fête des démocrates, qu'organise l'association Alternatives ce samedi à Casablanca, au complexe Al Amal, est d'abord et avant tout un espace de résistance pour montrer aux yeux du monde qu' « on peut vivre son islamité dans la joie de vivre ». Dès le matin, à 9h30 et jusqu'à 23h, la fête sera « rencontre d'échanges culturels et de convivialité pour la promotion et la défense des valeurs de progrès et de modernité au Maroc ».

  • Festival des musiques du désert : culture ancestrale et originalité musicale

    Ksar El Fida a vibré vendredi soir au rythme de la musique saharienne et africaine. Le public venu nombreux a été au rendez-vous avec le Malien Cheikh Tidiane Seck, l'Algérien Bali Othmani et les Marocains El Batoul Marouani et Saïd Chraïbi. Le chanteur malien s'était produit il y a une dizaine d'années à Casablanca, Tanger, Capo Negro, Fès, Meknès et à Essaouira.

  • Parution de la traduction en arabe de « L'art contemporain arabe : prolégomènes »

    La traduction en arabe de l'essai : « L'art contemporain arabe : prolégomènes » de l'écrivain Abdelkébir Khatibi est parue récemment aux éditions « Okaz ». Le livre, traduit par Farid Zahi, renferme, outre une conclusion et un index des noms des peintres étrangers cités, sept parties intitulées « Prémices », « De l'orientalisme à l'occidentalisme », « Métamorphoses », « Primature du signe », « Les singuliers de l'art », « L'abstraction » et « De la sculpture à la vidéo ».

  • La parole aux MRE

    · "Le Maroc est le pays le plus chaleureux et le plus accueillant du monde" · "Il est temps de tenir compte des exigences des touristes (MRE et autres)" · « Ce sentiment d'être toujours perçus comme un "tiroir-caisse" gâche nos vacances… »

  • Festival des gnaoua à Essaouira : modernité et ouverture sur l'Autre

    En marge des concerts de musique et autres festivités artistiques, le Festival d'Essaouira gnaoua, musiques du monde, a été marqué hier par la tenue d'un important colloque sur le thème de la « Culture, ouverture et modernité ».

  • Séville : la Fondation des trois cultures accueille un Maroc en verve

    Ils ont parlé d'une seule et même voix. Sans se concerter, ils ont prononcé des mots qui reviennent à la même chose, des mots chargés d'une seule préoccupation autour de laquelle tout le reste s'articule : leur passion du pays bien-aimé, leur attachement au Maroc. Du conseiller du Souverain, André Azoulay au ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Nabil Benabdallah, au poète Mohammed Bennis, une même conviction de la modernité en cours au Maroc et de l'attachement à un regard dépouillé de présupposés et empreint de sympathie sur ce pays.

  • Télé-réalité : Sofia, la marocaine , la star de l'Academy

    Une Marocaine à la Star Ac. Il n'en fallait pas plus pour scotcher Casablanca au petit écran. Propulsée par TF1, elle pourrait bien arriver en finale. Et si les "manipulés" n'étaient pas ceux que l'on croit ? "J e vais chanter en duo avec Stinnnng ! Non, mais tu te rends compte !!!". Sofia, la Casablancaise, n'en revient pas. C'est donc elle que la production ("prod", en langage maison) a choisi de mettre en valeur, pour le prime time du samedi soir, regardé par plus de 7 millions de téléspectateurs. Eclipsés, évincés, relégués en deuxième division, tel fut le sort peu enviable des 15 autres candidats du Château, quand la directrice vint leur annoncer le programme du "prime".